anima persa

24 mars 2008

Voilà, le MoDem, c'est fini…

C'est du moins ce que se plaisent à dire tous les médias, dans un bel élan unanime. Et pourtant, est-ce que Bayrou ne serait pas le seul véritable gagnant de ces élections municipales ? Ceci mérite quelques minutes de réflexion.

 

Relisons les résultats réels.

Tout d'abord, les commentateurs s'acharnent à comparer des chiffres qui n'ont strictement aucun rapport entre eux. Ils regardent les résultats des présidentielles, des législatives et des municipales et tentent d'en tirer des conclusions définitives. Pourtant, ni le mode de scrutin, ni le découpage électoral, ni même la philosophie de ces trois scrutins ne sont comparables. Les premières désignent un homme (ou une femme) qui doit représenter la nation toute entière. Les deuxièmes élisent les membres d'un parti afin de constituer une majorité à l'assemblée nationale. Les dernières se contentent de choisir parmi les notables locaux ceux qui semblent le plus capable de gérer une communauté, d'une dizaine d'habitants à plus de dix millions de personnes.

 

Surtout, les listes constituées pour ces différents scrutins ne sont pas identiques. Si Bayrou était présent, de fait, dans tous les départements et toutes les circonscriptions de France, le MoDem n'était présent que dans 525 circonscriptions sur 577 pour les législatives, et 280 communes sur 36.000 pour les municipales !

Au lieu de s'acharner à comparer des carpes et des lapins, mieux vaut revenir aux fondamentaux et comparer municipales contre municipales.

 

Petit rappel chiffré.

En 2001, l'UDF avait réuni un million de suffrages dans 272 villes de plus de 9.000 habitants, soit un peu moins de 11% des voix. Quel est le résultat aujourd'hui ?

 

Le MoDem a présenté des candidats sur des listes autonomes dans 278 villes. Il a réuni près de 600.000 voix au premier tour, ce qui représentait environ 5% des suffrages exprimés dans les villes de plus de 9.000 habitants. C'est donc un recul incontestable par rapport à 2001. Le parti centriste a réussi à conserver 18 mairies* sur 22, le plus souvent grâce à l'absence de candidats de la majorité (14 villes sur 18) et la constitution de listes d'union autour des équipes sortantes. Ce résultat n'est certainement pas déshonorant en regard des pertes sévères subies par l'UMP partout en France.

 

Il a surtout permis à la gauche de gagner six villes**, dont le 1er secteur de Marseille, ainsi que deux villes à droite. Si Delanoë n'avait pas si brutalement fermé la porte à toute alliance, il est tout à fait certain que le Vème arrondissement de Paris serait venu s'ajouter à cette liste. A Poissy et à Chennevières-sur-Marne, le MoDem a permis à la gauche de remporter l'élection au deuxième tour après avoir été devancé d'à peine une trentaine de voix par le candidat de gauche au premier tour. Dans ces deux villes, tout comme dans les quatorze autres où le MoDem participera à la majorité de gauche, il faudra observer attentivement comment les relations de travail s'installeront entre ces partenaires nouveaux.

 

Le troisième parti en France

Malgré ces résultats en demi-teinte, le MoDem est redevenu la troisième force politique en France, devant le Parti Communiste et les Verts. Sans parler du Nouveau Centre, brillant par son absence. En-dehors des quelques villes*** où les maires sortants de l'ancien UDF ont réussi à se maintenir sans opposition, aucune liste de ce parti croupion n'est parvenue à s'imposer au second tour.

 

Laminés depuis plus de dix ans par le RPR, puis l'UMP, vidés de leur contenu après le départ des élus les plus "droitiers" du mouvement, notamment les anciens de Démocratie Libérale (Madelin, de Robien…) et du Parti Républicain (Jean-Louis Borloo), les centristes ont du reconstruire une nouvelle base, plus cohérente avec les pratiques centristes historiques, rompant l'union traditionnelle avec la droite gaulliste. Il renoue ainsi avec les traditions humanistes et chrétiennes du MRP, le Mouvement Républicain Populaire, créé après guerre par les mouvements de résistance sociaux-chrétiens, autour de Georges Bidault et Maurice Schumann. Ni communistes, ni gaullistes, les centristes définissaient leur ligne en fonction de convictions plus larges, généreuses par tradition mais réalistes dans l'action et la gestion des affaires. Ils ont été au centre de l'échiquier politique français durant tout l'après-guerre, jusqu'au retour tonitruant des gaullistes en 1958. La Vème république ne favorisant pas la survie des petits partis, leur poids recula peu à peu, jusqu'à l'année dernière et une certaine élection présidentielle où François Bayrou obtint 18,6 % des suffrages.

 

Durant ces cinquante dernières années, un ensemble de petits partis se sont agglomérés au sein de l'UDF, en dépit de toute conviction politique, dans le seul but de survivre et d'exister. C'est ainsi que ce parti parvint à traverser ces décennies en mélangeant ultra-libéraux et sociaux-démocrates au sein de la même formation. Gonflés par les succès électoraux de Jean Lecanuet, puis de Giscard d'Estaing, les élus du centre droit mettaient de côté leur idéologie pour tenter d'obtenir un portefeuille ou maintenir leur position personnelle. A présent, avalés par le tout-puissant parti unique du Président de la République, il ne leur reste plus rien, pas même l'honneur. Le Nouveau Centre est, paraît-il, l'allié centriste du pouvoir, mais pour survivre, il accepte le financement obscur d'un parti polynésien et l'humiliation constante d'une faiblesse politique avérée. Le siège de François Sauvadet, président du Conseil Général de la Côte d'Or, ne tient qu'à une seule voix due à un conseiller général MoDem. Pendant ce temps, le MoDem a globalement maintenu le nombre de ses conseillers régionaux****.

 

Un nouveau "front du mécontentement"

A l'analyse du report des voix entre les deux tours, on constate qu'environ un tiers des électeurs MoDem du premier tour a reporté ses voix sur un candidat de droite en moyenne. L'apport des voix du centre a donc principalement bénéficié à la gauche.

Plus largement, on pourrait dire que la stratégie générale a consisté à "sortir les sortants". Les alliances de second tour ont souvent consisté à affaiblir le camp du maire en place, en dépit de toute considération idéologique. Une seule grande exception à cette règle : Aubagne. Le chef de liste MoDem y a soutenu le maire communiste sortant, Daniel Fontaine, pour faire barrage à la droite.

 

Il existe un risque majeur pour la majorité présidentielle, en-dehors de toute crise interne, c'est l'émergence d'un centre indépendant et libre jouant les arbitres à chaque échéance électorale. Tout comme le Front National durant les vingt dernières années, le MoDem peut devenir le refuge de tous les mécontentements et son leader représenter le principal opposant au pouvoir en place. Mais à l'inverse de ce parti extrême, les centristes sont une alternative politique crédible et républicaine, capable de lier des alliances à droite comme à gauche. Par le seul fait de son maintien au second tour des élections législatives ou municipales, il pourra faire tomber ou élire tel ou tel candidat. Si le nombre d'adhésion ne faiblit pas et si le travail de terrain réalisé à l'occasion de ces municipales se poursuit, il constituera une source importante de nuisance pour les deux camps.

 

Si Ségolène Royal a sans doute eu tort d'appeler à une union massive avec le MoDem, Bertrand Delanoë a peut-être mis en danger son avenir de présidentiable en rejetant aussi lamentablement une alliance avec les centristes. De plus, cette main tendue lui aurait permis de disposer d'un réel contrepouvoir vis à vis des Verts, sans risque de se retrouver pieds et poings liés comme ce fut le cas tout au long de la dernière mandature. Il est certain que François Bayrou et Marielle de Sarnez s'en souviendront lors des prochaines échéances.

 

L'avenir du MoDem

Tous les commentaires politiques se sont concentrés sur la défaite de François Bayrou à Pau. Une vision quelque peu étroite et qui ne signe certainement pas la mort politique du leader centriste. Au contraire, une défaite aussi étroite renforce l'idée, chez les militants MoDem, que cette élection a été "truquée" ou manipulée par le pouvoir UMP, venu jeter le trouble dans les esprits grâce à la candidature d'Urieta, un PS soutenu bruyamment par Nicolas Sarkozy. Si Bayrou avait été écrasé par un score terrible, comme ce fut le cas pour Jean-Marie Cavada à Paris, la donne aurait été différente. Mais avec seulement 342 voix d'écart, Bayrou fait mieux que résister. Pour rappel, lorsque François Bayrou s'était présenté contre Labarrère en 1989, il avait été battu avec un écart de près de 2.000 voix. Plus aucun candidat n'est parvenu à menacer le maire de Pau d'aussi près depuis lors.

 

Finalement, le parti centriste disposera d'un nombre d'élus locaux satisfaisant, grâce à la menace qu'il aura fait peser entre les deux tours et au refus d'une alliance politique nationale avec l'UMP. Au total, il compte désormais un peu plus de 1.000 conseillers municipaux élus, ainsi que 55 conseillers généraux. Une fois encore, ceux-ci pèseront sur les prochaines élections sénatoriales, en septembre 2008. Il est indubitable que cette élection marquera également un nouveau recul du MoDem, ne bénéficiant pas d'un grand nombre d'élus de terrain. De nouveaux départs ne font aucun doute, notamment une vingtaine de sénateurs qui rejoindront le Nouveau Centre ou l'UMP à l'occasion des élections sénatoriales, à moins que certains ne ressuscitent l'UDF originelle pour tenter de sauver leur siège. Jean Arthuis, refusant de s'inscrire dans un courant centriste s'alliant avec la gauche, est sur cette ligne prônant un retour du MoDem vers la droite.

 

Toutefois, un autre danger provient peut-être d'un rapprochement, souhaité par Sarkozy, entre le Parti Radical de Jean-Louis Borloo et le PRG de Jean-Michel Baylet. Ensemble, ils constitueraient un nouveau contrepoids au MoDem, les militants en moins. François Bayrou doit à présent définir une réelle ligne politique sur laquelle les militants pourront se fonder pour ces combats futurs.

 

L'élection présidentielle de 2002 a marqué le début de cette démarche originale de Bayrou. Abandonné par la quasi-totalité de ses anciens partenaires de l'UDF, le Béarnais remonte peu à peu la pente et attire de nouveaux adhérents. Les élections législatives, puis municipales, lui ont permis de tisser un nouveau maillage de militants et de structurer des fédérations partout en France. Ces nouveaux adhérents ont à présent goûté aux joies et aux difficultés de la politique de terrain. Certains s'en détourneront rapidement, d'autres s'accrocheront pour les combats suivants. On a vu, dans une ville comme Poissy, une équipe sortie de nulle part parvenir à plus de 25% des suffrages en un an à peine et à renverser un maire en place depuis 25 ans en s'alliant avec la gauche.

 

Le principal espoir de Bayrou réside dans l'implosion du Parti Socialiste. Il paraît peu probable que la gauche parvienne à se ressouder, même après un tel succès électoral. Le congrès, prévu en novembre, devra dessiner une ligne politique de rassemblement, ce qui n'est certainement pas acquis. Les ambitions personnelles et les luttes idéologiques sont telles que la motion de synthèse semble s'éloigner un peu plus chaque jour. Certains élus socialistes rêvent dune coalition arc-en-ciel, allant de Besancenot à Bayrou. Mais personne ne sait encore comment faire cohabiter Royalistes et Fabiusiens au sein d'une même direction. Les élections européennes, notamment, seront la source de nouveaux affrontements.

 

Bayrou peut attendre tranquillement les élections européennes, les seules lui permettant de rebondir avant la prochaine présidentielle. Au dernier scrutin européen, l'UDF avait obtenu 11,9 % des voix. Au vu des résultats obtenus lors des dernières législatives et municipales, il n'y a aucune raison pour croire que ce chiffre pourrait être beaucoup plus faible lors de ce prochain scrutin, la position pro-européenne de Bayrou ne faisant aucun doute et la présence de nombreux Verts au sein de ses équipes pouvant lui apporter quelques points supplémentaires. Tant à gauche qu'à droite, les camps sont divisés sur la question européenne. Les petits partis (MoDem, MPF, Front National, Verts…) tirent généralement mieux leur épingle du jeu lors de ces élections. La tension marquée avec l'extrême gauche sera certainement très nuisible aux socialistes. Tout ce scénario dépendra, bien entendu, du résultat du congrès du Parti Socialiste, ainsi que du bilan de Sarkozy à la tête de la présidence européenne, de juillet à décembre.

 

L'élection européenne sera donc cruciale pour François Bayrou, marquant le début probable de sa nouvelle longue marche vers l'Elysée. Entouré d'un nouvel encadrement, débarrassé des scories du passé, Bayrou sera peut-être le seul vainqueur de ces élections municipales. Vainqueur par défaut et contre toute attente, face à une droite désenchantée et une gauche ivre d'espoirs.

 

 

* Villes UDF conservées : Le Chambon-Feugerolles, Saint-André-lez-Lille, Montigny-le-Bretonneux, Epinay-sur-Seine, Faches-Thumesnil, Le Portel, Le Plessis-Trévise, Hérouville Saint-Clair, Arras, Redon, Massy, Fleury-les-Aubrais, Talence, Sanary-sur-Mer, Saint-Genis-Laval, Saint-Brieuc, Biarritz, Castanet-Tolosan, Andrézieux-Bouthéon. Villes UDF perdues : Anglet, Noisy-le-Sec, Orthez, Villers-Cotterêts.

** villes gagnées avec la gauche : Asnières-sur-Seine, Béthune (divers gauche contre le socialiste Jacques Mellick), Brive-la-Gaillarde, Chennevières-sur-Marne, Marseille 1er secteur, Maurepas, Poissy. Ville gagnée avec la droite : Mont-de-Marsan.

*** villes Nouveau Centre : Bernay, Douai, Drancy, Hem, Issy-les-Moulineaux, Meudon, Rosny-sous-Bois, Vanves. Ville perdue : Blois.  

**** 55 conseillers généraux (-4). 42 sont passés au Nouveau Centre.

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02 mars 2008

LE MODEM SURVIVRA-T'IL AUX MUNICIPALES ?

Pris dans la tourmente des défections de ses principaux lieutenants, le parti de François Bayrou, créé sur mesure à l'occasion des dernières élections, joue sa dernière carte lors des élections municipales à venir. Mais a-t-il encore un avenir politique, pris en tenaille entre l'ouverture sarkoziste et la recomposition de la gauche ? Seule une analyse approfondie des mille premières villes de France permet d'envisager une réponse à cette question.

Un scrutin défavorable

C'est sans doute le scrutin le moins favorable pour l'émergence d'un parti nouveau, tant les situations sur le terrain dépendent de barons locaux, de luttes anciennes, d'accords électoraux contre nature et surtout, d'une organisation nationale et fédérale parfaitement huilée. L'ancienne UDF bénéficiait de nombreux atouts dans ce domaine, ainsi que d'accords sur le plan national aussi bien que local avec son frère ennemi, le RPR.

A présent que l'UMP a avalé tous ses rivaux à droite, le MoDem se retrouve bien seul sur le terrain et ne doit sa survie qu'à ses militants et à ses deux leaders nationaux : François Bayrou et Marielle de Sarnez.

 

Rappelons quelques chiffres pour resituer les enjeux.

Lors des élections municipales de 2001, les résultats du premier tour dans les mille premières villes de France (équivalant à plus de la moitié de la population totale) donnaient le palmarès suivant :

- RPR :  17,3 %

- UDF :  10,6 %

- RPF (de Villiers) :  1,6 %

- DL :  4,0 %

- Divers droite :  12,9 %

- FN :  2,8 %

- MNR (Mégret) :  2,2 %

- TOTAL DROITE 51,4 % (46,4 % sans l'extrême droite)

 

- PS :  27,9 %

- PC :  6,9 %

- PRG :  1,0 %

- MDC (Chevènement) :  0,7 %

- Verts :  3,1 %

- Divers gauche :  4,3 %

- Extrême gauche :  2,8 %

- TOTAL GAUCHE 46,7 % (43,9 % sans l'extrême gauche)

 

On sait que sous les étiquettes "divers" se placent fréquemment les dissidents de tout poil issus des partis traditionnels majoritaires (voir Neuilly !). Mais ceci donne un instantané intéressant du paysage politique national, à comparer avec les élections législatives les plus proches, soit celles de 1997 et 2002. Entre ces deux élections, un événement majeur est venu modifier profondément la donne politique : la création de l'UMP !

 

Ainsi, en 1997, l'UDF obtenait encore 15% des voix, alors qu'elle ne recueillait plus que 5% en 2002 ! La tornade blanche est passée par là et a réduit le parti du centre à sa plus simple expression. Mais sur le terrain, 272 candidats UDF se sont présentés aux élections municipales précédentes, souvent en tant que représentants uniques de la droite locale. 67 d'entre eux ont d'ailleurs été élus au premier tour et 48 au second. Voilà bien la seule raison authentique du départ des anciens lieutenants de Bayrou. Elus le plus souvent au niveau local, ils ne devaient leur siège qu'à la présentation d'une liste d'union avec la droite gaulliste. Seuls quelques indépendants farouches ont osé braver l'omnipotence du RPR. Dans 72 villes de plus de 10.000 habitants, des "triangulaires" ont opposé des candidats de la gauche plurielle, du centre et de la droite gaulliste.

 

340 investitures centristes en France

En investissant plus de 340 listes autonomes dans la majeure partie des départements français, le MoDem augmente sensiblement le nombre de prétendants dans les villes de plus de 10.000 habitants. D'autre part, une centaine de chefs de file participeront à des listes d'union, soit à droite, soit à gauche. Dans la plupart des cas, il s'agit de la reconduite de listes de maires sortants, dans lesquelles des conseillers municipaux UDF étaient élus.

 

On peut noter qu'un tiers des maires élus sous l'étiquette UDF se représenteront sous la couleur orange (28 maires sur 95), alors qu'à peine six d'entre eux se présenteront sous la bannière Nouveau Centre, ce qui prouve encore le peu de poids électoral du concurrent centriste. La plupart des autres maires élus en 2001 en tant qu'UDF ont rejoint l'UMP ou se présenteront comme "divers droite".

 

Le plus intéressant est de noter dans quelles villes les nouveaux candidats MoDem se présentent massivement, sans grande chance de succès.

 

Paris en premier lieu. Vingt candidats, contre seulement quatre en 2001, dont Didier Bariani, qui avait été battu dans une triangulaire contre un RPF et Michel Charzat. L'implantation de l'UDF était faible en 2001. Le score cumulé de Lepage et Bayrou dépassait à peine les 10% lors du premier tour des Présidentielles en 2002. En 2007, Bayrou a réuni près de 21% des suffrages parisiens aux Présidentielles en 2007. Si cette tendance se confirmait, dans une fourchette entre 15 et 20% aux municipales, le MoDem pourrait certainement devenir le premier allié de Delanoë.

Plus intéressant encore est le nombre de candidats du MoDem dans les banlieues "rouges" de la capitale. Plus de 130 centristes se présenteront en Ile-de-France, dont plus de la moitié face à des maires sortants de gauche, notamment communistes en Seine-Saint-Denis. Rappelons ici également les très bons scores de Bayrou au premier tour de la Présidentielle (19% dans le 77, 22% dans le 78, 20% dans le 91, 21% dans le 92, 17% dans le 93, 20% dans le 94, 19% dans le 95). Dans de nombreuses villes de droite comme de gauche, il faudra compter sur des triangulaires difficiles au deuxième tour, sauf accords locaux de désistement. Une ville comme Poissy, par exemple, qui compte plus de 35.000 habitants, avait vu un jeune candidat MoDem bien résister face à Jacques Masdeu-Arus, maire depuis 1983, malgré la vague bleue des élections législatives de juin dernier. Il avait alors conservé près de 14% de voix au premier tour, contre 21% pour Bayrou dans la même ville aux Présidentielles.

Des villes seront particulièrement intéressantes à observer, où la droite traditionnelle a toujours bénéficié de l'appui des centristes et devra compter, désormais avec une liste concurrente.

 

Marseille est également significative. Alors que l'UDF n'y présentait aucun candidat en 2001, la liste menée par l'ex-vert, Jean-Luc Benhamias, risque de récolter les fruits de l'usure du pouvoir et de la discorde traditionnelle entre Gauche et Droite phocéennes. Malgré tout, les résultats de la Présidentielle, moins favorables au MoDem, ne laissent entrevoir qu'un résultat ne dépassant pas 15% sur l'ensemble de la ville, sauf miracle. Quelle sera l'attitude des électeurs des quartiers populaires face à une liste "multiculturelle" ? Aux dernières législatives, le résultat s'était situé dans une fourchette de 3 à 8% des suffrages. Les sondages du début février créditaient 5% d'intentions de vote à Benhamias. Trop peu pour peser sur un deuxième tour.

 

A Lyon, la situation est beaucoup plus complexe, après le ralliement du candidat investi par Bayrou à la liste de Dominique Perben. La nouvelle liste, menée tambour battant par le jeune Eric Lafond, aura beaucoup de difficultés à surnager dans ce panier de crabe. La défaite de Perben ne faisant aujourd'hui plus aucun doute, le MoDem se rapproche ostensiblement de Gérard Collomb. Les derniers sondages parus accordaient une large avance au socialiste, soutenu même par Anne-Marie Comparini, candidate malheureuse du MoDem aux législatives de 2007. Pourtant, dans une ville historiquement centriste, Bayrou avait obtenu 20% des votes aux Présidentielles. Le MoDem, selon toute logique, ne devrait pas faire moins de 10 à 15% des voix en se présentant dans l'ensemble des arrondissements. Il deviendrait ainsi un allié utile pour la gestion de la ville.

 

Des triangulaires en vue dans de nombreuses villes

D'autres villes seront particulièrement intéressantes à observer, comme Toulouse, ville traditionnellement UDF. Ici aussi, le rapport de force droite-gauche dépendra fondamentalement de l'apport des voix du MoDem. Le maire sortant, Jean-Luc Moudenc, UDF rallié à l'UMP, ne peut gagner la mairie sans l'appoint du centre. Les derniers sondages parus, donnent 41% d'intentions de vote pour sa liste, contre 37% pour les socialistes. Il existe cependant un réservoir de voix à gauche de 12%, répartis entre les alternatifs et l'extrême-gauche, ce qui inverse le rapport de force. Restent 8% d'intentions de vote pour le MoDem. Comment réagiront-ils et pour qui balanceront-ils au second tour ? La ville tombera certainement à gauche, avec ou sans eux.

 

A Nice, la création d'une liste "Arc-en-ciel" réunissant des candidats PRG et le MEI (Mouvement Ecologiste Indépendant d'Antoine Waechter) jouera certainement un rôle important dans la constitution d'une majorité au second tour. En effet, la droite est déchirée entre Christian Estrosi, représentant officiel de l'UMP, et Jacques Peyrat, maire sortant, ex-FN. La gauche l'est tout autant, entre deux candidats socialistes. De même que le Centre, puisque Rudy Salles, ancien soutien de Bayrou, viendra défendre les couleurs du Nouveau Centre ! Situation extrême où tous les camps se retrouvent divisés. Apparemment, Peyrat était donné battu par les premiers sondages, mais ceux-ci étaient parus avant la chute de Sarkozy dans l'opinion et les différentes controverses concernant le "droit du sol" et l'immigration. L'électorat niçois, traditionnellement de droite conservatrice n'élira certainement pas un MoDem à la mairie, mais toutes les voix compteront pour le second tour.

 

Reste la question de Pau et de la candidature de François Bayrou à la mairie de cette ville. Ici, ce sont les socialistes qui mènent la danse. Héritiers de la ville de Labarrère, ils se déchirent de manière très peu orthodoxe. L'un, Yves Urieta, le maire sortant, est allé chercher le soutien de Nicolas Sarkozy, l'autre, Martine Lignières-Cassou, joue la ligne dure de la gauche. Tout le monde a cherché à débaucher les membres des autres listes, provoquant même un déplacement exceptionnel du chef de l'état pour soutenir son candidat "d'ouverture". Selon un sondage paru le 15 février, Bayrou serait battu au deuxième tour en cas de triangulaire, d'une courte tête. Certains supposent même que son soutien à Juppé à Bordeaux ne servirait que de monnaie d'échange pour garantir un succès au second tour, grâce au retrait de la liste PS-UMP. Tout cela est très complexe et, vraisemblablement, peu probable. Quoi qu'il en soit, la victoire ne tiendrait qu'à un fil dans tous les cas de figure.

 

Victoire ou défaite ?

Bien d'autres villes feront l'objet de luttes acharnées, et seront l'enjeu de partages des voix de second tour. En ces temps de pseudo ouverture, de recomposition de la gauche, de revanches électorales, d'effondrement de la cote de confiance du Président, de trahisons neuilléennes, de revirements de bord divers et variés, le seul indicateur objectif pouvant signifier que le MoDem a réussi ou échoué est le nombre de voix reçues dans les mille premières villes de France. En 2001, l'UDF avait obtenu un million de voix dans ces villes de plus de 10.000 habitants, soit 10,6% des suffrages exprimés.

 

Ce résultat, rapporté au nombre de candidats présentés par le MoDem, nécessiterait que chaque liste réalise en moyenne 21% des suffrages exprimés pour atteindre un chiffre comparable. Un objectif qui paraît bien inatteignable, lorsqu'on le compare aux résultats des législatives (7,5% en moyenne par candidat). Un pronostic raisonnable situerait donc le nombre de suffrages entre 7 et 15 % en moyenne, soit entre 300 et 600.000 voix à l'échelle nationale. Nous sommes bien loin des résultats de la Présidentielle, et c'est la loi de ce type de scrutin.

 

Reste la capacité à gagner quelques municipalités, ici ou là. Les maires sortants restés fidèles pourront-ils conserver leur poste ? Rien n'est moins sûr pour Hervé Chevreau à Epinay-sur-Seine, Bruno Joncour à Saint-Brieuc, Vincent Delahaye à Massy, Nicole Rivoire à Noisy-le-Sec, Alain Cazabonne à Talence, Geneviève Darrieusecq à Mont-de-Marsan… qui ont tous cherché ou obtenu le soutien de l'UMP pour conserver des chances d'être élus. La situation est plus facile (peut-être ?) pour Jean-Marie Vanlerenberghe à Arras ou Didier Borotra à Biarritz… qui peuvent s'appuyer sur une image consensuelle et un bilan positif.

 

Les législatives avaient vu plus de 500 candidats MoDem affronter courageusement ce scrutin sans réel espoir de réussite. Parmi eux, un quart seulement avaient dépassé le seuil des 10%. Combien de ces valeureux soldats osent se représenter aux municipales pour une bataille perdue d'avance ? Quelques-uns ont choisi de tenter l'aventure des cantonales. Plusieurs, dont le plus célèbre est Jean-Marie Cavada, ont changé de camp. Enfin, une douzaine se présentent, comme Gilles Artigues à Saint-Etienne, avec l'espoir de rééditer ou de dépasser un score supérieur à 15%, ce qui leur permettrait de se maintenir au second tour.

 

Quel que soit le résultat final du MoDem en nombre de maires élus ou non, l'important pour Bayrou est d'obtenir autant de conseillers municipaux que possible afin de peser sur les prochaines sénatoriales, entre autres, et de prouver ainsi qu'il peut résister encore. Il faut tenir jusqu'aux prochaines élections, bien plus favorables : les Européennes en juin 2009.

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31 juillet 2007

Plus dure sera la chute

Voilà, les dés sont jetés. Après trois années et demies de tragi-comédie politico-judiciaire, l'affaire Clearstream aboutit à une mise en examen particulièrement dure pour Dominique de Villepin. L'ancien premier ministre, qui avait demandé le 9 janvier 2004 au Général Rondot d'effectuer une enquête "discrète" pour vérifier les listings de comptes Clearstream, reçoit le boomerang en pleine figure. Au-delà des considérations purement juridiques ou financières de cette affaire, quels sont les risques et les conséquences probables de cette affaire sur la vie politique française ?

 

Pendu à un crochet de boucher !

Nicolas Sarkozy a répondu un jour à Jacques Chirac, qui lui demandait de calmer ses ardeurs à ce sujet : "Ne me parlez pas comme ça ! Un jour, je finirai par retrouver le salopard qui a monté cette affaire et il finira sur un crochet de boucher !" (cité par Franz-Olivier Giesbert). Ceci en dit long sur la haine qu'éprouve notre nouveau président contre ceux qui ont tenté de le salir. Tremblons, nous tous, pauvres commentateurs de l'actualité, de ne pas susciter la colère de l'exécutif à notre égard ! Maintenant que notre ex-Ministre de l'Intérieur détient tous les pouvoirs et compte bien les exercer tous, que ne va-t-il nous arriver si nous osons nous poser quelques questions légitimes ?

Tout d'abord, la question la plus fréquemment posée à propos de l'affaire "Clearstream" sur les blogs et autres forums est : "A qui profite le crime ?".

Sarkozy savait-il ou non ?

Comment croire que le Ministre de l'Intérieur, en fonction lors du début de cette affaire, n'ait rien su ? La première affaire Clearstream, provoquée par la publication des livres de Denis Robert, faisait déjà un certain bruit, au grand déplaisir des milieux financiers européens. Le Ministre de l'Intérieur devait, à tout le moins, suivre de loin l'évolution de ce dossier.

En novembre 2003, une rumeur entretenue par  Jean-Louis Gergorin parcourait le "tout-Paris" concernant ce "listing sulfureux", auquel on liait également la mort de Jean-Luc Lagardère, jugée suspecte par certains. Jean-Louis Gergorin, proche de Rondot, était un personnage très haut placé chez EADS. A ce titre, il est certain qu'il faisait partie des personnalités surveillées en permanence par les services du Ministère de l'Intérieur (DST ou autre). Ses rencontres avec Imad Lahoud et le général Rondot doivent avoir fait l'objet de notes de ces services.

D'autre part, Imad Lahoud essayait alors d'être recruté par la DGSE. Il était censé avoir une bonne connaissance des réseaux de financement des milieux islamistes radicaux (essentiellement ceux concernant Oussama ben Laden). Il était également lié familialement et financièrment à l'ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac, François Heilbronner. Pour toutes ces raisons, il devait également faire l'objet d'une surveillance des services de l'Etat.

Enfin, le Général Rondot, pensant avoir été entraîné dans une affaire pourrie, aurait confié le contenu de son enquête au directeur-adjoint de la DST à plusieurs reprises, alors que Sarkozy était redevenu Ministre de l'Intérieur.

Clearstream dans la suite de la Tokyo Sowa Bank ?

Toute cette affaire semble être la suite logique d'une tentative trouble de la part des personnels de la DGSE pour "tremper" Chirac avec son pseudo compte au Japon. Pour rappel, on soupçonnait alors Jacques Chirac d'avoir un enfant au Japon et d'alimenter un compte en banque généreusement auprès de la Tokyo Sowa Bank (45 millions d'euros). Le clan chiraquien était persuadé que cette machination avait été montée en épingle par Jospin, en prévision des élections présidentielles. Le gouvernement socialiste avait nommé des diplomates à la tête de la DGSE (Jean-Claude Cousseran, spécialiste du Proche-Orient). Cette affaire a été citée notamment pendant l'audition du Général Rondot.

Toute l'équipe, de Jean-Claude Cousseran à Gilbert Flam (responsable du service le lutte contre la criminalité organisée à la DGSE), en passant par Alain Chouet (chef du Service de Renseignement de Sécurité), a été mise à l'écart et remplacée par des chiraquiens pur jus dès que Chirac a été réélu. Il est étrange, d'ailleurs, que Cousseran soit revenu récemment dans l'entourage de Sarkozy, dans le sillage de Kouchner. Après avoir été ambassadeur de France en Egypte, on l'a vu à Beyrouth, émissaire du gouvernement français, le 10 juin dernier. Il figurait d'ailleurs en arrière-plan du ministre des affaires étrangères ce dernier dimanche, lors d'une conférence de presse.

Marqué par cette affaire ourdie par la DGSE (dépendant de la Défense), Chirac aurait-il craint une nouvelle manipulation de barbouzes ? N'était-il pas raisonnable, dès lors, qu'il se prémunisse de tout danger en agissant dans une semi-clandestinité ? Son nouvel ennemi s'appelant Sarkozy, on peut comprendre qu'il ait préféré le tenir à l'écart des enquêtes de vérification en cours. Dans les notes du Général Rondot, saisies par les juges à son domicile, on voit bien que la préoccupation de défense nationale est bien réelle. Durant la réunion du 9 janvier 2004, pierre d'achoppement de toute la procédure actuelle, Dominique de Villepin, Jean-Louis Gergorin et le général discutent de plusieurs sujets, dont Patrick Ollier, le compagnon de Michèle Alliot-Marie, de l'Irak, du Liban, de la Syrie, de la mafia russe, de la Chine également.

Une simple question d'agenda

Toute la question judiciaire actuelle consiste à se demander si Dominique de Villepin a agi sur ordre du chef de l'état, ou par volonté personnelle. La question subsidiaire est de connaître l'auteur des falsifications portées sur ces fameuses listes de comptes, sur lesquelles on a rajouté les noms de Sarkozy, mais aussi ceux de bon nombre de personnalités comme Alain Gomez (ancien dirigeant de Thomson-CSF), Philippe Delmas (vice-président d'Airbus), Patrick Ollier (compagnon de Michèle Alliot-Marie), Jean-Pierre Chevènement, Michel Rocard, Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, Alain Madelin et Laetitia Casta !... Toutes ces questions, qui passent largement au-dessus de la tête de la plupart des Français, ne sont qu'une bataille de dates et de détails de procédure.

Petit rappel chronologique :

Nicolas Sarkozy a été Ministre de l'Intérieur de mai 2002 à mars 2004 et de mai 2005 à mars 2007. Dominique de Villepin a été Ministre de l'Intérieur d'avril 2004 à mai 2005

Selon le texte de loi sur lequel repose la mise en examen de l'ancien Premier Ministre, la dénonciation calomnieuse doit être dirigée contre une personne précise (ce qui n'est pas réellement le cas), l'accusateur doit savoir que les faits concernés sont faux (ce que le Premier Ministre et le Président de la République ne semblaient pas savoir, au moins jusqu'aux mois de septembre ou octobre 2004), la définition de "dénonciation calomnieuse" doit nécessairement résulter d'une décision de justice (acquittement, relaxe ou non-lieu concernant la même affaire), ce qui ne peut en aucun cas se produire ici, les personnes citées sur ces listings n'ayant jamais été mises en examen pour ces faits. Dans ce cas, c'est le tribunal saisi des poursuites contre le dénonciateur qui apprécie la pertinence des accusations portées. Outre le fait que le Premier Ministre pourra toujours se retrancher derrière ses fonctions pour exiger d'être jugé devant les seuls tribunaux compétents, c'est-à-dire la Cour de Justice de la République. La date à laquelle Jean-Louis Gergorin a transmis les fichiers au juge Van Ruymbeke est d'ailleurs cruciale à cet égard. En effet, la dénonciation calomnieuse, si elle est qualifiée ainsi par les juges qui auront la charge de cette affaire, ne saurait commencer avant la communication des pièces à une autorité quelconque. Or, cet envoi aurait eu lieu le 3 mai 2004, alors que Dominique de Villepin venait de devenir Ministre de l'Intérieur.

Plusieurs témoins affirment avoir prévenu Nicolas Sarkozy qu'un document compromettant où figurait son nom circulait depuis plusieurs mois à Paris, bien avant que l'affaire n'éclate publiquement. Le journaliste Stéphane Denis affirme avoir prévenu le ministre de l'Intérieur en septembre 2004, à la demande du Général Rondot. Lorsque Nicolas Sarkozy éclate de colère en novembre 2004, il devait nécessairement être au courant depuis plusieurs mois au moins. Sinon, on se demande ce que fait la Police !

Une chose paraît certaine, par ailleurs, c'est que Michèle Alliot-Marie devait avoir quelques informations en raison de la structure hiérarchique de la DGSE et du Ministère de la Défense. Que dire encore de la nomination de Michèle Alliot-Marie au Ministère de l'Intérieur par Nicolas Sarkozy, alors qu'elle est impliquée, elle aussi, dans cette affaire ?

Mais qui a modifié les listings Clearstream ?

Reste le fond du problème : pourquoi et comment cette affaire a-t-elle éclaté ?

Pour rappel, une chronologie des faits :

  1. Florian Bourges, employé par le cabinet      Arthur Andersen, fait partie d'une mission d'audit auprès de la société Clearstream      à l'été 2001. Cette analyse des comptes de Clearstream est      provoquée par la publication du livre "Révélation$" de      Denis Robert. Il conserve des listings sur lesquels figurent (ou non ?)      les noms d'Andrew Wang (impliqué dans l'affaire des Frégates vendues à      Taiwan), Alain Gomez (PDG de Thomson-CSF) et Philippe Delmas      (vice-président d'Airbus).
  2. Florian Bourges entre en relation avec      Denis Robert, journaliste d'investigation. Il lui communique les listings.      En septembre 2003, Denis Robert lui présente Imad Lahoud, qui      prétend travailler pour la DGSE. Celui-ci recopie les listings sur une clé      USB.
  3. Imad Lahoud transmet les listings à      Jean-Louis Gergorin en octobre 2003.
  4. Jean-Louis Gergorin présente ces      documents au général Rondot en novembre 2003.
  5. Dominique de Villepin charge le général      Rondot de mener une enquête pour vérifier la véracité des listings le 9 janvier      2004.
  6. En avril 2004, le général Rondot      commence à émettre de sérieux doutes sur la crédibilité d'Imad Lahoud. Au      cours de deux vérifications techniques, les listings présentent des      anomalies ou des incohérences. Il avertit Dominique de Villepin et Michèle      Alliot-Marie. Il pense que Lahoud est peut-être lui-même victime d'une      désinformation organisée par Clearstream elle-même.
  7. le 3 mai 2004, le juge Van      Ruymbeke reçoit les listings "anonymement". Il s'agit, en fait,      d'un envoi par Jean-Louis Gergorin à la suite d'une entrevue      "hors-procédure" avec le juge.
  8. Le général Rondot fait prévenir Nicolas      Sarkozy discrètement, par l'intermédiaire du journaliste Philippe Denis      (durant l'été ?).
  9. Philippe Delmas dépose plainte pour      "dénonciation calomnieuse" le 3 septembre 2004. Cette      plainte vise indirectement Jean-Louis Gergorin, soupçonné d'être "le      Corbeau".
  10. Le 14 octobre 2004, au cours d'une      réunion glaciale, Pierre de Bousquet de Florian, chef de la DST, confirme      à Sarkozy, devant Dominique de Villepin, qu'une enquête a été menée pour      vérifier les listings Clearstream. Sarkozy est totalement disculpé. Il      exige de savoir qui a orchestré cette manipulation. L'affaire Clearstream      devient une affaire d'état, bien qu'aucune mise en cause n'ait été      prononcée officiellement.

Quelles sont les différentes hypothèses, dès lors, pour tenter de comprendre le fond de cette affaire ?

Première hypothèse : Gergorin a agi de façon tout à fait autonome dès le départ. Obsédé par la question de l'assassinat présumé de Jean-Luc Lagardère par la mafia russe, il aurait mis la main sur ces listings par l'intermédiaire d'Imad Lahoud et les aurait falsifiés pour y faire apparaître les noms de ses ennemis personnels au sein d'EADS. Pour donner davantage de crédit à la thèse du complot international, il y aurait ajouté les noms des hommes politiques et des personnalités.

Deuxième hypothèse : Imad Lahoud a profité de la personnalité de son frère Marwan, directeur général d'une branche d'EADS, concevant des missiles, pour approcher Jean-Louis Gergorin. Il tentait ainsi de remonter la pente après avoir fait faillite avec le fond d'investissement spéculatif VOLTER FUNDS, créé avec son beau-père François Heilbronner, très proche de Jacques Chirac. Bien qu'ayant échoué à se faire embaucher par la DGSE, il devait fournir des documents "brûlants" prouvant son savoir-faire supposé en informatique. Il prétendait notamment pouvoir pénétrer dans le secret des comptes d'Oussama ben Laden. Ayant échoué dans cette tentative, pour continuer à exister, il a peut-être voulu impressionner la galerie en ajoutant quelques noms "salés" sur ces fameux listings, provenant réellement de Clearstream. Ces fameux listings lui ayant été remis par Florian Bourges contenaient bien des noms, ainsi que les traces de transferts de fonds suspects. Pour qui et pour quoi ? On ne le saura sans doute jamais. Le but de Lahoud était peut-être, tout simplement, de monnayer aussi cher que possible sa rédemption. Il est douteux qu'on connaisse la réponse, là aussi.

Troisième hypothèse : Chirac et Villepin ont profité de "l'aubaine" que constituaient ces listings et ils se sont jetés sur eux avidement, dans l'espoir de "tailler le Bonzaï". Jugeant que les informations étaient réelles, ils n'ont pas hésité à charger la barque, dans le but évident de le détruire. C'est sans doute la thèse que privilégie Sarkozy aujourd'hui. Ce n'est pourtant pas la plus probable. Il aurait fallu que le Président de la République ait bien vieilli, et perdu de son flair, pour ne pas connaître tous les risques d'un acharnement précipité. De fait, cette affaire n'aurait jamais débordé de son cadre initial si Sarkozy n'en avait pas fait une affaire d'état.

Quatrième hypothèse : la plus osée. Clearstream a mis en place un système de désinformation à la suite de la parution du livre de Denis Robert. Les numéros de compte injectés dans ces listes sont faux (ce que confirme l'enquête du général Rondot), les noms ajoutés sont des "miroirs aux alouettes" destinés à masquer les opérations réelles de la banque. Imad Lahoud, continuant à abreuver Jean-Louis Gergorin d'informations qu'il croit vraies, ne s'aperçoit pas qu'il est manipulé. D'ailleurs, les services d'évaluation de la DGSE l'ont jugé "peu fiable". Dans ce scénario, la finance se serait montrée bien plus intelligente que la politique et la défense nationale. Ce ne serait pas si étonnant, finalement.

Plus dure sera la chute...

Aujourd'hui, c'est Dominique de Villepin qui encaisse les coups. Sarkozy jubile et pense l'avoir définitivement éliminé. Et pourtant...

Souvenez-vous d'un autre Ministre de l'Intérieur sulfureux. François Mitterrand, après l'arrivée au pouvoir de De Gaulle en 1958, voit sa carrière compromise. L'affaire de l'Observatoire, en septembre 1959, semble le discréditer définitivement dans l'opinion publique. Ceci ne l'empêcha pas d'être candidat à l'élection présidentielle de 1965 et de redevenir le champion de la Gauche.

Dans un autre registre, le général De Gaulle a, lui aussi, connu une très pénible traversée du désert, entre 1952 et 1958. Abandonné par la plupart de ses amis, il s'est retrouvé seul et personne n'aurait cru, à l'époque, qu'il serait capable de revenir un jour au pouvoir.

Nicolas Sarkozy lui-même n'a pas toujours été aussi populaire qu'aujourd'hui. En novembre 1996, après sa catastrophique campagne électorale auprès d'Edouard Balladur, qui lui valut d'être conspué par les militants du RPR, sa cote de popularité était tombée à 19%(*). Ceci n'est pas très éloigné de la situation actuelle de Dominique de Villepin.

L'ancien Premier Ministre est certainement durement affaibli par cette crise. Il a connu une baisse de popularité importante durant la crise du CPE (**). Toutefois, il demeure dans la moitié supérieure des personnalités "bénéficiant d'une opinion positive" du baromètre IFOP-Paris Match (en 24ème position, juste devant Jean-Pierre Raffarin, à un point derrière Ségolène Royal) (***).

Qui dira, à l'issue de cette crise, quelle sera sa popularité dans trois, quatre ou cinq ans ?

Sarkozy a peut-être tort de s'acharner sur ce prestigieux ministre des Affaires Etrangères, si brillant et unique en son genre. Face à une classe politique uniformisée et aux ordres, l'ex-Premier Ministre renaîtra peut-être un jour, grâce à son charme et à sa dimension internationale. A moins qu'il ne soit définitivement éliminé du jeu politique ?

Le caractère de l'homme, bien trempé, ne semble pas plaider pour ce scénario pessimiste.

(*) 19%. Si l'on calcule la cote moyenne de Nicolas Sarkozy entre 1993 et 2007, elle n'est que de 36%. Alors que Jacques Chirac, malgré toutes les vicissitudes de sa carrière, a toujours conservé une moyenne supérieure (43% durant ses deux législatures, avec un minimum à 16%) (TNS SOFRES).

(**) 19% (TNS SOFRES).

(***) Le baromètre IFOP-Paris Match est réalisé sur la base d'une liste de cinquante noms de personnalités. Dominique de Villepin bénéficie toujours d'une cote de 48% au mois de juillet, en 24ème position,. Plus surprenant : Jacques Chirac est en onzième position, à 63% d'opinion favorable. Mais Villepin est loin devant la plus grande partie de la génération montante de l'UMP. Seuls François Fillon, Rachida Dati, Michèle Alliot-Marie, Roselyne Bachelot et Jean-François Copé sont devant lui, à part Sarkozy lui-même bien sûr.

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22 juillet 2007

Sarkozy, ou le mensonge permanent

Depuis bientôt trois mois, nous sommes entrés dans l'ère du Sarkozysme absolu. Tous les médias, tous les pouvoirs, tout converge vers notre nouveau président, et aucun obstacle ne peut se mettre en travers de sa route. On assiste parallèlement à une belle opération de désinformation continue. "Sarkozy aussi populaire que Charles de Gaulle", "Les Français plébiscitent l'ouverture", "Sarkozy sauve l'Europe", "Sarkozy soutient la candidature de DSK à la tête du FMI", "Sarkozy aide à la libération des infirmières bulgares en Libye"...

Dans le flux continu de ces informations débitées à longueur de journée par des médias complaisants, quelques faits sont réels, d'autres sont tout simplement d'éhontés mensonges.

La popularité comparée de Sarkozy, tout d'abord.

On tente de nous faire croire que notre nouveau Président est le plus populaire depuis Charles de Gaulle, vénérable père de notre République. Tout la presse, sans exception, s'est faite l'écho d'une étude de l'IFOP, réalisée pour le "Journal du Dimanche" le 26 mai dernier, donnant Sarkozy comme étant à deux points seulement derrière le Général, "
le seul à avoir eu une cote de popularité meilleure lors de son arrivée à l'Elysée, avec 67% en 1958." Surprise et consternation. D'où proviennent ces chiffres ? Non pas ceux du sondage, dont nous ne pouvons remettre en cause la réalité. Mais ceux du Général de Gaulle ?

Après de nombreuses recherches effectuées sur le web, IMPOSSIBLE de retrouver les chiffres précis de cette étude de popularité concernant le général de Gaulle en 1965. Seuls chiffres certains, les cotes de popularité du général avant le scrutin présidentiel. Petit retour historique. Le Général avait instauré le principe d'une élection présidentielle au suffrage universel et 1965 devait être l'année de son sacre. Les sondages le donnaient à 66 % d'intentions de vote au premier tour, laissant même espérer une élection au premier tour. A la surprise générale, François Mitterrand était venu perturber le jeu "monopolistique" du parti gaulliste. Le candidat socialiste (rappelons qu'il était alors bien isolé sur la scène politique, faisant figure de "has been" dont la réputation était entâchée par l'affaire de l'Observatoire) avait obtenu 31,7% des suffrages, contre 44,6% au Général. Un certain Lecanuet, candidat du centre, obtenait également un joli 15,6%. De Gaulle avait été élu, bien sûr, mais loin de remporter le plébiscite attendu. Trois ans plus tard, un certain mois de mai provoquait la première grande crise de société de l'après-guerre et sa fuite à Baden-Baden.

Deuxième certitude, le seul institut de sondages fournissant un baromètre continu sur la popularité des chefs de l'état est la TNS-Sofres, depuis octobre 1978. Pas de chiffres, donc, concernant De Gaulle et Giscard à l'issue de leur élection, mais bien pour Mitterrand et Chirac. Constat : Mitterrand obtenait une cote de popularité de 74% en 1981, 63% en 1988, Chirac 64% en 1988, et seulement 50% en 1995. Conclusion : avec 63% (chiffres TNS-SOFRES), Nicolas Sarkozy est 11% derrière le meilleur score de Mitterrand et fait jeu égal avec Chirac en 1988. Pas de quoi crier au succès "phénoménal".
Même chose pour Fillon. Le même sondage annonçait que François Fillon obtenait  62%, soit  le meilleur score depuis Alain Juppé en 1995. Là encore, il s'agit d'une désinformation flagrante. En se reportant aux sondages continus de TNS-Sofres, on constate que les champions des sondages, depuis  1981, sont :

  1. Pierre Mauroy et Edouard Balladur : 73%
  2. Lionel Jospin : 71%
  3. Michel Rocard : 66%
  4. Alain Juppé : 65%
  5. Jean-Pierre Raffarin : 64%

Avec 63% de cote de confiance, François Fillon est donc loin de battre des records de popularité.

D'où viennent donc ces chiffres fournis par l'IFOP  et  pourquoi les médias n'ont-ils pas souligné ces incohérences que de simples internautes un peu curieux pouvaient constater  en quelques clics ?
Faut-il y voir, comme certains le suggèrent, la main discrète de Laurence Parisot, Présidente du Medef et toujours Présidente du Conseil d'Administration de cet institut de sondage "marqué à droite" ? Ou bien, est-ce seulement la paresse intellectuelle d'une classe médiatique entièrement dévolue au nouveau pouvoir politique ?

Comment ne pas remarquer, la semaine dernière, la remise de distinctions honorifiques à Christine Ockrent (officier de la Légion d'Honneur), ainsi qu'à la journaliste de FR3, Elise Lucet, à Nonce Paolini, nouveau PDG de TF1, à Philippe Baudillon, journaliste de TF1, à Francis Morel, directeur général du Figaro et président du Syndicat de la Presse Quotidienne Nationale et à Nicolas Baverez, économiste nettement marqué à droite et pourfendeur du "déclin français", tous nommés "chevaliers" du même ordre.

Pendant ce temps, les textes de loi sont votés par des assemblées à peu près vides. Lorsque François Bayrou voulait assainir la vie politique en exigeant que les élus fassent acte de présence à l'hémicycle pour mériter leur rémunération, Nicolas Sarkozy préfère modifier la Constitution pour avoir l'insigne plaisir de venir défendre lui-même sa politique devant les députés.

La machine médiatique ne s'arrêtera pas à ces broutilles. L'IFOP continue de diffuser des sondages tronqués ou absurdes (70% des Français approuvent la loi sur le service minimum, alors que personne n'en connaît encore le contenu !). Le jeune conseiller de Nicolas Sarkozy, Laurent Solly, 37 ans, va devenir le bras droit de Paolini à TF1. Les journaux de Bolloré (Matin Plus et Direct Soir, tressent des couronnes de laurier à peine déguisées en articles de presse, au gouvernement et au nouveau président à longueur de pages. La presse libérale applaudit des deux mains, bien sûr.

Non, ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui a négocié le mini-traité européen, même s'il a joué un rôle positif dans ces négociations. Il est encore très loin d'avoir "sauvé l'Europe" et sème le doute parmi nos alliés à cause de sa politique économique.

Non, Nicolas Sarkozy ne convainc pas avec sa politique d'ouverture. Preuve en est le piètre résultat obtenu par les députés de la majorité sortante aux législatives (50 sièges perdus sur 363), ainsi que les inquiétudes concernant le remboursement des frais de santé ou d'autres sujets sociaux encore en suspens.

Non, Nicolas Sarkozy n'est pas à l'initiative de l'appel à DSK pour la présidence du FMI, qui est le fait de Jean-Claude Juncker, Premier Ministre luxembourgeois.

Non, Nicolas Sarkozy n'est pas le négociateur, ni sa femme Cecilia, qui va permettre aux infirmières bulgares d'être libérées (peut-être). Ce long travail a été mené par Amnesty International, Avocats sans Frontière, Benita Ferrero-Valdner, commissaire européen aux relations extérieures, M. Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires étrangères, 114 lauréats du Prix Nobel et bien d'autres encore, avant que, soudain, le 26 avril dernier, le candidat Sarkozy se souvienne de ce dossier et ne tente de se l'approprier.

Pendant ce temps, le Parti Socialiste se déchire et le leader le mieux placé pour mener la prochaine bataille (Dominique Stauss-Kahn, selon les sondages), cèderait aux sirènes internationales plutôt que de mener le combat de reconstruction de la gauche. Le désespoir règne à gauche. Le peuple se tait et la comédie continue, jusqu'aux prochains réveils difficiles de ce pays si versatile.

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16 juin 2007

TVA SOCIALE, FRANCHISE MEDICALE, VERS UNE PRIVATISATION DE LA SECURITE SOCIALE ?

Pour justifier ses projets de "TVA anti-délocalisation", le gouvernement certifie que la baisse des charges sociales entraînera une baisse automatique des prix. Avant cela, le candidat Sarkozy a promis de mettre en place une franchise médicale afin de financer le déficit de la sécurité sociale. Quelles sont les logiques budgétaires et la philosophie économique de ces plans ?

 

D'entrée, soyons clairs : notre système social ne peut plus être financé par le travail exclusivement. Vieillissement de la population, augmentation du coût des soins, diminution du nombre d'actifs… Tous ces éléments rendent la gestion de notre système de santé de plus en plus problématique. Les déficits s'accumulent, malgré les plans de financement successifs. Rappelons que le dernier en date, présenté par Xavier Bertrand en novembre 2005, était supposé ramener le déficit sous la barre des 10 milliards d'euros.

 

La franchise médicale

Lors de la "Convention Santé" de l'UMP, en juin dernier, Sarkozy se demandait : "Y a-t-il une seule assurance sans franchise ?", confondant Sécurité sociale et Assurance maladie. Fillon allait plus loin encore, ne comprenant pas que le paiement d'une franchise sur les soins de santé soit insupportable "alors qu'une charge de plusieurs centaines d'euros par an pour la téléphonie mobile ou l'abonnement Internet ne pose pas de questions". On rappellera au Premier Ministre que les salariés versent déjà plus de 15% de leurs revenus chaque mois (auxquels s'ajoutent les 23% cotisés par leurs employeurs), soit 191,81 € par mois pour un Smicard (et 280 € de plus pour l'employeur) ! Comment mettre en balance, par ailleurs, des dépenses utiles comme le téléphone portable ou Internet avec cette cotisation indispensable pour la préservation de la santé de chacun ?

 

Les premières propositions de Sarkozy, dans son livre "Libre" (janvier 2005), situaient ce déremboursement à 500 FF (75 €) par cotisant. Dans l'élaboration du projet présidentiel, des chiffres différents se sont succédés, allant de 100 € par an et par personne jusqu'à la proposition actuelle, réduite à 40 € par an et par foyer. On constate que ce projet n'est pas récent. Pour plus d'informations sur ce sujet, je vous renverrai vers "Les Fossoyeurs de la Santé", le livre du Docteur Christian Lehmann et l'article publié sur Agoravox en avril dernier (lien).

 

Tous les efforts du gouvernement, dans la suite des politiques mises en place par Mattéi, Douste-Blazy et Xavier Bertrand depuis 2002, vont vers une "responsabilisation des assurés". On remplace le rapport entre "soignant – malade" par une relation "marchand – client", les personnes consultant un médecin devenant de simples consommateurs de soins. On va ainsi, progressivement, vers une logique économique de marchandisation qui devrait aboutir logiquement à la privatisation du système de santé, sur un modèle américain. Pour rappel, le coût global de notre santé représente 10,5% de notre PIB, contre 15% aux USA.

 

La TVA "anti-délocalisations"

Glissant toujours dans le même sens, le gouvernement souhaite instaurer une TVA sociale, supposée financer une partie de la sécurité sociale, tout en allégeant les charges sociales des entreprises. On promet une réduction des prix (hors taxes) correspondant à la hausse de la TVA par effet mécanique.

 

Alors qu'on nous parle de lutte contre la délocalisation, notre main d'œuvre étant supposée trop chère et subissant des charges sociales insupportables, posons-nous un instant la question de calculer le poids de la main d'œuvre dans le prix d'une voiture par exemple. Selon vous : 50% ? 60 % ? Plus ou moins ? Surprise ! D'après le patron de Fiat, Sergio Marchionne, les coûts salariaux ne représentent qu'entre 4 et 7% du prix d'une voiture. C'est pourquoi la marque italienne a décidé de ne pas procéder à des licenciements lorsqu'elle a traversé de graves difficultés. Le groupe italien a préservé l'emploi en constatant que les travailleurs de Fiat et leurs familles étaient aussi leurs principaux clients et leurs meilleurs représentants.

 

Lorsque le gouvernement prévoit une réduction du prix d'une voiture équivalente à la hausse de la TVA (soit 5%), cela revient, en fait, à réduire la marge des constructeurs de 4,75%. Cette hausse de la TVA correspond, de fait, à un transfert de la charge de la sécurité sociale du travail vers la fiscalité.

 

Le financement des déficits

Revenons enfin sur la question essentielle : comment financer le déficit de la sécurité sociale ? Tout d'abord, replaçons les chiffres dans leur contexte. Le déficit s'élève à 10,26 milliards d'euros, somme considérable en soi, mais qui ne représente que 3,4% du budget du système de santé. Rappelons également que l'Etat doit 5,1 milliards à ce système. Ainsi que le souligne le rapport de la commission des comptes de la sécurité sociale (CCSS) de septembre 2006, "l'apurement de ses dettes par l'Etat à la fin du premier semestre 2006 apparaît très modeste : il a en effet été payé 254 millions d'euros sur les 5 271 millions d'euros dus qui ressortent de la situation nette au 31 décembre 2005, ce qui représente un peu moins de 5 %".

 

A ce stade, pourquoi ne pas aller directement vers une solution plus radicale ? On pourrait supprimer totalement les charges sociales, libérant ainsi 45% du PIB, en compensant cet allégement généralisé par le rétablissement des impôts directs sur l'ensemble de la population. Alors que tous les leaders politiques français n'ont pas de mots assez élogieux pour vanter les modèles danois ou suédois, on rappellera utilement que la fiscalité directe dans ces pays se situe à des niveaux astronomiques par rapport aux nôtres (au minimum 37% d'impôts directs, pour tout contribuable !). La participation des utilisateurs dans les soins de santé est, par ailleurs, nettement inférieure dans ces pays scandinaves (moins de 15% en Suède et en Norvège, 17% au Danemark, contre 24% en France).

 

Dès lors, si l'on convient que la fiscalité doit remplacer, à terme, le système actuel de sécurité sociale, il faut rechercher les moyens les plus justes pour effectuer ce transfert. C'est un Premier Ministre socialiste qui nous a doté de ce moyen. Michel Rocard, en instaurant la CSG (complétée par la CRDS sous Juppé) en 1990, a inventé un système de financement qui représente aujourd'hui plus de 55,15 milliards d'euros par an, soit un tiers de la branche maladie de la Sécurité Sociale. La TVA sociale, ou quel que soit son nom, serait un nouveau moyen d'accroître les ressources du système, de façon "indolore". Est-elle pour autant plus ou moins "égale" pour tout le monde ? La consommation des ménages est la base même de toute reprise économique, en France comme ailleurs. Réduire le pouvoir d'achat par une augmentation de la fiscalité indirecte entraînera automatiquement un ralentissement économique et une augmentation du chômage. On aurait pu imaginer une réduction des charges sociales (certainement nécessaire pour les petites entreprises de service), compensée par un transfert de ces charges vers la CSG. Ces ressources nouvelles s'appliqueraient à tous les revenus (y compris ceux des capitaux), sans pénaliser la consommation.

 

Quant au modèle de soins de santé que le Président de la République veut appliquer en France, il faudra qu'il se décide enfin. Il a déclaré à plusieurs reprises que le modèle français ne saurait être remis en cause. "Les Français n'y sont pas prêts", aurait-il expliqué à ses conseillers. En attendant que nous soyons enfin prêts pour ce grand changement, le gouvernement tente, maladroitement, de nous convaincre que nous devons accepter l'inéluctable pour nous offrir des soins dignes de ce nom, alors que les Etats-Unis eux-mêmes se tournent vers nous pour comprendre comment nous faisons pour assurer une couverture sociale équitable et universelle.

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04 mai 2007

QUE LE PLUS MEDIOCRE GAGNE

Voilà, nous y sommes ! Le débat a eu lieu et chacun s’est fait une opinion définitive sur le candidat de son choix. Et pourtant, cette campagne laisse un goût amer. Celui d’un affrontement stérile, annoncé et organisé par les médias, pour les médias et avec les médias uniquement. Mais où est passé le peuple ?

 

Quel que soit le résultat final de ces élections, le débat tant attendu entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy n’aura finalement démontré qu’une seule chose : la relative médiocrité des deux candidats.

Je ne reprendrai pas toutes les erreurs commises par l’un et l’autre durant celui-ci. Qu’il s’agisse du nucléaire, ou d’autres thèmes abordés de façon approximative, on aura surtout été frappé par le niveau très faible des deux débateurs. Il suffit de comparer les vidéos des débats précédents pour être frappé par la nullité de celui-ci. Dans un français approximatif et une rhétorique usée à l’extrême, Sarkozy propose toujours une vision caricaturale de la France. Travailler plus pour gagner plus. Aimer la France. Un état fort pour rétablir l’ordre.
De son côté, Ségolène continue à se prendre les pieds dans le tapis du financement des mesures qu’elle propose, balbutie quelques grands principes. L’ordre juste. La démocratie participative. La défense des femmes.

On n’a pas entendu ces deux-là briller, user d’arguments pertinents ou parvenir à convaincre les auditeurs. Et c’est bien le problème fondamental de cette campagne médiatique interminable. Depuis le jour où Sarkozy a admis y penser, "pas seulement en se rasant", et que Ségolène Royal a fait la "une" du Nouvel-Obs, "si c’était elle", tout est dit. Les médias ont choisi leur duel et nous l’ont imposé coûte que coûte.

Pour éviter tout risque de dérapage, effacer le 21 avril de nos mémoires, il fallait à tout prix renouveler la classe politique française, chasser les éléphants, tourner la page, offrir une image "moderne" de notre démocratie.

Lui, le fils d’immigré à moitié juif et hongrois, mais radicalement de droite et ultralibéral. Le Rastignac de la politique française. Yago tapi dans le sillage de Pasqua, Chirac et Balladur. Iznogoud enfin devenu Pacha à la place du Pacha. Il est le portrait, caricatural jusqu’à l’extrême, de la "génération Chirac". C’est toute la philosophie d’Occident qui arrive au pouvoir avec lui et Patrick Devedjan. Anti-68ard, briseur de grève, anti-communiste primaire, candidat du capitalisme français, thatchérien et reaganien par conviction . Il sait que la France résistera à toutes les mesures qu’il prendra. Il a déjà renoncé à abroger les 35 heures par réalisme politique. Mais il ne lâche pas son affaire. Il veut supprimer le chômage comme on supprime un chancre. Il suffit de déclarer que le fait de ne pas travailler est illégal pour obliger ces fainéants de chômeurs à accepter n’importe quel boulot. Il faut forcer la France à devenir un pays anglo-saxon, où le rendement de toutes les administrations doit pouvoir générer un bénéfice au même titre qu’une entreprise privée. La seule solution pour y parvenir : rendre les heures supplémentaires obligatoires pour que les Français consomment plus, payent plus d’impôts et ne perdent pas leur précieux temps en vaines RTT.

Elle, la fille de droite autoritaire, devenue gauchiste et féministe, socialiste de conviction ou de profession, Madone des médias, Jeanne d’Arc du XXIème siècle. Elle veut être la fille de Mitterrand, l’héritière de Blum et de toute l’histoire de la gauche. Confusément, on sait qu’elle ne connaît rien aux entreprises. Toute sa vie, elle l’a passée dans les cabinets ministériels, cumulant les mandats et les avantages. C’est l’incarnation même de la tradition jacobine. L’Etat est l’alpha et l’oméga de l’existence. Rien ne se fait sans lui. Rien n’est possible contre lui. La réponse a chaque question est simple : "je veux" parce que "l’Etat, c’est moi". Il n’y a aucune limite aux possibilités fournies par le budget public. Aucune politique impossible. Il suffit de puiser dans la caisse et de régler les problèmes en finançant par la dette.

Mais ni l’un ni l’autre n’offre de réelle perspective. Juste une vieille chanson, entendue des milliers de fois, d’un côté ou de l’autre. Les deux faces d’un vieux 45 tours datant des années 80. ça tombe bien, c’est de nouveau à la mode. Reagan-Thatcher d’un côté. Mitterrand de l’autre.

Pourtant, la pilule est amère. On se dit, en les voyant flotter dans un costume trop grand pour eux, que le casting n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Si seulement ce débat avait eu lieu avant le premier tour, peut-être que l’enjeu en aurait été modifié.

TF1, la presse et l’ensemble de l’establishment politico-médiatique en ont jugé autrement. Dehors Bayrou et ses affidés. A la porte les "non-candidats" de l’avant premier tour. Où sont passés les Jospin, Strauss-Kahn ou Fabius qui auraient sans doute élevé un peu ce débat, au moins d’un point de vue technique ? Où est la génération des anciens "quadras" de la droite : Philippe Séguin et les autres, assassinés par leur père spirituel ?

Il ne nous reste que ces deux-là, qui ne donnent vraiment pas envie de voter à ceux qui ne croient plus les vaines promesses ni les arguments creux. Sans doute est-ce un sentiment minoritaire, à l’heure où les deux camps s’enflamment pour leurs candidats respectifs. Méfions-nous pourtant des désillusions prochaines, qui ne tarderont pas à surgir, dans tous les cas de figures possibles.

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20 avril 2007

PRONOSTIC DE PREMIER TOUR

Il ne s'agit pas ici de faire un énième sondage sur le premier tour de la Présidentielle.

Voici simplement quelques scénarios possibles, élaborés sur base des sondages des élections présidentielles de 1974 à 2002.

Les instituts de sondages se sont PRESQUE toujours trompés jusqu'ici.

Pour rappel :

Les favoris annoncés :

  • CHABAN-DELMAS en 1974 >>> GISCARD élu
  • GISCARD en 1981 >>> MITTERRAND élu
  • MITTERRAND en 1988 >>> MITTERRAND réélu
  • BALLADUR en 1995 >>> CHIRAC élu
  • JOSPIN en 2002 >>> CHIRAC réélu.

J'ai donc calculé les marges d'erreur entre les sondages à la veille des scrutins et le résultat final :

Les favoris sont surestimés de :

  • 9% en 1974,
  • 6,7% en 1981,
  • 5,9% en 1988,
  • 3,4% en 1995
  • 10,8% en 2002.

Les challengers sont sous-estimés de :

  • Giscard : 5,6% en 1974
  • Mitterrand : 6,8% en 1981
  • Jospin : 6,3% en 1995,
  • Le Pen : 9,9% en 2002

Compte tenu de ces chiffres, j'ai simplement essayé d'appliquer ces constantes aux derniers chiffres des sondages :

  • Sarkozy (favori) >>> résultat entre 29,2 et 36,6%
  • Ségolène (favorite) >>> résultat entre 23,2 et 30,6%
  • Bayrou (challenger) >>> résultat entre 18,7 et 28,5%
  • Le Pen (challenger) >>> résultat entre 14 et 23%

Ces chiffres extrêmes doivent être corrigés, en calculant la moyenne des erreurs des sondeurs "camp par camp", c'est-à-dire la surestimation régulière de certains partis, au détriment des autres.

Voici le résultat de trois hypothèses selon le mode de correction choisi :

Hypothèse A : les instituts de sondage se sont peu trompés.

  1. Nicolas Sarkozy : 27,0%
  2. Ségolène Royal : 22,9%
  3. François Bayrou : 19,4%
  4. Jean-Marie Le Pen : 15,6%
  5. Olivier Besancenot : 6,9%
  6. Marie-George Buffet : 2,4%

tous les autres candidats en-dessous de 2%

Hypothèse B : marge d'erreur importante.

  1. François Bayrou : 29,5%
  2. Jean-Marie Le Pen : 23,7%
  3. Ségolène Royal : 18,5%
  4. Nicolas Sarkozy : 16,3%
  5. Olivier Besancenot : 8,5%
  6. Arlette Laguillier : 3,5%
  7. Marie-George Buffet : 3,1%
  8. José Bové : 2,5%
  9. Frédéric Nihous : 2,2%

tous les autres candidats en-dessous de 2%

Hypothèse C : mixage des deux hypothèses.

  1. Nicolas Sarkozy : 24,4%
  2. Ségolène Royal : 23,7%
  3. François Bayrou : 23,6%
  4. Jean-Marie Le Pen : 19,6%
  5. Olivier Besancenot : 6,3%
  6. Arlette Laguillier : 3,4%
  7. Marie-George Buffet : 2,4

tous les autres candidats en-dessous de 2%

Voilà qui ne rend pas les choses plus simples !
Bonne journée de vote... Rendez-vous lundi.

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MEDIAS : LA MANIPULATION JUSQU'A LA LIE

A quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, les médias ont confirmé leur choix : ils veulent un combat Sarko-Ségo et ignorent tout autre choix. La preuve ? Ils ne posent même plus la question d’un second tour Bayrou-Sarkozy.

Alors que les ralliements récents ou, tout au moins, les appels du pied de quelques ténors socialistes à l’égard de Bayrou semblaient donner raison au leader centriste dans sa démarche, une dernière vague de sondages indique une baisse des intentions de vote à son égard. Les raisons de cette baisse soudaine, en fin de course, sont simples. A force de marteler que Jean-Marie Le Pen risque d’être au second tour, on radicalise les deux camps et on force les sympathisants de gauche à se rallier à Ségolène Royal.

Au comble de cette posture médiatique, le dernier sondage (vague 24) de l’institut CSA, qui donne les deux candidats majoritaires au côte à côte au second tour. Autre signe inquiétant, la chronique de Jean-Michel Aphatie dans le journal gratuit "Métro", qui balaye d’un revers de la main la candidature centriste, comme étant vouée à l’échec.

Citation : Repéré comme un homme de droite par l’électorat de gauche, François Bayrou aurait du mal à réunir sur son nom la majorité hétéroclite de suffrages qui lui ouvrirait la porte de l’Elysée (dans Métro, 16/04/07).

Un comble quand on observe les simulations de second tour publiées par la plupart des instituts de sondage ! Pour rappel, LH2 a posé la question de ce duel une seule fois (55%), quatre fois par BVA (54-55%), deux fois par TNS-Sofres (52-56%), sept fois par IPSOS (51%-53,5%), quatre fois par IFOP (49-54%) et... jamais par le CSA ! Soit, au total, 21 simulations d’un duel Bayrou-Sarkozy, dont 20 victoires pour le centriste. Par comparaison, les simulations des duels Sarko-Ségo sont devenues quasiment innombrables. Au bas mot, cette question a été posée au moins cent fois, pour ne pas prendre le risque de voir un autre choix émerger.

Il semble que les commentateurs politiques refusent l’évidence et les attentes d’une bonne part de l’électorat. Ils critiquent les deux "grands" candidats, mais ils souhaitent que personne d’autre ne vienne perturber leurs habitudes. Membres de fait de la "nomenklatura politico-médiatique", ils rejettent toute alternative, du centre ou d’ailleurs. On croit entendre, depuis six mois, une petite phrase répétée en boucle : "Ça ne marchera pas...".

Tout ceci serait anecdotique et peu important s’il n’y avait eu le 21 avril 2002 et Le Pen au second tour. Toute l’énergie des médias est tendue vers un but secret : effacer l’erreur passée. Cette tache sur le CV des commentateurs et des sondeurs, qui n’avaient pas vu monter le phénomène Le Pen, et le risque d’une élimination de Jospin au premier tour. Bis repetita avec le référendum. Les médias étaient tellement certains que le "Oui" l’emporterait que, soudain, les électeurs semblaient presque inutiles et superfétatoires. On savait mieux qu’eux ce qu’ils allaient voter. Erreur et boule de gomme. Deuxième échec médiatique.

2007 doit absolument remettre les choses à leur place. La gauche est à gauche, la droite est à droite. L’extrême gauche, l’extrême droite, les écologistes sont renvoyés à leurs chères études et définitivement réduits à un simple rôle de contestation.

Seul incident de parcours, un poil à gratter de la politique continue à empêcher de penser en rond. François Bayrou propose autre chose. Au fait, combien de personnes continuent à voter pour lui sur votez2007.com ? Toujours crédité de 24% au premier tour, devant Sarkozy, il est donné gagnant au second tour depuis plus de deux mois. Bien sûr, il ne s’agit pas d’un sondage, et ce vote ne concerne qu’une partie "favorisée" de l’électorat, disposant d’un accès Internet et démontrant un minimum de convictions politiques. Sur Yahoo.fr, le sondage en ligne posant la question "Bayrou et Royal doivent-ils s’allier ?" a obtenu 54% de réponses favorables. Quels sont les médias traditionnels reflétant cet état des choses, à part Marianne ?

Il est certain qu’une bonne partie des indécis se laissera abuser par ce piège médiatique du duel annoncé depuis plus d’un an (pour rappel, Ségolène Royal a créé son "Désir d’avenir" en décembre 2005, il y a plus de 14 mois !). Certain également que la peur du "grand méchant loup Le Pen" fonctionnera sur une bonne partie de l’électorat de gauche. Ce faisant, Ségolène Royal peut survivre à ce premier tour et, si on en croit le CSA, faire jeu égal avec Sarkozy au deuxième tour. Si ceci arrivait, on pourra dire qu’elle aura réussi sur un point : l’analyse du traumatisme de 2002 et l’avantage politique à en retirer.

Sa stratégie confuse, balançant de l’extrême droite à la gauche, aura provoqué un profond malaise à l’intérieur du camp socialiste. Mais, voilà... Si c’était elle, ce serait un événement "planétaire", paraît-il. Mais je ne suis pas certain que ce soit pour les bonnes raisons. N’est-ce pas simplement parce que c’est une femme, et non pas pour ses qualités ? Ou bien parce qu’elle est si médiocre qu’elle paraît plus proche des gens ?

Pour de nombreux militants ou sympathisants socialistes, l’hésitation perdure. Beaucoup voteront Bayrou, mais aussi Besancenot, Bové, Buffet ou Voynet. Certains s’abstiendront. D’autres iront voter Ségolène à reculons. En tout cas, tous auront le sentiment d’avoir perdu une occasion de venger ce 21 avril où la France a basculé dans la caricature démocratique.

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27 mars 2007

quel candidat ?

bayrou_matchIl paraît que je ressemble à...
B...

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10 mars 2007

Les Français préfèrent la cohabitation

Le débat porte, ces jours-ci, sur la capacité de François Bayrou à former un nouveau gouvernement. La gauche, comme la droite, proclame à l'envi que les Français ne veulent pas d'une nouvelle cohabitation entre un président "de droite" et un gouvernement de gauche. Sarkozy, pour tenter de récupérer une partie des voix captées par Bayrou, déclare pouvoir intégrer "des ministres de gauche" dans son gouvernement. Mais quelle est réellement l'opinion des Français ? Voici ce que nous nous proposons d'analyser. 

Nous avons analysé les sondages d'opinion concernant l'action du gouvernement durant les trente dernières années*. Au début de cette période, Raymond Barre est le Premier Ministre de Valéry Giscard d'Estaing. La cohabitation est un concept lointain et incertain. La société française est encore marquée par une bipolarisation évidente. D'un côté, la droite est franchement libérale, elle favorise le capitalisme et maintient l'ordre. De l'autre, l'union de la gauche est constituée, le Parti Communiste représente encore 20% des électeurs et le désir de revanche est "chevillé au corps" de tous les ouvriers après vingt années de pouvoir absolu de la droite. Le Front National et Jean-Marie Le Pen rassemblent moins d'un pourent des intentions de vote.

Trente ans plus tard, nous avons toujours un gouvernement de droite, avec un Président de droite et un gouvernement de la même couleur. Pourtant, plus rien n'est à la même place. Les crises sont passées par là. Le bloc communiste s'est effondré. La droite s'est fondue dans les structures de l'UMP, phagocytées par le RPR. Le capitalisme est devenu incontrôlable. La gauche et l'extrême-gauche n'en finissent plus de divorcer. La droite ne parvient pas à rassembler une majorité sans l'apport des voix du Front National, qui représente près de quinze pourcents de l'électorat.

Durant ces 341 mois de référence, trois périodes de cohabitation sont venues perturber le jeu politique. Le premier gouvernement est celui d'une double revanche. Jacques Chirac revient à Matignon dix ans après son premier passage. Il se venge de Giscard, qu'il a contribué à faire perdre en 1981. Il veut battre les socialistes après deux législatives difficiles. Il a gagné en rassemblant toute la droite derrière lui. Mais la popularité de son gouvernement devient négative neuf mois après son arrivée au pouvoir. A la Présidentielle suivante, Mitterrand réunit une partie du centre sous la bannière de la "Majorité Présidentielle" et remporte les élections haut la main.
Revenant à une pratique fréquente avant l'unification du parti socialiste à Epinay, en 1971, la troisième voie a remontré le bout de son nez. Retour du balancier vers la gauche.

Les gouvernements suivants vont voir leur popularité s'effriter progressivement. La déception est grande et s'accumule depuis 1981. Quand Mauroy avait atteint des sommets de popularité éphémères (au-dessus de 70% durant les quatre premiers mois), les cotes de Rocard descendent jusqu'à 48%, celles de Cresson s'effondrent jusqu'à 22%, Beregovoy remonte difficilement au-dessus des 50% d'opinion favorable durant six mois à peine. La deuxième cohabitation semble inévitable.

Deuxième Premier Ministre de cohabitation : Edouard Balladur. A la tête d'une coalition RPR-UDF forte, Jacques Chirac a préféré laisser son "ami de trente ans" diriger le gouvernement pour éviter la confrontation douloureuse avec Mitterrand. Jamais l'opinion n'est restée aussi satisfaite de cette cohabitation. Durant deux années, la courbe ne s'infléchit que lentement. Les scores obtenus dans les sondages rejoignent ceux du premier gouvernement Mauroy : 73% d'opinions favorables. Balladur est le favori des sondages pour la Présidentielle. Chirac mange des pommes. Delors renonce à se présenter. Bayrou et Sarkozy soutiennent le Premier Ministre au nom du rassemblement. Et, finalement, Chirac remporte la mise ! Fin de la cohabitation et début d'une nouvelle période "bleu horizon". Un petit problème cependant, perce sous la cuirasse du vainqueur. Il a gagné grâce à son discours concernant la "fracture sociale". Dans son équipe, les tenants d'une droite républicaine égalitaire, défendue par Séguin, s'oppose à l'ultralibéralisme préconisé par Madelin. Chirac finit par choisir le "meilleur d'entre [eux]". Juppé Premier Ministre, c'est la descente d'un inspecteur des impôts dans une foire à la farfouille. De maladresses en provocations, l'opinion se retourne rapidement contre le gouvernement. Après quatre mois seulement, la courbe devient négative. Elle descend jusqu'au score historique d'Edith Cresson d'impopularité : 23% d'opinions favorables seulement. Chirac, avec son conseiller, Dominique de Villepin, a soudain une illumination : la dissolution. Résultat : Jospin devient le troisième Premier Ministre de cohabitation de la 5ème République.

Troisième tour, avec cinq années devant lui pour appliquer son programme. A nouveau, la cote de popularité du gouvernement s'envole. Durant  57 mois consécutifs, elle restera positive, rejoignant presque (71%) celle de Balladur et Mauroy avant lui. Tout aurait du l'amener au fauteuil présidentiel. Tout, sauf le 21 avril 2002. La suite est bien connue de chacun et présente à nos mémoires. Chirac réélu avec 80% des voix nomme des gouvernements résolument libéraux. Raffarin, puis Villepin, s'enfoncent dans les sondages pour atteindre le niveau le plus bas historique de 17% d'opinions favorables, record obtenu en juillet 2006.

En fin de compte, on constate que les gouvernements successifs n'ont été populaires que durant les périodes de cohabitation. Celles-ci ont représenté un peu moins d'un tiers de ces trente dernières années. Au cours de ces 111 mois de gouvernements opposés au chef de l'état, leur cote de confiance n'est jamais descendue en-dessous de 40%, se maintenant largement au-dessus de la barre des 50% durant 89 mois. Sur les périodes Balladur et Jospin, le taux de satisfaction est encore plus étonnant. Leurs cotes de popularité sont restées favorables durant plus de 80 mois sur une période cumulée de 86 mois, c'est-à-dire à peine six mois en plus de sept ans !

La proposition de Bayrou de constituer un gouvernement "d'union nationale", réunissant droite et gauche ressemble beaucoup à une forme de cohabitation subtile. Un Président de la République de "centre-droit" nommant un Premier Ministre de "centre-gauche" n'est plus un scénario de science-fiction. UMP et PS craignent ce résultat où ils perdraient définitivement leur omnipotence. N'oublions pas que la Présidentielle se joue en quatre tours : les deux tours de l'élection proprement dite, puis les deux suivants des législatives. La dynamique d'une élection entraîne mécaniquement le ralliement des "petits". Les ex-UDF partis à l'UMP reviendraient bien vite au bercail en cas de victoire. Une partie de l'UMP, dont on peut rappeler qu'il ne s'agit que d'un agrégat des anciennes formations de droite (Démocratie Libérale, RPR...), chercherait à obtenir un label "présidentiel" pour remporter des duels fratricides, ou éviter des triangulaires en face du Front National. De même au Parti Socialiste, où l'explosion provoquée par le référendum sur le traité pour une constitution européenne a laissé des blessures profondes. Récemment, Dominique Strauss-Kahn a annoncé qu'il n'accepterait pas un poste de Premier Ministre dans un gouvernement centriste, mais, dans le même temps, il a appelé François Bayrou à rejoindre Ségolène Royal pour un gouvernement d'union nationale sous la férule socialiste ! Ce faisant, il n'a fait qu'approuver la position du candidat UDF et valider le fait qu'un gouvernement "mixte" était souhaitable pour battre Nicolas Sarkozy.

A six semaines des Présidentielles, le choix des Français n'est pas encore définitif. Mais s'ils choisissent François Bayrou, il est certain qu'ils retrouveront un mode de gouvernance qu'ils ont plébiscité par le passé : la cohabitation.

*source : TNS SOFRES. Sondages d'opinion mensuels d'avril 1978 à mars 2007.

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