anima persa

Les "âmes perdues" de notre époque errent dans nos villes, nos campagnes, à la recherche d'un but, d'une lueur, d'un espoir. Perdus dans la grisaille, ils aimeraient trouver une main secourable. C'est ce que je propose de faire.

24 décembre 2006

PETIT PAPA LE PEN, QUAND TU REMONTERAS AU CIEL… (air connu)

La bataille fait rage actuellement pour savoir si Le Pen obtiendra, ou non, ses parrainages pour pouvoir participer à l'élection présidentielle de 2007. Au-delà de cette question, revenons sur le parcours de Le Pen et l'impact de ses idées sur l'opinion. La France est-elle en train de devenir le premier pays où les idées d'un homme parviennent au pouvoir sans qu'il ait été élu ?

 

2 janvier 1956.

Elections législatives en France. Le jeune Jean-Marie Le Pen, 27 ans, fait son entrée à l'Assemblée Nationale, comme député du mouvement poujadiste, "Union et Fraternité Française". Il est alors le plus jeune élu de la députation, battant de peu Valéry Giscard d'Estaing, de deux ans son aîné. Il perdra ce siège de député le 25 novembre 1962, après avoir été réélu sous l'étiquette du CNI ("Centre National des Indépendants et Paysans"), sous la houlette d'Antoine Pinay et toujours aux côtés de Giscard.

Depuis ces débuts fracassants, Jean-Marie Le Pen a peu varié de discours. L'UFF était déjà un parti "populiste". Avec comme but principal de "sortir les sortants", ce parti est opposé à l'Europe naissante (le traité de Rome n'a été signé qu'en mars 1957), ainsi qu'à la fiscalité grandissante de l'état (jugé de "vampire") et anti-communiste. En pleine "crise" algérienne, il veut également maintenir l'Algérie au sein de la République.

Le Pen sera toujours vigoureusement partisan de l'Algérie Française. Associant le geste à la parole, il a d'ailleurs repris du service comme parachutiste. Ce choix l'ayant apparemment amené à pratiquer la torture, il est naturellement classé parmi les anti-arabes, proches de l'OAS et des colons français. Pour contrer cette image raciste, Le Pen cite volontiers son engagement auprès d' Ahmed Djebbour. Partisan de l'unité de la République et de l'Algérie Française, cet Algérien a été élu en 1957 avec son aide. Lorsque Djebbour sera victime d'un attentat du FLN, Le Pen l'accueillera même chez lui, à la Trinité-sur-Mer. De fait, la xénophobie de Le Pen semble toujours avoir été dirigée davantage contre les Juifs que les Arabes. Il est ennemi de l'immigration principalement pour des raisons économiques, et justifie ce principe pour protéger les "faibles" et favoriser la "préférence nationale" dans le cadre de la globalisation. Tout comme De Gaulle ou Mitterrand avant lui, il est resté partisan de l'Empire Français, colonialiste et rayonnant. Il n'est pas étonnant, donc, qu'il cherche à intégrer dans son mouvement autant de militants arabes que possible.

 

Le souverainisme

Le Pen et le Front National ont été parmi les premiers à lutter contre l'union européenne. Ce positionnement est l'une des causes de la rupture au sein du CNI avec Giscard. Ce parti est devenu une passerelle entre la droite parlementaire et le Front National. Violemment nationaliste, les militants d'extrême-droite se sont rapidement scindés en deux groupes antagonistes. Le "Parti des Forces Nouvelles", émanant d'Occident tout comme la plupart des fondateurs du Front National, prônait une Europe unie, du Portugal à la Russie, sous forme de confédération. Evidemment, il s'agissait, dans l'esprit de leurs promoteurs d'une forme rénovée du fascisme ou du national-socialisme, ayant provoqué la résurgence du parti mussolinien en Italie, par exemple. Contrairement à cette ligne, Le Pen défend une ligne purement nationale et, à ce titre, plus proche des valeurs traditionnelles de la droite française, monarchiste et anti-parlementaire. Il récupère également une partie des nostalgiques du maréchal Pétain, maurrassiens, ultra-nationalistes. Les débats concernant Schengen, Maastricht et, plus récemment, le projet de constitution européenne, ont renforcé cette ligne politique. La plupart des partis de droite adhèrent, publiquement ou non, à ces thèses. Seuls les militants historiques pro-européens ("Républicains Indépendants" autour de Giscard, UDF…) continuent à militer pour l'union. A gauche, le démarquage de Chevènement a lancé le mouvement qui a abouti au rejet du projet de traité pour une constitution européenne par une large fraction de l'électorat socialiste et communiste, pour des raisons diamétralement opposées de celles des souverainistes de droite.

Quelle serait la position de Ségolène Royal à cet égard, si elle était élue, au vu des récents sondages "eurosceptiques" ? Une majorité s'étant prononcée nettement contre ce traité, on peut raisonnablement penser que nous entrons dans une période où les idées défendues par Le Pen à propos de l'Europe gagneront encore du terrain, avec ou sans lui.

 

La préférence nationale

Lorsque la France comptait à peine un ou deux pourcents de chômeurs, l'immigration ne semblait poser aucun problème. Le Pen a rapidement compris que ce thème deviendrait crucial dans les années 70. Le retour des Français d'Algérie s'est souvent produit dans des conditions difficiles. Proche de ces milieux, le président du Front National a su capter leurs voix. Alors que la France continuait à faire appel à une immigration économique importante tout au long des années 60, notamment pour répondre à une demande croissante, l'évolution du chômage, dès 1967, a favorisé les positions de Le Pen sur ce thème. Progressivement, on a entendu des dirigeants, mêmes socialistes, admettre que "la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde" (Rocard), même si celui-ci ajoutait : "mais chaque pays doit en prendre sa part". Chirac, en parlant de l'insupportable "bruit", mais surtout "l'odeur" que répandraient les familles d'immigrés n'a rien fait d'autre que de tenter de récupérer ce thème. Idem pour Sarkozy, qui désire "choisir" son immigration. Même Ségolène Royal déclare aujourd'hui qu'il faut éviter une régularisation massive des sans-papiers, "risquant de créer un appel d'air". Elle dit préfèrer une démarche "au cas par cas", "dans un flux continu", pour "régulariser de façon progressive ceux qui sont sur notre sol et dont notre économie a besoin". Elle veut également expulser "systématiquement" à leur sortie de prison les "délinquants dangereux", même si ceci ne concernerait que "les auteurs de crimes ou de délits arrivés depuis peu" en France1. De fait, en agissant de la sorte, elle rétablirait la double peine. Inutile d'insister sur Philippe de Villiers, qui agite le thème de l'immigration comme un chiffon rouge.

Il est certain que les attentats du 11 septembre et la montée en puissance de l'islamisme international sont venus apporter plus d'eau encore au moulin du FN. Cela veut-il dire que Le Pen, président de la République, adopterait des lois privant un certain nombre de "Français issus de l'immigration" de leur nationalité ? Il faudrait alors remonter aux lois raciales allemandes de 1933 à 39 pour trouver une mesure équivalente, ou aux lois concernant "l'ivoirité" introduites par Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié. Mais, de fait, l'administration freine le renouvellement des titres de séjour des immigrés ou de leurs enfants par diverses tracasseries. Alors que plus de la moitié de la population se trouve au-dessous d'un niveau de vie acceptable, sous la menace permanente de la perte de son emploi, le fait de vouloir protéger le tissu social et industriel du pays peut passer pour une politique raisonnable, voire indispensable.

 

L'anti-parlementarisme

Le nombre d'affaires scandaleuses impliquant des hommes politiques de premier plan n'a pas cessé d'augmenter depuis les années '70, accréditant le fameux "tous pourris" et le slogan "Tête haute, mains propres", que Le Pen a si bien su utiliser au cours des dernières années. Sans doute, dans les faits, la corruption n'a-t-elle pas réellement beaucoup augmenté, surtout concernant l'enrichissement personnel. Chacun admet pour soi comme une évidence, presque un droit, de pouvoir frauder le fisc, de dissimuler des revenus, de travailler au noir… Mais la corruption des élites apparaît comme le sommet de l'indécence. Les jeunes loups de la politique, comme Arnaud Montebourg à gauche, ou feu Thierry Jean-Pierre à droite, ont fait de ce sujet le centre de leur action politique. Nicolas Sarkozy, en dénonçant le scandale Clearstream à son seul profit, ne fait que prendre position pour protéger son image de "chevalier blanc" de la politique. Quelles sont les réelles casseroles qui suivront, s'il est élu président ? Et reprochera-t-on un jour à Ségolène Royal d'avoir utilisé un jet privé pour rentrer à Paris au lendemain d'un meeting à Toulouse3 ?

 

La haine des élites et de "l'establishment"

Le Pen sort du jeu des partis traditionnels à partir de la scission du CNI, en 1962. Son frère ennemi, Giscard, est devenu l'étoile montante de la droite de l'époque. Celui-ci est alors ministre des Finances du gouvernement Debré. Alors que Le Pen s'était placé dans le sillage d'Antoine Pinay durant la mandature précédente, en siégeant notamment à la commission des finances pour les dépenses militaires.

En 1965, son attachement à Tixier-Vignancour, candidat de l'extrême-droite à l'élection présidentielle, le place à l'extérieur du nouveau système politique. L'adoption du scrutin majoritaire à deux tours par la 5ème République l'exclut définitivement du jeu parlementaire. Au niveau local, il ne dispose pas des soutiens paysans sur lesquels le parti poujadiste avait connu son plus grand succès. Pour une bonne partie, cet ancrage local se déplace vers le futur UDF, autour de Giscard.

Aux présidentielles de 1974, Le Pen remporte moins d'un pourcent des voix. En dix ans, il va passer à 14%, devenant un acteur incontournable du paysage politique français.

L'opinion juge que Mitterrand a sciemment créé les conditions d'un renforcement politique du Front National, en lui permettant d'accéder à l'Assemblée Nationale. Pourtant, cette entrée n'a été rendue possible que par deux faits précis. D'une part, le changement de mode de scrutin faisait partie du programme socialiste et des 110 propositions du candidat en 19812. D'autre part, la "dissidence électorale", consistant au vote pour des listes "non-gouvernementales", pour les partis extrémistes, ou par le vote blanc, est un phénomène qui a constamment progressé depuis 1978. Aux dernières élections législatives, le total de ces votes protestataires, rappelant le slogan "sortir les sortants" originel, représente 50,7 % des inscrits.

En exigeant un nombre plus important de signatures pour la candidature Présidentielle, Giscard a mis à l'écart Le Pen de l'élection présidentielle en 1981. Cette mesure était sensée diminuer le nombre de candidatures et ne visait pas uniquement le Front National, ne représentant aucun danger électoral à l'époque.

Mis au ban, le Front National n'a plus qu'une seule stratégie possible : une critique constante et virulente de la classe politique en place. Etrangement, ce positionnement est aujourd'hui réclamé par la plupart des candidats à la Présidentielle. Sarkozy veut une rupture tranquille. Dans son équipe, toute une génération de quadras attend son tour. Mais il s'agit encore de cadres formés par l'ENA, comme Emmanuelle Mignon, major de sa promotion, Valérie Pécresse, Jean-François Copé, Renaud Dutreil, Hervé Gaymard… De même, François Bayrou déclare vouloir une "Révolution Centriste", alors qu'il fait lui-même partie du jeu politique depuis plus de vingt ans en tant que député, nommé ministre dès 1993. A gauche, sans parler des traditionnels contestataires communistes (PC, LCR, LO…), Ségolène aussi veut donner l'image d'une "gazelle" luttant contre les "éléphants". Elle-même est pourtant sortie de l'ENA, a tracé toute sa carrière comme apparatchik du Parti Socialiste, conseillère auprès de François Mitterrand, députée parachutée dans les Deux-Sèvres, ministre depuis 1992… Ces trois candidats prétendent faire de la politique "différemment", rejoignant ainsi un des thèmes favoris du leader de l'extrême-droite française.

 

Une économie de boutiquier

Conformément à son passé poujadiste, Le Pen défend les petits commerçants contre les trusts et les multinationales. Il se place dans une tradition pétainiste, vantant le corporatisme contre le syndicalisme, l'artisanat contre l'industrie. Plus largement, l'argent étant une valeur "sale" du point de vue chrétien, il le rejette comme une valeur "judaïque". La globalisation et la finance internationale sont associés, dans l'esprit de beaucoup de Français, à ce que les milieux antisémites appellent la "juiverie" internationale. On entretient, en filigrane, l'idée que la franc-maçonnerie et les lobbies pro-israéliens, les défenseurs des droits de l'homme et les membres de la LICRA, constituent une forme de complot pour diriger tous les leviers de la société française, au détriment des pauvres ouvriers ou employés, dépourvus de toute arme pour se défendre. C'est ce qui rassemble Le Pen et Dieudonné, ce qui permet de pardonner le crime de Fofana, ce qui autorise quelques musulmans à rejoindre le Front National. C'est un antisémitisme fondamental. Sur ce point, aucun autre candidat à la présidentielle n'oserait prendre ouvertement parti. L'échec de Fabius et de Strauss-Kahn à la primaire du parti socialiste n'est-il pas une conséquence inconsciente de cette propagande ? On préfère visiblement une femme solidement implantée dans son terroir, plutôt que deux cosmopolites aux origines "troubles".

 

Et si Le Pen n'obtient pas ses 500 signatures ?

Un grand nombre de personnes se sont inscrites sur les listes électorales récemment, apparemment pour faire barrage à Sarkozy à la Présidentielle. C'est peut-être l'effet "Karcher" souhaité par les personnalités issues des banlieues. C'est sans doute, aussi, le résultat d'une plus grande politisation d'une génération de gauche, désirant effacer le souvenir du premier tour de 2002. Reste à savoir comment tous ces nouveaux électeurs voteront au premier tour de la Présidentielle si Jean-Marie Le Pen en est exclu, de fait, par manque de soutiens. Et surtout, quelle sera l'attitude des électeurs d'extrême-droite aux législatives qui suivront si leur favori est, pour la deuxième fois de sa carrière, exclu du débat ? Si la proportionnelle était réintroduite, ainsi que le réclame une bonne part des partis contestataires, les députés UMP seraient presque deux fois moins nombreux, largement au profit du Front National, qui disposerait de 60 députés au moins. Aucun gouvernement ne serait possible à droite sans l'apport des voix du Front National4.

Rappelons-nous que le Front National a connu sa plus forte progression après les Présidentielles de 1981, dont Le Pen était absent. Pour son dernier tour de piste, le vieux renard de La Trinité-sur-Mer risque de nous laisser de drôles de souvenirs au pied du sapin.

 

 

Notes :

1 Source : www.segoleneroyal2007.net – tout le programme de Ségolène Royal.

2 Proposition n°47 : La représentation proportionnelle sera instituée pour les élections à l'Assemblée nationale, aux assemblées régionales et aux conseils municipaux pour les communes de 9 000 habitants et plus. Chaque liste comportera au moins 30 % de femmes.

3 Rapporté par le journal "Libération" à la suite du meeting des primaires socialistes à Toulouse. A titre indicatif, un vol coûte en moyenne 8.000 €.

4 Voici la simulation d'une assemblée élue à la proportionnelle intégrale, sur base du premier tour des législatives en 2002 : UMP – 192 sièges (-159), PS – 139 sièges (-3), Front National – 65 sièges, UDF – 28 sièges (+2), PC – 28 sièges (+6), Verts – 26 sièges (+23), divers droite – 21 sièges (+12), Chasse Pêche Nature et Traditions – 10 sièges, Parti Radical de Gauche – 9 sièges (+1), Ligue Communiste Révolutionnaire – 7 sièges, Lutte Ouvrière – 7 sièges, Pôle Républicain (Chevènement) – 7 sièges, divers écologistes – 7 sièges, divers gauche – 6 sièges, MNR (Mégret) – 6 sièges, Mouvement pour la France (Villiers) – 5 sièges, Démocratie Libérale – 3 sièges, Rassemblement pour la France (Pasqua) – 2 sièges (-1), divers extrême-gauche – 2 sièges, Régionalistes – 2 sièges (+1).

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17 décembre 2006

ISRAËL-PALESTINE – LE DERNIER RÊVE D'ABRAHAM

Dans un petit village au sud de Jérusalem, sous une tente, le patriarche de la tribu se meurt.
Abraham est entouré de ses deux fils, nés de ses épouses, Sarah et Hajar. L'une était juive et l'autre égyptienne. Abraham, dans un dernier souffle, veut qu'ils se réconcilient. Depuis des années, une vieille rancœur les divise. Ismaël est l'aîné, et ,à ce titre, prétend devoir hériter prioritairement de son père. Il a quatorze ans de plus que son demi-frère. Isaac est le fils de la première épouse, juive. En tant que tel, il estime être le seul à pouvoir diriger la tribu.
Abraham leur lègue deux pays. Israël, la terre promise par Dieu, sera celui d'Isaac. Ismaël règnera sur tous les autres territoires, à l'est d'Israël, pour y faire paître ses troupeaux. Les frères réconciliés enterrent donc leur père auprès de sa femme Sarah, dans le caveau qu'il avait acquis en Palestine, dans le petit village d'Hébron. Ensuite, chacun repart vers son destin. Ils donnent naissance à deux peuples frères. Les Juifs et les Arabes sont nés. 3 830 ans plus tard, la dispute continue.

 

Tout le monde n'est pas obligé de croire en Dieu. Trois peuples ont réinterprété à leur façon cette histoire commune. Les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans se sont disputés pendant des siècles pour déterminer lequel d'entre eux détenait "La Vérité". Ces combats ont fait des millions de morts, depuis le martyr des premiers chrétiens jusqu'à la Shoah, en passant par les Croisades. Aujourd'hui encore, le conflit israélo-palestinien entraîne d'interminables tueries. Intifada, attentats-suicides, représailles, assassinats… Les morts succèdent aux morts, sans fin. Certains prennent ce prétexte pour mener des guerres saintes, d'autres refusent d'admettre la présence de différents peuples sur une même terre. Mais quand tout cela finira-t-il ? Afin de tenter de trouver des solutions, reposons d'abord quelques bases historiques.

L'opposition "raciale" entre Juifs et Arabes
Tous deux sont des peuples sémitiques. Leurs langues sont toutes deux issues d'une même racine. Celle-ci a donné naissance à diverses branches, dont les langues mésopotamiennes (Irak actuel) à l'est, et les langues phéniciennes à l'ouest (araméen, arabe, hébreu, syriaque, maltais…).
Il faut concevoir que toute cette région a été envahie, dominée, dépecée, découpée durant des millénaires par les différents empires régionaux. Au fil de cette histoire perturbée, les villes sont devenues des états. Chaque état a développé son propre système et sa langue s'est distinguée des autres, au même titre que le latin a donné l'italien, l'espagnol, le français ou le roumain. Il est donc totalement absurde de vouloir opposer une "race juive" à une "race arabe". Cette région, de la Syrie à l'Arabie, en passant par Israël, la Palestine et la Jordanie, est le berceau de l'humanité dans ce qu'elle a de plus noble. L'invention des sciences, de l'écriture et des lois. Loi divine pour les uns, droit séculier pour les autres, ces textes constituent les bases de l'ensemble de nos civilisations.

La présence juive en Palestine
Deux thèses s'opposent, qui ont des sources relativement récentes. La Palestine est, dans la Bible, le pays des Philistins. Celui-ci recouvrait approximativement l'actuelle bande de Gaza. Ce sont les Romains qui ont étendu ce terme à l'ensemble des territoires situés entre la Méditerranée et le Jourdain. Elle incluait également la Syrie. Chez les Grecs, on l'appelait la "Syrie juive", avant de l'appeler "Syrie Palestine".
Les Juifs se sont révoltés contre l'occupant romain durant un siècle, afin de préserver leur religion. Ce mouvement aboutit à leur dispersion en 135 après J.C.
L'exode est devenu le ferment de l'identité juive à travers le temps. Mais un foyer juif a persisté en Palestine, jusqu'à nos jours. La christianisation byzantine a transformé la Palestine en Terre Sainte dès le 4ème siècle. Ce sont des moines chrétiens qui ont converti les peuples bédouins de la péninsule durant les deux siècles suivants.
Ce mouvement s'est converti en islamisation au 7ème siècle, finissant de convertir la majorité de la population. A la fin des Croisades, et sous l'empire ottoman, la région devient définitivement multi-culturelle. Juifs, Chrétiens et Arabes cohabitent pacifiquement pendant des siècles dans tous les territoires sous contrôle turc, d'Istanbul au Caire, sous domination musulmane.
Au 19ème siècle, le territoire de la Palestine est peu occupé (environ 50 habitants au km²), par une population très majoritairement arabe (chrétienne et musulmane). Environ 25.000 Juifs y vivent encore. Les grands pogroms russes, en 1880, provoquent les premières immigrations juives vers la Palestine. Grâce à l'appui financier des grandes fortunes juives internationales, les premiers colons peuvent acheter des terres cultivables. Ils fondent Tel-Aviv, qui était un kibboutz, puis un ensemble de villages sur les côtes.
La Palestine est toujours sous l'autorité de l'empire ottoman, qui voit l'immigration juive comme une aubaine du point de vue financier et technique. Les Juifs apportent des compétences utiles, permettant la modernisation rapide du pays.
Après la guerre de 14-18, les souverains hachémites, chérif de la Mecque et descendants directs du prophète (et donc d'Ismaël), créent le royaume de Jordanie, sous contrôle anglais. Ils sont favorables à l'arrivée massive d'immigrants juifs. Ils accordent un territoire correspondant à l'actuel état d'Israël, incluant la Cisjordanie. En contrepartie, Fayçal de Jordanie doit devenir roi de d'Arabie (le Hedjaz), de Syrie et d'Irak. Malheureusement, les Hachémites sont chassés d'Arabie par les Saoudiens en 1932 et d'Irak par un coup d'état en 1958.

La population juive en Palestine a continuellement augmenté, de 1918 à 1948.
Cette venue régulière, pendant trente ans, d'immigrants juifs, s'est faite généralement dans l'indifférence. Quelques crises ont éclaté sporadiquement au cours des années '20, cherchant à limiter la vente de terres aux colons juifs. Celles-ci ont amené les Juifs à créer une milice clandestine, la Haganah, qui leur a fourni une organisation de défense solide.
De 1935 à 1939, une Jihad est lancée par le cheikh
Izz al-Din al-Qassam, qui désire créer un état islamiste en Palestine. Le début de révolte est mené par un très petit groupe d'hommes (environ 800) et s'achève par la mort du prédicateur. Celle-ci est suivie par une grève générale, durant six mois. Les Palestiniens revendiquent le droit de créer une assemblée législative, ce que les Anglais leur refusent.
La Haganah ayant collaboré avec les Britanniques pour lutter contre l'insurrection palestinienne, les Juifs obtiennent un traitement plus favorable. Ceci n'empêche pas les Anglais de réprimer durement les mouvements indépendantistes juifs, comme l'Irgoun et le groupe Stern.
En 1937, un premier plan de partition est négocié entre Juifs et Arabes, qui aurait accordé 85% du territoire au souverain jordanien, laissant 15% pour la création d'Israël. Celui-ci échoue finalement, ne contentant personne.
A l'issue de la guerre, le nombre de Juifs atteint environ 560 000 habitants, soit un tiers de la population totale de la région. La densité de population est passée à 90 habitants au km², principalement sur de nouvelles terres "colonisées" et mises en valeur grâce aux kibboutzim. Ils occupent entre vingt et trente pourcents du territoire.

L'immigration est nettement plus importante après la deuxième guerre mondiale et, surtout, après la proclamation d'indépendance suite à la partition de la Palestine, en 1948.
Ce plan de partition est massivement rejeté par les Arabes, qui lancent une guerre totale contre les Israéliens. Le sort des armes leur est, une nouvelle fois, défavorable, notamment grâce à l'action de la Haganah, devenue l'Irgoun.
Contrairement à une opinion généralement répandue dans les milieux favorables aux nationalistes arabes, Israël n'a pas remporté cette victoire grâce à l'aide occidentale. Isolés et subissant un blocus militaire strict, ils ont réussi en ne comptant que sur leurs propres forces et grâce à une organisation implacable.
La conclusion de la guerre est dramatique pour les Palestiniens. La plus grande partie quitte le pays, volontairement ou non. Le maintien de la Cisjordanie et de la bande de Gaza hors de l'état d'Israël permet de maintenir la majorité de la population arabe dans un territoire circonscrit. Israël peut désormais se renforcer dans un état "homogène".

Toutes les guerres suivantes, jusqu'à la guerre du Liban, en 1981, ont été successivement remportées par Israël et ont amené son renforcement territorial.
La colonisation a amené 2,8 millions de personnes supplémentaires entre 1948 et nos jours, portant la population juive à 5,3 millions aujourd'hui.
Les Arabes palestiniens vivent majoritairement dans les territoires occupés (ou autonomes), soit 3,7 millions d'habitants. Un grand nombre de Palestiniens vivent également en Jordanie (2,6 millions) et en Israël (1,2 millions). Le reste de la population palestinienne est exilée dans les pays de la région, du golf persique ou du continent américain (environ 800.000 habitants). Le problème de la répartition de la population sur ce territoire reste le problème majeur dans ce conflit.

Le droit à la défense d'Israël
Le cycle de violences a été entamé en 1935 et il n'a guère connu de répit depuis. Les peuples environnants ont soutenu, hébergé et parfois combattu, la résistance palestinienne. D'autres opérations militaires d'envergure ont été entreprises contre Israël par les pays arabes de la région, qui ont toutes échoué.
Apparemment, seuls les Israéliens sont capables de se battre eux-mêmes. L'invasion du Liban en 1982, au cours de l'opération "Paix en Galilée", a marqué le premier faux pas d'Israël, alors que la paix avec l'Egypte était le seul pas tangible vers une pacification de la région. La guerre des Six Jours (1966) et la guerre du Kippour (1973) étaient des conflits de protection contre une agression concertée des pays arabes. Le Liban a représenté, par deux fois, une erreur stratégique et une faute politique de la part d'Israël. En-dehors de l'aspect militaire, ces actions offensives ont surtout été des erreurs politiques majeures. La prédominance des militaires au sein des gouvernements israéliens – quatre premiers ministres de 1948 à nos jours (Ygal Allon, Yitzhak Rabin, Ehud Barak, Ariel Sharon) – a abouti à un constat d'échec.
L'armée ne peut pas résoudre tous les problèmes de la société israélienne. De même que la force ne représente pas la seule solution à cette situation. Les accords d'Oslo ont prouvé qu'une solution diplomatique était possible. L'échec des négociations de Taba, entre Ehoud Barak et Yasser Arafat a malheureusement marqué la fin de ce timide espoir.
Le nombre de victimes palestiniennes, entre octobre 2000 et novembre 2006, s'élève à 29.956 personnes, dont 4.388 morts (source Croix Rouge Palestinienne).
Le nombre de victimes israéliennes durant la même période s'élève à 8.717 personnes, dont 1.084 tuées. Ce nombre a été considérablement réduit grâce à l'efficacité de la prévention des attentats. Une attaque sur quatre seulement parvenant à atteindre son but. Si rien n'avait été fait, 35.000 Israéliens auraient été victimes de ces actions, dont 4.500 auraient trouvé la mort.
Dans cette guerre fratricide, cette lutte "œil pour œil, dent pour dent" arrive à un échec immense des deux côtés de la "ligne verte".
Plus de 8.000 maisons palestiniennes ont été détruites pour des raisons diverses (construction sans permis, punition contre la participation à des attentats, objectifs militaires…) et 2.000 Palestiniens sont détenus par Israël.
Les médias occidentaux s'émeuvent majoritairement de la situation du point de vue palestinien. Ils n'imaginent que très rarement le danger dans lequel vit la population israélienne.
La première Intifada s'est achevée par les accords d'Oslo, après que 1.491 Palestiniens et 522 Israéliens sont morts entre 1987 et 2000, en presque huit années de lutte.
Voilà six ans que dure cette seconde Intifada, et le nombre de victimes est déjà trois fois plus élevé. Combien faut-il encore de morts avant que les protagonistes de cette guerre se mettent autour d'une table ? Faut-il que cette lutte dure Cent Ans, elle aussi ?

Depuis 70 ans, les Palestiniens ont choisi la voie du terrorisme comme seule solution. Avaient-ils d'autres options ? Malgré tout, on peut critiquer une certaine partie de cette action, ayant entraîné une violence aveugle contre des innocents. Les prises d'otage, les massacres perpétrés durant vingt années par l'OLP, le FPLP et toutes les autres organisations palestiniennes, ont affaibli ces mouvements de libération. Finalement, c'est l'Intifada, menée à l'intérieur du pays, qui est parvenue à la création de l'Autorité Palestinienne. La deuxième Intifada risque de faire éclater celle-ci. La récupération idéologique de ces insurrections populaires par le Hamas a entraîné une nouvelle radicalisation et ces tensions aboutissent même à une guerre civile larvée entre forces palestiniennes.

Médiation
Deux logiques s'affrontent ici. Israël a le droit de protéger sa population. La Palestine a le droit d'exister au sein de frontières sûres et reconnues.
Les choses sont ce qu'elles sont devenues. L'Histoire a ramené sur cette terre un nombre important de Juifs qui vivaient autrefois en Europe, en Afrique ou en Orient. Les pogroms, la Shoah, les émeutes raciales et les persécutions dont ils furent l'objet dans les pays arabes après 1947 les ont amenés, en grande partie, à immigrer en Israël. Rappelons que la présence de communautés juives était attestée au Proche-Orient et en Afrique du Nord durant toute l'Antiquité et le Moyen-Âge, jusqu'au 20ème siècle. Ce mouvement est irréversible et les nationalistes arabo-palestiniens mènent une lutte vouée à l'échec en niant cette réalité.
Cette situation est la conséquence logique de l'éveil des nationalismes au 19ème siècle et des colonisations successives. Lorsque les empires ont disparu, aussi bien en Europe qu'au Proche-Orient, après la première guerre mondiale, toutes les revendications nationales ont éclaté. Ce mouvement historique de morcellement des états est parvenu jusqu'au régionalisme contemporain, niant même l'existence de nations anciennes comme l'Espagne, la France ou l'Italie. La Palestine a-t-elle jamais existé en tant qu'état ? Existe-t-elle en tant que nation ? L'ensemble des peuples de cette région, du nord de la Syrie jusqu'à la mer Rouge, constituait une forme de nation, partageant énormément de points communs, même s'ils conservaient des particularités propres. Ces différences se sont maintenues tout au long de l'Histoire, assurant la continuité de la présence des communautés de Druzes, de Palestiniens, d'Hébreux, d'Alaouites, de Nabatéens, et même des tribus arabes nomades, dans toute la région.
A bien y regarder, ces peuples ont plus de points de ressemblance que de divergence. Et, en premier lieu, la foi en un Dieu unique. Quelles solutions, à présent, pour un avenir pacifique ?

La coexistence pacifique.
Imaginons qu'une nouvelle conférence de la paix, ou des accords secrets entre Palestiniens et Israéliens, permette une paix durable et la création de deux états souverains, aux frontières reconnues et stables. Un seul inconvénient à cette solution : la partition de la Palestine en deux entités sans continuité territoriale. On en reviendra invariablement aux sources du conflit de 1948. Solution de court terme uniquement.

2. Une zone sous contrôle international.
La communauté internationale, sous la pression de la crise pétrolière et pour lutter contre le terrorisme islamiste, pourrait être amenée à vouloir occuper la région et mettre ces territoires sous tutelle pour maintenir la paix. Cette solution, forcément impopulaire et instable, est improbable, ainsi que peu souhaitable.

L'union économique.
On entend régulièrement cette proposition émerger dans le camp des "modérés" des deux bords. Une union douanière et économique, similaire à l'Union Européenne, permettrait d'assurer la survie économique de cet ensemble de pays. Pour parvenir à ce but, il faudrait d'abord que les différents partenaires potentiels parviennent à un minimum de stabilité politique et économique. Si Israël est prêt, selon les standards occidentaux, à participer à un projet de ce genre, comment la Syrie, le Liban, la Palestine et la Jordanie pourraient-ils y parvenir sans avoir atteint un niveau minimum de démocratie en interne ? Un ensemble viable devrait réunir, à terme, tous les pays de la sous-région, de la Syrie jusqu'au Yémen. La route est encore longue avant d'y parvenir.

Le chaos généralisé.
Les tensions actuelles pourraient amener une guerre plus large, régionale ou mondiale. Le démantèlement de l'Irak, la lutte des Chiites pour atteindre le pouvoir dans la plupart des pays de la région, les enjeux pétroliers, la faiblesse des royautés et des émirats arabes, la puissance montante de l'Iran, sont autant de phénomènes inquiétants, chacun étant facteur de risques. Il n'est pas impossible que le conflit actuel entre Sunnites et Chiites en Irak dégénère et s'étendent à toute la région. L'avenir serait alors décidé par les armes.

L'effondrement des régimes en place.
Un des principaux obstacles à la paix est le financement constant des mouvements terroristes par les puissances financières de la région. Les régimes saoudiens et iraniens, profitant de la manne pétrolière, entretiennent l'instabilité financière pour des questions idéologiques dangereuses. Le but de quelques dirigeants occidentaux (américains et pro-américains) est de décapiter ces régimes, ou de les affaiblir durablement, pour couper les sources de financement de l'islamisme. Certains théoriciens "faucons" de Washington misent sur un retour des Jordaniens au pouvoir dans leurs anciennes possessions grâce à la théorie des dominos. La chute de Saddam Hussein entraînant une démocratisation des différents régimes, on aurait dû chasser les souverains arabes de leur trône pour les remplacer par le pouvoir jordanien, beaucoup plus pro-occidental.
C'est une hypothèse improbable, tant que les régimes arabes et syriens se maintiennent. Le Roi de Jordanie est peut-être, malgré tout, la clé de voûte de toute solution diplomatique.

3.800 ans après la disparition d'Abraham, ses fils continuent à se disputer cette terre. Aucun conflit armé ne parviendra à les départager. Aucune victoire militaire définitive n'est possible, sans entraîner un conflit généralisé. La seule solution réside dans l'arrêt de la violence, la négociation et la diplomatie. Le rôle de nos médias est également de donner une image juste et équilibrée du conflit. Nous devons dénoncer les actes injustes commis par Israël, mais aussi les meurtres sanglants des Palestiniens.

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10 décembre 2006

MARXISME ET CAPITALISME SONT DANS UN BATEAU, L'UN DES DEUX TOMBE A L'EAU…

L'extrême-gauche, en France comme ailleurs, cherche à refaire son unité pour peser dans le paysage politique. Mais le communisme a-t-il encore sa place dans un monde unipolaire et 100% libéral ? Les alter-mondialistes ont-ils une chance de renverser le pouvoir ? José Bové rasera-t-il un jour sa moustache ?... Sur toutes ces questions, il est bien difficile de prédire l'avenir.

Les partis d'extrême-gauche qui cherchent à faire leur unité pour se présenter aux élections présidentielles font tous référence au marxisme, comme base idéologique. Quelques-uns, allant encore plus loin, s'inspirent des mouvements libertaires ou anarchistes. Mais, avant de savoir en quoi consiste leur programme, il est important de rappeler que les sources du marxisme plongent au coeur de la révolution française et des penseurs du siècle des lumières.

Marx s'est inspiré notamment des travaux de John Locke,qui a théorisé la séparation des pouvoirs, repris par Montesquieu dans "L'Esprit des Lois" (1748). La notion de classea été inventée par Adam Smith, qui a défini les différents moyens de produire de la richesse (travail, capital et marché dans "La Richesse des Nations", 1776). La "Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen", promulguée le 26 août 1789, abolit l'Ancien Régime et les pouvoirs absolus, mais elle entérine les principes fondamentaux du libéralisme économique ("La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé."). Ce principe est encore confirmé dans la Déclaration de 1793 ("Le droit de propriété est celui qui appartient à tout citoyen de jouir et de disposer à son gré de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie"), alors que celle-ci institue un pouvoir absolu exercé par le peuple, inspiré des principes du "Contrat social" de Rousseau. La dictature du prolétariat avant l'heure.

Lorsque Marx analyse les travaux de ses prédécesseurs, ainsi que les luttes révolutionnaires du 18ème siècle, il en conclut que la lutte des classes est le moteur même du changement, par le combat des exploités contre les exploiteurs. Il écrit dans "Le Manifeste du Parti Communiste" qu'il faut "arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie". Les moyens que celui-ci propose sont déjà tout l'arsenal du pouvoir soviétique : expropriation, impôt sur la fortune, abolition de l'héritage, nationalisation des banques, des transports, des moyens de production, collectivisation de l'agriculture, travail obligatoire. Même si Marx et Engels ont ensuite tenté d'atténuer la portée de ces propos, surtout dans leur introduction au "Manifeste" de 1872. Ils y déclarent notamment que l'expérience révolutionnaire de "la Commune" a démontré que "la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre telle quelle la machine de l'Etat et de la faire fonctionner pour son propre compte". Ils avouent également qu'il ne faut pas "attribuer trop d'importance aux mesures révolutionnaires énumérées à la fin du chapitre II".

La mise en œuvre des principes marxistes par les bolchéviques en 1917 a donné naissance à un régime totalitaire, alors que celui-ci prétendait donner tout le pouvoir au peuple sur le peuple ("Tout le pouvoir aux Soviets "). Le petit groupe révolutionnaire dirigé par Lénine accapare pendant 74 ans l'ensemble des pouvoirs en Russie, à la suite d'un coup d'état annulant les résultats des premières élections libres après la révolution de mai. Le même scénario s'est répété en Chine et s'y perpétue de manière différente. Les révolutions à Cuba et au Cambodge, les mouvements de libération nationale au Nicaragua et au Vietnam, le coup d'état militaire en Birmanie, ont mis au pouvoir des dictatures au nom du communisme, qui n'ont jamais rendu leur liberté aux peuples qu'ils prétendaient délivrer.

Depuis la fin des années 60, et la dernière conférence internationale communiste, sous la houlette russe, en 1969, les différents partis d'obédience communiste dans les démocraties occidentales ont pris leurs distances avec ces pays, proclamant qu'ils n'étaient pas "authentiquement marxistes". Pourtant, on a vu plus haut que ces régimes n'ont fait qu'appliquer les principes émis dans le Manifeste de 1848 et répété à l'envi depuis.  Se définir aujourd'hui en tant que communiste revient à accepter ces principes révolutionnaires faisant partie des textes fondateurs de tous les partis de gauche.  

L'anarchisme, né dans le même mouvement social, au 19ème siècle, s'inspire également de la révolution française et de la pensée de Rousseau. Bakounine, leader anarchiste contemporain de Marx, va encore plus loin dans le refus de toute autorité et de toute forme d'état. Son application politique, au moment de la révolution russe, a donné lieu à de nouvelles propositions comme l'abolition de la propriété (plus exactement : le fait de posséder des biens dans le but de faire du profit, et non la propriété individuelle).
Les situationnistes, regroupés formellement en "Internationale Situationniste" en 1957, ont rejeté l'application bureaucratique et totalitaire des principes marxistes par les pouvoirs soviétique et maoïste. Les mouvements libertaires de Mai 68 dépassent le marxisme en proposant l'abolition des états et du capitalisme par la suppression des rapports marchands, l'instauration de l'autogestion généralisée et de la démocratie directe. De nombreux mouvements alter-mondialistes s'inspirent de cette philosophie libertaire et anarchiste, de même que les écologistes les plus radicaux, qui proposent la suppression de la société de consommation et de l'économie de marché.

L'extrême-gauche s'inspire donc de l'ensemble de ces textes et de ces principes pour construire un nouveau projet de société. Malgré tout, les divisions anciennes, entre communistes, socialistes et anarchistes perdurent et empêchent la naissance d'un mouvement unitaire. Ce mouvement s'inspire notamment de l'unité formée en Allemagne par les dissidents des partis socialiste et communiste autour d'Oskar Lafontaine, ainsi secrétaire général du Parti Socialiste allemand.

Les divergences actuelles au sein de la gauche française reflètent les anciennes luttes entre maoïstes, trotskystes, socialistes et communistes "pro-soviétiques". Malgré la création d'un "Collectif national d'initiative pour un rassemblement anti-libéral de gauche et des candidatures communes" (ouf !), réunissant des partisans du "Non" au projet de constitution européenne, les leaders des différents mouvements constitués, comme la LCR, LO et le PCF, se sont déclarés individuellement comme candidats à l'élection présidentielle. Arlette Laguillier déclare, justement, que "le fait d'avoir été d'accord ensemble contre un texte ne crée pas, nécessairement, un projet politique commun". Il est peut-être encore possible de créer un nouvel élan autour d'une candidature alternative, comme celle de José Bové ou de Clémentine Autain. Cet autre choix est appelé de leurs vœux par des élus du Parti Communiste Français comme Patrick Braouzec, élu de Seine-Saint-Denis.

Le programme de ce collectif, de même que les statuts du PCF, évite désormais le terme de "révolution", même si celui-ci est encore revendiqué par Olivier Besancenot ou Arlette Laguillier. Ceux-ci proposent une révolution démocratique, par opposition, sans doute aux révolutions précédentes, de 1789 à Cuba. Les 125 mesures proposées actuellement par le mouvement "Alternative à gauche 2007" sont volontairement très réalistes et pragmatiques. Ce rassemblement à gauche de la gauche veut prouver sa capacité à gouverner. Mais, ce faisant, il évite toutes les mesures qui permettraient, théoriquement, de changer de société en profondeur. Peut-on, par exemple, vraiment réorganiser l'économie d'une société sans toucher à la bourse, au cœur de son système financier ? D'autres principes fondamentaux demeurent dans leur programme, comme l'augmentation du SMIC ou la généralisation des 35 heures. Ceci suppose qu'ils admettent définitivement l'économie de marché et le marché du travail tels qu'ils existent aujourd'hui. En quoi ces partis sont-ils encore marxistes dès lors qu'ils renoncent à l'avènement d'une société égalitaire, prônant un réel partage des richesses ? L'extrême-gauche, si elle gagnait les élections, appliquerait-elle son programme révolutionnaire, ou bien serait-elle obligée de se plier aux lois du marché international ? On voit bien avec Lula au Brésil ou Chavez au Venezuela, que l'application du programme politique des candidats d'extrême gauche est confrontée à un contexte unanimement libéral.

Les électeurs qui s'apprêtent à accorder leur voix à la gauche française croient-ils en sa victoire ? Besancenot a déclaré, lors d'une émission télévisée, que son but n'était pas de parvenir au pouvoir. Aveu d'impuissance ou programme électoral ? Le but de la gauche contestataire est peut-être, précisément, de ne jamais parvenir au pouvoir, pour ne pas avoir à mettre en œuvre un programme difficilement réalisable.

Si jamais, par un mouvement inédit et surprenant, la gauche unitaire devait remporter les élections, il est à peu près certain qu'elle entraînerait de nouvelles désillusions dramatiques. Gouverner, en démocratie, c'est avant tout faire des compromis, choisir entre deux mesures celle qui paraît la plus juste. La faute de Chirac, depuis 2002, a précisément été d'ignorer les voix de gauche qui lui ont permis d'être réélu contre Le Pen. Sa politique aurait dû se situer au centre, un gouvernement d'union nationale aurait été possible. Au lieu de quoi il a choisi une politique radicale, très libérale, avec Raffarin comme héraut. En agissant de la sorte, il a provoqué le "non" au projet de constitution européenne, alors que celui-ci était approuvé par l'ensemble des gauches européennes, ainsi que par tous les syndicats. Il a permis l'émergence d'un nouvel espoir à l'extrême gauche, provoqué la radicalisation de la plus grande partie de la population.
N'oublions pas que 71% de la population active gagne moins de 1.500 € par mois. Et qui peut vivre décemment avec une telle somme, vu les prix actuels de l'immobilier dans les grandes villes ? 

Les principes émis dans notre première "Déclaration des droits de l'homme" devraient être rappelés constamment à nos politiques. Faute de quoi, certains seront tentés de s'en exonérer, comme cette "Déclaration islamique universelle des droits de l'homme", adoptée à Paris le 19 septembre 1981, qui en est l’antithèse, en suppose que les droits de l’homme sont issus de la Loi de Dieu exclusivement.

Quant à la moustache de José Bové, les pronostics restent ouverts.

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07 décembre 2006

Les Verts sont dans le fruit

2006 restera peut-être comme une date essentielle pour la présence des écologistes dans la vie politique, en France comme ailleurs. Al Gore et Nicolas Hulot ont ouvert une nouvelle voie, mais une candidature verte aux élections présidentielles est-elle réellement crédible ?

L'écologie a fait son entrée en politique il y a plus de trente ans déjà. La génération contestataire, née de 1968, a transposé sur le terrain de la protection de la nature son combat contre la société en place. Lutte contre la société de consommation, contre le capitalisme, contre l'exploitation du Tiers-Monde, à peine émancipé et déjà soumis à une nouvelle forme de tyrannie : le marché des matières premières.
René Dumont est le premier écologiste à s'être présenté aux élections présidentielles, en 1974. C'était un scientifique réputé, expert auprès des organisations internationales, et très largement marqué à l'extrême-gauche, déjà. Même si son résultat est resté plus que modeste (1,32% des voix au premier tour), il a marqué le lancement de l'écologie politique en France. Dès ses débuts, les partis écologistes se sont déchirés pour décider s'il fallait se positionner, à droite ou à gauche, ou bien refuser toute alliance pour créer une "troisième voie" indépendante.
Antoine Waechter, leader du parti Vert, a choisi la politique du "ni-gauche, ni-droite", avec un certain succès. Le meilleur résultat électoral jamais atteint a été obtenu en 1993, lorsque trois formations écologistes se sont présentées simultanément aux élections législatives. Le cumul des voix, tous mouvements confondus, avait atteint 11,63%. Cet axe a été abandonné ensuite, Waechter marginalisé, ainsi que Brice Lalonde, et les résultats sont devenus plus qu'irréguliers. Il faut attendre la campagne de Daniel Cohn-Bendit, aux élections européennes de 1999 pour retrouver des niveaux similaires. Mais la candidature de Mamère en 2002 n'a recueilli que 5% des suffrages, et Dominique Voynet plafonne à 1 ou 2% des intentions de vote actuellement.

Plus largement encore, deux tendances contradictoires s'affrontent. Les premiers prônent une rupture totale avec la société actuelle, pour en finir avec le monde industriel. Les seconds pensent que la science peut remplacer les techniques actuelles par de nouvelles solutions propres et renouvelables. Pour caricaturer, c'est le grand écart entre Greenpeace d'un côté et Al Gore de l'autre. Le débat ne fait que commencer et risque de se prolonger durant quelques dizaines d'années encore.

A-t-on réellement évalué ce que signifierait une "gouvernance écologiste" ? Si l'écologie était au centre de nos décisions, elle ne pourrait se contenter des mesures actuelles, comme l'utilisation d'énergies renouvelables, la gestion des déchets et le recyclage. Les "gestes citoyens" proposés actuellement dans le cadre du "Défi pour la Terre" semblent bien insuffisants à inverser la tendance. De même, les promesses de Kyoto sont déjà obsolètes. Bien d'autres domaines de nos sociétés seraient affectés. L'organisation de l'état devrait répondre aux contraintes nouvelles en limitant le déplacement des fonctionnaires, en favorisant le télé-travail et en réduisant de façon drastique l'utilisation de carburants par ses forces armées. Les entreprises devraient supprimer la climatisation, renoncer aux grands immeubles vitrés, dévoreurs d'énergie. Des pans entiers de l'économie s'effondreraient progressivement ou brutalement. Le tourisme de masse sera-t-il encore possible dans un monde sans pétrole ? La pétrochimie, la plasturgie, les industries automobile et aéronautique auront-elles un avenir ?... Que dire encore de l'attitude des pays émergents, comme la Chine et l'Inde, désirant adopter notre mode de vie à une échelle quatre fois plus grande.

Il semble que, malgré les dangers imminents pesant sur notre environnement, les électeurs n'aient qu'une confiance limitée dans les capacités des partis écologistes à peser sur les décisions politiques. Les nominations des ministres de l'environnement successifs, de Robert Poujade (à ne pas confondre avec Pierre, son homonyme) nommé dans le deuxième gouvernement de Jacques Chaban-Delmas, en 1971, jusqu'à Nelly Olin, n'ont certainement pas contribué à améliorer leur image auprès des électeurs. On se souvient des bourdes médiatiques les plus récentes, de Roselyne Bachelot ou de Dominique Voynet. La participation des écologistes à la gestion de la Ville de Paris, aux côtés de Bertrand Delanoë, fournit d'autres raisons de se méfier de leurs positions.
Les Verts ont très nettement choisi la gauche, et souvent, l'extrême-gauche, quitte à radicaliser leurs positions. La droite a cherché, sans succès jusqu'à présent, à contrebalancer ces positions par des écologistes plus proches de leurs tendances.

L'arrivée de Nicolas Hulot dans le jeu politique bousculera peut-être les choses. Mais une fois de plus, cette candidature potentielle pose la question du positionnement de la question écologique sur le plan politique. S'agit-il, une nouvelle fois, de tenter d'influencer les décisions des partis majoritaires en participant à leurs gouvernements, ou bien faut-il que l'écologie devienne, au contraire, le courant unitaire rassemblant des membres de bords politiques différents dans son sillage ?

La réponse que semble proposer Al Gore dans son discours récent, est de recentrer l'ensemble des décisions politiques en les analysant sous l'angle environnemental. Il suppose préalablement que nous n'avons plus le choix ni le temps d'attendre, en raison de l'urgence devant laquelle nous nous trouvons. Certains hommes politiques en campagne ont rebondi sur cette base en proposant de créer un poste de "super-ministre-bis" du gouvernement. Peut-on réellement croire que nos élites dirigeantes subordonneront désormais leurs décisions, économiques, sociales, politiques, au dictat d'un ministère supérieur hiérarchiquement ? En France, les postes essentiels du gouvernement, en-dehors du ministère de l'Intérieur dont les pouvoirs sont très étendus, sont réservés à l'économie et aux finances. Les ministres en charge à ces postes disposent d'un pouvoir immense sur leurs collègues, en parfaite adhésion avec les décisions prises par le Premier Ministre. On a bien vu, lorsque Jean-François Borloo a lancé ses généreux plans pour lutter contre la précarité, que les lignes budgétaires nécessaires ne suivaient pas, rendant toute décision inopérante. Malgré les discours actuels, on peut craindre que l'écologie subisse le même destin, une fois l'élection remportée, à droite comme à gauche. Pour peser effectivement, les écologistes devraient disposer d'un parti fortement structuré et implanté localement, au même titre que l'UDF, par exemple. A défaut, il faudrait qu'il obtienne des succès électoraux majeurs, pour entraîner une dynamique en sa faveur, lors des élections législatives. Ce ne sera apparemment pas le cas, cette fois-ci encore.

La possibilité d'une candidature de Nicolas Hulot rejoint, sur le plan de la communication, celles de ses concurrents, Sarkozy et Ségolène. Surmédiatisés, ils occupent tout le champ et ne laissent la place à aucun autre candidat. L'élection présidentielle se livre aujourd'hui uniquement à coups de sondages et d'effets de manche. Contrairement aux campagnes électorales précédentes, liées aux actions militantes – collage d'affiches, distribution de tracts sur les marchés, réunions publiques… – les choses semblent se dérouler uniquement sur Internet et à la télévision. Quel sera l'effet d'une élection obtenue sur de telles bases ? N'accentuera-t-elle pas, davantage encore, le fossé entre les élites et le peuple ? Ségolène progresse dans les sondages et les intentions de vote parce qu'elle a réussi à faire croire "aux gens de la rue" qu'elle était proche d'eux. Sarkozy tente de combler son retard dans ce domaine en proclamant, à toute heure, que "les Français savent" qu'il a raison. Pendant ce temps, les questions fondamentales concernant l'avenir de notre planète, la santé de notre population et le développement de nos économies, restent sans réponse. Au moment où tout le monde se rend compte que les changements climatiques deviennent tangibles et nous affectent directement, les hommes politiques écologistes semblent subitement aphones. Sans doute trop occupés à s'entredéchirer ou à tenter de survivre, eux aussi, dans la jungle politique. Les verts sont entrés dans le fruit de la politique, mais, pour l'instant, ils n'ont pas encore prouvé qu'ils étaient capables de répondre aux grands enjeux qui se présentent à nous.

Posté par anima persa à 06:43 - Opinion - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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