20 avril 2007

MEDIAS : LA MANIPULATION JUSQU'A LA LIE

A quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, les médias ont confirmé leur choix : ils veulent un combat Sarko-Ségo et ignorent tout autre choix. La preuve ? Ils ne posent même plus la question d’un second tour Bayrou-Sarkozy.

Alors que les ralliements récents ou, tout au moins, les appels du pied de quelques ténors socialistes à l’égard de Bayrou semblaient donner raison au leader centriste dans sa démarche, une dernière vague de sondages indique une baisse des intentions de vote à son égard. Les raisons de cette baisse soudaine, en fin de course, sont simples. A force de marteler que Jean-Marie Le Pen risque d’être au second tour, on radicalise les deux camps et on force les sympathisants de gauche à se rallier à Ségolène Royal.

Au comble de cette posture médiatique, le dernier sondage (vague 24) de l’institut CSA, qui donne les deux candidats majoritaires au côte à côte au second tour. Autre signe inquiétant, la chronique de Jean-Michel Aphatie dans le journal gratuit "Métro", qui balaye d’un revers de la main la candidature centriste, comme étant vouée à l’échec.

Citation : Repéré comme un homme de droite par l’électorat de gauche, François Bayrou aurait du mal à réunir sur son nom la majorité hétéroclite de suffrages qui lui ouvrirait la porte de l’Elysée (dans Métro, 16/04/07).

Un comble quand on observe les simulations de second tour publiées par la plupart des instituts de sondage ! Pour rappel, LH2 a posé la question de ce duel une seule fois (55%), quatre fois par BVA (54-55%), deux fois par TNS-Sofres (52-56%), sept fois par IPSOS (51%-53,5%), quatre fois par IFOP (49-54%) et... jamais par le CSA ! Soit, au total, 21 simulations d’un duel Bayrou-Sarkozy, dont 20 victoires pour le centriste. Par comparaison, les simulations des duels Sarko-Ségo sont devenues quasiment innombrables. Au bas mot, cette question a été posée au moins cent fois, pour ne pas prendre le risque de voir un autre choix émerger.

Il semble que les commentateurs politiques refusent l’évidence et les attentes d’une bonne part de l’électorat. Ils critiquent les deux "grands" candidats, mais ils souhaitent que personne d’autre ne vienne perturber leurs habitudes. Membres de fait de la "nomenklatura politico-médiatique", ils rejettent toute alternative, du centre ou d’ailleurs. On croit entendre, depuis six mois, une petite phrase répétée en boucle : "Ça ne marchera pas...".

Tout ceci serait anecdotique et peu important s’il n’y avait eu le 21 avril 2002 et Le Pen au second tour. Toute l’énergie des médias est tendue vers un but secret : effacer l’erreur passée. Cette tache sur le CV des commentateurs et des sondeurs, qui n’avaient pas vu monter le phénomène Le Pen, et le risque d’une élimination de Jospin au premier tour. Bis repetita avec le référendum. Les médias étaient tellement certains que le "Oui" l’emporterait que, soudain, les électeurs semblaient presque inutiles et superfétatoires. On savait mieux qu’eux ce qu’ils allaient voter. Erreur et boule de gomme. Deuxième échec médiatique.

2007 doit absolument remettre les choses à leur place. La gauche est à gauche, la droite est à droite. L’extrême gauche, l’extrême droite, les écologistes sont renvoyés à leurs chères études et définitivement réduits à un simple rôle de contestation.

Seul incident de parcours, un poil à gratter de la politique continue à empêcher de penser en rond. François Bayrou propose autre chose. Au fait, combien de personnes continuent à voter pour lui sur votez2007.com ? Toujours crédité de 24% au premier tour, devant Sarkozy, il est donné gagnant au second tour depuis plus de deux mois. Bien sûr, il ne s’agit pas d’un sondage, et ce vote ne concerne qu’une partie "favorisée" de l’électorat, disposant d’un accès Internet et démontrant un minimum de convictions politiques. Sur Yahoo.fr, le sondage en ligne posant la question "Bayrou et Royal doivent-ils s’allier ?" a obtenu 54% de réponses favorables. Quels sont les médias traditionnels reflétant cet état des choses, à part Marianne ?

Il est certain qu’une bonne partie des indécis se laissera abuser par ce piège médiatique du duel annoncé depuis plus d’un an (pour rappel, Ségolène Royal a créé son "Désir d’avenir" en décembre 2005, il y a plus de 14 mois !). Certain également que la peur du "grand méchant loup Le Pen" fonctionnera sur une bonne partie de l’électorat de gauche. Ce faisant, Ségolène Royal peut survivre à ce premier tour et, si on en croit le CSA, faire jeu égal avec Sarkozy au deuxième tour. Si ceci arrivait, on pourra dire qu’elle aura réussi sur un point : l’analyse du traumatisme de 2002 et l’avantage politique à en retirer.

Sa stratégie confuse, balançant de l’extrême droite à la gauche, aura provoqué un profond malaise à l’intérieur du camp socialiste. Mais, voilà... Si c’était elle, ce serait un événement "planétaire", paraît-il. Mais je ne suis pas certain que ce soit pour les bonnes raisons. N’est-ce pas simplement parce que c’est une femme, et non pas pour ses qualités ? Ou bien parce qu’elle est si médiocre qu’elle paraît plus proche des gens ?

Pour de nombreux militants ou sympathisants socialistes, l’hésitation perdure. Beaucoup voteront Bayrou, mais aussi Besancenot, Bové, Buffet ou Voynet. Certains s’abstiendront. D’autres iront voter Ségolène à reculons. En tout cas, tous auront le sentiment d’avoir perdu une occasion de venger ce 21 avril où la France a basculé dans la caricature démocratique.

Posté par anima persa à 12:08 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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