anima persa

Les "âmes perdues" de notre époque errent dans nos villes, nos campagnes, à la recherche d'un but, d'une lueur, d'un espoir. Perdus dans la grisaille, ils aimeraient trouver une main secourable. C'est ce que je propose de faire.

31 juillet 2007

Plus dure sera la chute

Voilà, les dés sont jetés. Après trois années et demies de tragi-comédie politico-judiciaire, l'affaire Clearstream aboutit à une mise en examen particulièrement dure pour Dominique de Villepin. L'ancien premier ministre, qui avait demandé le 9 janvier 2004 au Général Rondot d'effectuer une enquête "discrète" pour vérifier les listings de comptes Clearstream, reçoit le boomerang en pleine figure. Au-delà des considérations purement juridiques ou financières de cette affaire, quels sont les risques et les conséquences probables de cette affaire sur la vie politique française ?

 

Pendu à un crochet de boucher !

Nicolas Sarkozy a répondu un jour à Jacques Chirac, qui lui demandait de calmer ses ardeurs à ce sujet : "Ne me parlez pas comme ça ! Un jour, je finirai par retrouver le salopard qui a monté cette affaire et il finira sur un crochet de boucher !" (cité par Franz-Olivier Giesbert). Ceci en dit long sur la haine qu'éprouve notre nouveau président contre ceux qui ont tenté de le salir. Tremblons, nous tous, pauvres commentateurs de l'actualité, de ne pas susciter la colère de l'exécutif à notre égard ! Maintenant que notre ex-Ministre de l'Intérieur détient tous les pouvoirs et compte bien les exercer tous, que ne va-t-il nous arriver si nous osons nous poser quelques questions légitimes ?

Tout d'abord, la question la plus fréquemment posée à propos de l'affaire "Clearstream" sur les blogs et autres forums est : "A qui profite le crime ?".

Sarkozy savait-il ou non ?

Comment croire que le Ministre de l'Intérieur, en fonction lors du début de cette affaire, n'ait rien su ? La première affaire Clearstream, provoquée par la publication des livres de Denis Robert, faisait déjà un certain bruit, au grand déplaisir des milieux financiers européens. Le Ministre de l'Intérieur devait, à tout le moins, suivre de loin l'évolution de ce dossier.

En novembre 2003, une rumeur entretenue par  Jean-Louis Gergorin parcourait le "tout-Paris" concernant ce "listing sulfureux", auquel on liait également la mort de Jean-Luc Lagardère, jugée suspecte par certains. Jean-Louis Gergorin, proche de Rondot, était un personnage très haut placé chez EADS. A ce titre, il est certain qu'il faisait partie des personnalités surveillées en permanence par les services du Ministère de l'Intérieur (DST ou autre). Ses rencontres avec Imad Lahoud et le général Rondot doivent avoir fait l'objet de notes de ces services.

D'autre part, Imad Lahoud essayait alors d'être recruté par la DGSE. Il était censé avoir une bonne connaissance des réseaux de financement des milieux islamistes radicaux (essentiellement ceux concernant Oussama ben Laden). Il était également lié familialement et financièrment à l'ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac, François Heilbronner. Pour toutes ces raisons, il devait également faire l'objet d'une surveillance des services de l'Etat.

Enfin, le Général Rondot, pensant avoir été entraîné dans une affaire pourrie, aurait confié le contenu de son enquête au directeur-adjoint de la DST à plusieurs reprises, alors que Sarkozy était redevenu Ministre de l'Intérieur.

Clearstream dans la suite de la Tokyo Sowa Bank ?

Toute cette affaire semble être la suite logique d'une tentative trouble de la part des personnels de la DGSE pour "tremper" Chirac avec son pseudo compte au Japon. Pour rappel, on soupçonnait alors Jacques Chirac d'avoir un enfant au Japon et d'alimenter un compte en banque généreusement auprès de la Tokyo Sowa Bank (45 millions d'euros). Le clan chiraquien était persuadé que cette machination avait été montée en épingle par Jospin, en prévision des élections présidentielles. Le gouvernement socialiste avait nommé des diplomates à la tête de la DGSE (Jean-Claude Cousseran, spécialiste du Proche-Orient). Cette affaire a été citée notamment pendant l'audition du Général Rondot.

Toute l'équipe, de Jean-Claude Cousseran à Gilbert Flam (responsable du service le lutte contre la criminalité organisée à la DGSE), en passant par Alain Chouet (chef du Service de Renseignement de Sécurité), a été mise à l'écart et remplacée par des chiraquiens pur jus dès que Chirac a été réélu. Il est étrange, d'ailleurs, que Cousseran soit revenu récemment dans l'entourage de Sarkozy, dans le sillage de Kouchner. Après avoir été ambassadeur de France en Egypte, on l'a vu à Beyrouth, émissaire du gouvernement français, le 10 juin dernier. Il figurait d'ailleurs en arrière-plan du ministre des affaires étrangères ce dernier dimanche, lors d'une conférence de presse.

Marqué par cette affaire ourdie par la DGSE (dépendant de la Défense), Chirac aurait-il craint une nouvelle manipulation de barbouzes ? N'était-il pas raisonnable, dès lors, qu'il se prémunisse de tout danger en agissant dans une semi-clandestinité ? Son nouvel ennemi s'appelant Sarkozy, on peut comprendre qu'il ait préféré le tenir à l'écart des enquêtes de vérification en cours. Dans les notes du Général Rondot, saisies par les juges à son domicile, on voit bien que la préoccupation de défense nationale est bien réelle. Durant la réunion du 9 janvier 2004, pierre d'achoppement de toute la procédure actuelle, Dominique de Villepin, Jean-Louis Gergorin et le général discutent de plusieurs sujets, dont Patrick Ollier, le compagnon de Michèle Alliot-Marie, de l'Irak, du Liban, de la Syrie, de la mafia russe, de la Chine également.

Une simple question d'agenda

Toute la question judiciaire actuelle consiste à se demander si Dominique de Villepin a agi sur ordre du chef de l'état, ou par volonté personnelle. La question subsidiaire est de connaître l'auteur des falsifications portées sur ces fameuses listes de comptes, sur lesquelles on a rajouté les noms de Sarkozy, mais aussi ceux de bon nombre de personnalités comme Alain Gomez (ancien dirigeant de Thomson-CSF), Philippe Delmas (vice-président d'Airbus), Patrick Ollier (compagnon de Michèle Alliot-Marie), Jean-Pierre Chevènement, Michel Rocard, Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, Alain Madelin et Laetitia Casta !... Toutes ces questions, qui passent largement au-dessus de la tête de la plupart des Français, ne sont qu'une bataille de dates et de détails de procédure.

Petit rappel chronologique :

Nicolas Sarkozy a été Ministre de l'Intérieur de mai 2002 à mars 2004 et de mai 2005 à mars 2007. Dominique de Villepin a été Ministre de l'Intérieur d'avril 2004 à mai 2005

Selon le texte de loi sur lequel repose la mise en examen de l'ancien Premier Ministre, la dénonciation calomnieuse doit être dirigée contre une personne précise (ce qui n'est pas réellement le cas), l'accusateur doit savoir que les faits concernés sont faux (ce que le Premier Ministre et le Président de la République ne semblaient pas savoir, au moins jusqu'aux mois de septembre ou octobre 2004), la définition de "dénonciation calomnieuse" doit nécessairement résulter d'une décision de justice (acquittement, relaxe ou non-lieu concernant la même affaire), ce qui ne peut en aucun cas se produire ici, les personnes citées sur ces listings n'ayant jamais été mises en examen pour ces faits. Dans ce cas, c'est le tribunal saisi des poursuites contre le dénonciateur qui apprécie la pertinence des accusations portées. Outre le fait que le Premier Ministre pourra toujours se retrancher derrière ses fonctions pour exiger d'être jugé devant les seuls tribunaux compétents, c'est-à-dire la Cour de Justice de la République. La date à laquelle Jean-Louis Gergorin a transmis les fichiers au juge Van Ruymbeke est d'ailleurs cruciale à cet égard. En effet, la dénonciation calomnieuse, si elle est qualifiée ainsi par les juges qui auront la charge de cette affaire, ne saurait commencer avant la communication des pièces à une autorité quelconque. Or, cet envoi aurait eu lieu le 3 mai 2004, alors que Dominique de Villepin venait de devenir Ministre de l'Intérieur.

Plusieurs témoins affirment avoir prévenu Nicolas Sarkozy qu'un document compromettant où figurait son nom circulait depuis plusieurs mois à Paris, bien avant que l'affaire n'éclate publiquement. Le journaliste Stéphane Denis affirme avoir prévenu le ministre de l'Intérieur en septembre 2004, à la demande du Général Rondot. Lorsque Nicolas Sarkozy éclate de colère en novembre 2004, il devait nécessairement être au courant depuis plusieurs mois au moins. Sinon, on se demande ce que fait la Police !

Une chose paraît certaine, par ailleurs, c'est que Michèle Alliot-Marie devait avoir quelques informations en raison de la structure hiérarchique de la DGSE et du Ministère de la Défense. Que dire encore de la nomination de Michèle Alliot-Marie au Ministère de l'Intérieur par Nicolas Sarkozy, alors qu'elle est impliquée, elle aussi, dans cette affaire ?

Mais qui a modifié les listings Clearstream ?

Reste le fond du problème : pourquoi et comment cette affaire a-t-elle éclaté ?

Pour rappel, une chronologie des faits :

  1. Florian Bourges, employé par le cabinet      Arthur Andersen, fait partie d'une mission d'audit auprès de la société Clearstream      à l'été 2001. Cette analyse des comptes de Clearstream est      provoquée par la publication du livre "Révélation$" de      Denis Robert. Il conserve des listings sur lesquels figurent (ou non ?)      les noms d'Andrew Wang (impliqué dans l'affaire des Frégates vendues à      Taiwan), Alain Gomez (PDG de Thomson-CSF) et Philippe Delmas      (vice-président d'Airbus).
  2. Florian Bourges entre en relation avec      Denis Robert, journaliste d'investigation. Il lui communique les listings.      En septembre 2003, Denis Robert lui présente Imad Lahoud, qui      prétend travailler pour la DGSE. Celui-ci recopie les listings sur une clé      USB.
  3. Imad Lahoud transmet les listings à      Jean-Louis Gergorin en octobre 2003.
  4. Jean-Louis Gergorin présente ces      documents au général Rondot en novembre 2003.
  5. Dominique de Villepin charge le général      Rondot de mener une enquête pour vérifier la véracité des listings le 9 janvier      2004.
  6. En avril 2004, le général Rondot      commence à émettre de sérieux doutes sur la crédibilité d'Imad Lahoud. Au      cours de deux vérifications techniques, les listings présentent des      anomalies ou des incohérences. Il avertit Dominique de Villepin et Michèle      Alliot-Marie. Il pense que Lahoud est peut-être lui-même victime d'une      désinformation organisée par Clearstream elle-même.
  7. le 3 mai 2004, le juge Van      Ruymbeke reçoit les listings "anonymement". Il s'agit, en fait,      d'un envoi par Jean-Louis Gergorin à la suite d'une entrevue      "hors-procédure" avec le juge.
  8. Le général Rondot fait prévenir Nicolas      Sarkozy discrètement, par l'intermédiaire du journaliste Philippe Denis      (durant l'été ?).
  9. Philippe Delmas dépose plainte pour      "dénonciation calomnieuse" le 3 septembre 2004. Cette      plainte vise indirectement Jean-Louis Gergorin, soupçonné d'être "le      Corbeau".
  10. Le 14 octobre 2004, au cours d'une      réunion glaciale, Pierre de Bousquet de Florian, chef de la DST, confirme      à Sarkozy, devant Dominique de Villepin, qu'une enquête a été menée pour      vérifier les listings Clearstream. Sarkozy est totalement disculpé. Il      exige de savoir qui a orchestré cette manipulation. L'affaire Clearstream      devient une affaire d'état, bien qu'aucune mise en cause n'ait été      prononcée officiellement.

Quelles sont les différentes hypothèses, dès lors, pour tenter de comprendre le fond de cette affaire ?

Première hypothèse : Gergorin a agi de façon tout à fait autonome dès le départ. Obsédé par la question de l'assassinat présumé de Jean-Luc Lagardère par la mafia russe, il aurait mis la main sur ces listings par l'intermédiaire d'Imad Lahoud et les aurait falsifiés pour y faire apparaître les noms de ses ennemis personnels au sein d'EADS. Pour donner davantage de crédit à la thèse du complot international, il y aurait ajouté les noms des hommes politiques et des personnalités.

Deuxième hypothèse : Imad Lahoud a profité de la personnalité de son frère Marwan, directeur général d'une branche d'EADS, concevant des missiles, pour approcher Jean-Louis Gergorin. Il tentait ainsi de remonter la pente après avoir fait faillite avec le fond d'investissement spéculatif VOLTER FUNDS, créé avec son beau-père François Heilbronner, très proche de Jacques Chirac. Bien qu'ayant échoué à se faire embaucher par la DGSE, il devait fournir des documents "brûlants" prouvant son savoir-faire supposé en informatique. Il prétendait notamment pouvoir pénétrer dans le secret des comptes d'Oussama ben Laden. Ayant échoué dans cette tentative, pour continuer à exister, il a peut-être voulu impressionner la galerie en ajoutant quelques noms "salés" sur ces fameux listings, provenant réellement de Clearstream. Ces fameux listings lui ayant été remis par Florian Bourges contenaient bien des noms, ainsi que les traces de transferts de fonds suspects. Pour qui et pour quoi ? On ne le saura sans doute jamais. Le but de Lahoud était peut-être, tout simplement, de monnayer aussi cher que possible sa rédemption. Il est douteux qu'on connaisse la réponse, là aussi.

Troisième hypothèse : Chirac et Villepin ont profité de "l'aubaine" que constituaient ces listings et ils se sont jetés sur eux avidement, dans l'espoir de "tailler le Bonzaï". Jugeant que les informations étaient réelles, ils n'ont pas hésité à charger la barque, dans le but évident de le détruire. C'est sans doute la thèse que privilégie Sarkozy aujourd'hui. Ce n'est pourtant pas la plus probable. Il aurait fallu que le Président de la République ait bien vieilli, et perdu de son flair, pour ne pas connaître tous les risques d'un acharnement précipité. De fait, cette affaire n'aurait jamais débordé de son cadre initial si Sarkozy n'en avait pas fait une affaire d'état.

Quatrième hypothèse : la plus osée. Clearstream a mis en place un système de désinformation à la suite de la parution du livre de Denis Robert. Les numéros de compte injectés dans ces listes sont faux (ce que confirme l'enquête du général Rondot), les noms ajoutés sont des "miroirs aux alouettes" destinés à masquer les opérations réelles de la banque. Imad Lahoud, continuant à abreuver Jean-Louis Gergorin d'informations qu'il croit vraies, ne s'aperçoit pas qu'il est manipulé. D'ailleurs, les services d'évaluation de la DGSE l'ont jugé "peu fiable". Dans ce scénario, la finance se serait montrée bien plus intelligente que la politique et la défense nationale. Ce ne serait pas si étonnant, finalement.

Plus dure sera la chute...

Aujourd'hui, c'est Dominique de Villepin qui encaisse les coups. Sarkozy jubile et pense l'avoir définitivement éliminé. Et pourtant...

Souvenez-vous d'un autre Ministre de l'Intérieur sulfureux. François Mitterrand, après l'arrivée au pouvoir de De Gaulle en 1958, voit sa carrière compromise. L'affaire de l'Observatoire, en septembre 1959, semble le discréditer définitivement dans l'opinion publique. Ceci ne l'empêcha pas d'être candidat à l'élection présidentielle de 1965 et de redevenir le champion de la Gauche.

Dans un autre registre, le général De Gaulle a, lui aussi, connu une très pénible traversée du désert, entre 1952 et 1958. Abandonné par la plupart de ses amis, il s'est retrouvé seul et personne n'aurait cru, à l'époque, qu'il serait capable de revenir un jour au pouvoir.

Nicolas Sarkozy lui-même n'a pas toujours été aussi populaire qu'aujourd'hui. En novembre 1996, après sa catastrophique campagne électorale auprès d'Edouard Balladur, qui lui valut d'être conspué par les militants du RPR, sa cote de popularité était tombée à 19%(*). Ceci n'est pas très éloigné de la situation actuelle de Dominique de Villepin.

L'ancien Premier Ministre est certainement durement affaibli par cette crise. Il a connu une baisse de popularité importante durant la crise du CPE (**). Toutefois, il demeure dans la moitié supérieure des personnalités "bénéficiant d'une opinion positive" du baromètre IFOP-Paris Match (en 24ème position, juste devant Jean-Pierre Raffarin, à un point derrière Ségolène Royal) (***).

Qui dira, à l'issue de cette crise, quelle sera sa popularité dans trois, quatre ou cinq ans ?

Sarkozy a peut-être tort de s'acharner sur ce prestigieux ministre des Affaires Etrangères, si brillant et unique en son genre. Face à une classe politique uniformisée et aux ordres, l'ex-Premier Ministre renaîtra peut-être un jour, grâce à son charme et à sa dimension internationale. A moins qu'il ne soit définitivement éliminé du jeu politique ?

Le caractère de l'homme, bien trempé, ne semble pas plaider pour ce scénario pessimiste.

(*) 19%. Si l'on calcule la cote moyenne de Nicolas Sarkozy entre 1993 et 2007, elle n'est que de 36%. Alors que Jacques Chirac, malgré toutes les vicissitudes de sa carrière, a toujours conservé une moyenne supérieure (43% durant ses deux législatures, avec un minimum à 16%) (TNS SOFRES).

(**) 19% (TNS SOFRES).

(***) Le baromètre IFOP-Paris Match est réalisé sur la base d'une liste de cinquante noms de personnalités. Dominique de Villepin bénéficie toujours d'une cote de 48% au mois de juillet, en 24ème position,. Plus surprenant : Jacques Chirac est en onzième position, à 63% d'opinion favorable. Mais Villepin est loin devant la plus grande partie de la génération montante de l'UMP. Seuls François Fillon, Rachida Dati, Michèle Alliot-Marie, Roselyne Bachelot et Jean-François Copé sont devant lui, à part Sarkozy lui-même bien sûr.

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22 juillet 2007

Sarkozy, ou le mensonge permanent

Depuis bientôt trois mois, nous sommes entrés dans l'ère du Sarkozysme absolu. Tous les médias, tous les pouvoirs, tout converge vers notre nouveau président, et aucun obstacle ne peut se mettre en travers de sa route. On assiste parallèlement à une belle opération de désinformation continue. "Sarkozy aussi populaire que Charles de Gaulle", "Les Français plébiscitent l'ouverture", "Sarkozy sauve l'Europe", "Sarkozy soutient la candidature de DSK à la tête du FMI", "Sarkozy aide à la libération des infirmières bulgares en Libye"...

Dans le flux continu de ces informations débitées à longueur de journée par des médias complaisants, quelques faits sont réels, d'autres sont tout simplement d'éhontés mensonges.

La popularité comparée de Sarkozy, tout d'abord.

On tente de nous faire croire que notre nouveau Président est le plus populaire depuis Charles de Gaulle, vénérable père de notre République. Tout la presse, sans exception, s'est faite l'écho d'une étude de l'IFOP, réalisée pour le "Journal du Dimanche" le 26 mai dernier, donnant Sarkozy comme étant à deux points seulement derrière le Général, "
le seul à avoir eu une cote de popularité meilleure lors de son arrivée à l'Elysée, avec 67% en 1958." Surprise et consternation. D'où proviennent ces chiffres ? Non pas ceux du sondage, dont nous ne pouvons remettre en cause la réalité. Mais ceux du Général de Gaulle ?

Après de nombreuses recherches effectuées sur le web, IMPOSSIBLE de retrouver les chiffres précis de cette étude de popularité concernant le général de Gaulle en 1965. Seuls chiffres certains, les cotes de popularité du général avant le scrutin présidentiel. Petit retour historique. Le Général avait instauré le principe d'une élection présidentielle au suffrage universel et 1965 devait être l'année de son sacre. Les sondages le donnaient à 66 % d'intentions de vote au premier tour, laissant même espérer une élection au premier tour. A la surprise générale, François Mitterrand était venu perturber le jeu "monopolistique" du parti gaulliste. Le candidat socialiste (rappelons qu'il était alors bien isolé sur la scène politique, faisant figure de "has been" dont la réputation était entâchée par l'affaire de l'Observatoire) avait obtenu 31,7% des suffrages, contre 44,6% au Général. Un certain Lecanuet, candidat du centre, obtenait également un joli 15,6%. De Gaulle avait été élu, bien sûr, mais loin de remporter le plébiscite attendu. Trois ans plus tard, un certain mois de mai provoquait la première grande crise de société de l'après-guerre et sa fuite à Baden-Baden.

Deuxième certitude, le seul institut de sondages fournissant un baromètre continu sur la popularité des chefs de l'état est la TNS-Sofres, depuis octobre 1978. Pas de chiffres, donc, concernant De Gaulle et Giscard à l'issue de leur élection, mais bien pour Mitterrand et Chirac. Constat : Mitterrand obtenait une cote de popularité de 74% en 1981, 63% en 1988, Chirac 64% en 1988, et seulement 50% en 1995. Conclusion : avec 63% (chiffres TNS-SOFRES), Nicolas Sarkozy est 11% derrière le meilleur score de Mitterrand et fait jeu égal avec Chirac en 1988. Pas de quoi crier au succès "phénoménal".
Même chose pour Fillon. Le même sondage annonçait que François Fillon obtenait  62%, soit  le meilleur score depuis Alain Juppé en 1995. Là encore, il s'agit d'une désinformation flagrante. En se reportant aux sondages continus de TNS-Sofres, on constate que les champions des sondages, depuis  1981, sont :

  1. Pierre Mauroy et Edouard Balladur : 73%
  2. Lionel Jospin : 71%
  3. Michel Rocard : 66%
  4. Alain Juppé : 65%
  5. Jean-Pierre Raffarin : 64%

Avec 63% de cote de confiance, François Fillon est donc loin de battre des records de popularité.

D'où viennent donc ces chiffres fournis par l'IFOP  et  pourquoi les médias n'ont-ils pas souligné ces incohérences que de simples internautes un peu curieux pouvaient constater  en quelques clics ?
Faut-il y voir, comme certains le suggèrent, la main discrète de Laurence Parisot, Présidente du Medef et toujours Présidente du Conseil d'Administration de cet institut de sondage "marqué à droite" ? Ou bien, est-ce seulement la paresse intellectuelle d'une classe médiatique entièrement dévolue au nouveau pouvoir politique ?

Comment ne pas remarquer, la semaine dernière, la remise de distinctions honorifiques à Christine Ockrent (officier de la Légion d'Honneur), ainsi qu'à la journaliste de FR3, Elise Lucet, à Nonce Paolini, nouveau PDG de TF1, à Philippe Baudillon, journaliste de TF1, à Francis Morel, directeur général du Figaro et président du Syndicat de la Presse Quotidienne Nationale et à Nicolas Baverez, économiste nettement marqué à droite et pourfendeur du "déclin français", tous nommés "chevaliers" du même ordre.

Pendant ce temps, les textes de loi sont votés par des assemblées à peu près vides. Lorsque François Bayrou voulait assainir la vie politique en exigeant que les élus fassent acte de présence à l'hémicycle pour mériter leur rémunération, Nicolas Sarkozy préfère modifier la Constitution pour avoir l'insigne plaisir de venir défendre lui-même sa politique devant les députés.

La machine médiatique ne s'arrêtera pas à ces broutilles. L'IFOP continue de diffuser des sondages tronqués ou absurdes (70% des Français approuvent la loi sur le service minimum, alors que personne n'en connaît encore le contenu !). Le jeune conseiller de Nicolas Sarkozy, Laurent Solly, 37 ans, va devenir le bras droit de Paolini à TF1. Les journaux de Bolloré (Matin Plus et Direct Soir, tressent des couronnes de laurier à peine déguisées en articles de presse, au gouvernement et au nouveau président à longueur de pages. La presse libérale applaudit des deux mains, bien sûr.

Non, ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui a négocié le mini-traité européen, même s'il a joué un rôle positif dans ces négociations. Il est encore très loin d'avoir "sauvé l'Europe" et sème le doute parmi nos alliés à cause de sa politique économique.

Non, Nicolas Sarkozy ne convainc pas avec sa politique d'ouverture. Preuve en est le piètre résultat obtenu par les députés de la majorité sortante aux législatives (50 sièges perdus sur 363), ainsi que les inquiétudes concernant le remboursement des frais de santé ou d'autres sujets sociaux encore en suspens.

Non, Nicolas Sarkozy n'est pas à l'initiative de l'appel à DSK pour la présidence du FMI, qui est le fait de Jean-Claude Juncker, Premier Ministre luxembourgeois.

Non, Nicolas Sarkozy n'est pas le négociateur, ni sa femme Cecilia, qui va permettre aux infirmières bulgares d'être libérées (peut-être). Ce long travail a été mené par Amnesty International, Avocats sans Frontière, Benita Ferrero-Valdner, commissaire européen aux relations extérieures, M. Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires étrangères, 114 lauréats du Prix Nobel et bien d'autres encore, avant que, soudain, le 26 avril dernier, le candidat Sarkozy se souvienne de ce dossier et ne tente de se l'approprier.

Pendant ce temps, le Parti Socialiste se déchire et le leader le mieux placé pour mener la prochaine bataille (Dominique Stauss-Kahn, selon les sondages), cèderait aux sirènes internationales plutôt que de mener le combat de reconstruction de la gauche. Le désespoir règne à gauche. Le peuple se tait et la comédie continue, jusqu'aux prochains réveils difficiles de ce pays si versatile.

Posté par anima persa à 18:38 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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