anima persa

Les "âmes perdues" de notre époque errent dans nos villes, nos campagnes, à la recherche d'un but, d'une lueur, d'un espoir. Perdus dans la grisaille, ils aimeraient trouver une main secourable. C'est ce que je propose de faire.

24 mars 2008

Voilà, le MoDem, c'est fini…

C'est du moins ce que se plaisent à dire tous les médias, dans un bel élan unanime. Et pourtant, est-ce que Bayrou ne serait pas le seul véritable gagnant de ces élections municipales ? Ceci mérite quelques minutes de réflexion.

 

Relisons les résultats réels.

Tout d'abord, les commentateurs s'acharnent à comparer des chiffres qui n'ont strictement aucun rapport entre eux. Ils regardent les résultats des présidentielles, des législatives et des municipales et tentent d'en tirer des conclusions définitives. Pourtant, ni le mode de scrutin, ni le découpage électoral, ni même la philosophie de ces trois scrutins ne sont comparables. Les premières désignent un homme (ou une femme) qui doit représenter la nation toute entière. Les deuxièmes élisent les membres d'un parti afin de constituer une majorité à l'assemblée nationale. Les dernières se contentent de choisir parmi les notables locaux ceux qui semblent le plus capable de gérer une communauté, d'une dizaine d'habitants à plus de dix millions de personnes.

 

Surtout, les listes constituées pour ces différents scrutins ne sont pas identiques. Si Bayrou était présent, de fait, dans tous les départements et toutes les circonscriptions de France, le MoDem n'était présent que dans 525 circonscriptions sur 577 pour les législatives, et 280 communes sur 36.000 pour les municipales !

Au lieu de s'acharner à comparer des carpes et des lapins, mieux vaut revenir aux fondamentaux et comparer municipales contre municipales.

 

Petit rappel chiffré.

En 2001, l'UDF avait réuni un million de suffrages dans 272 villes de plus de 9.000 habitants, soit un peu moins de 11% des voix. Quel est le résultat aujourd'hui ?

 

Le MoDem a présenté des candidats sur des listes autonomes dans 278 villes. Il a réuni près de 600.000 voix au premier tour, ce qui représentait environ 5% des suffrages exprimés dans les villes de plus de 9.000 habitants. C'est donc un recul incontestable par rapport à 2001. Le parti centriste a réussi à conserver 18 mairies* sur 22, le plus souvent grâce à l'absence de candidats de la majorité (14 villes sur 18) et la constitution de listes d'union autour des équipes sortantes. Ce résultat n'est certainement pas déshonorant en regard des pertes sévères subies par l'UMP partout en France.

 

Il a surtout permis à la gauche de gagner six villes**, dont le 1er secteur de Marseille, ainsi que deux villes à droite. Si Delanoë n'avait pas si brutalement fermé la porte à toute alliance, il est tout à fait certain que le Vème arrondissement de Paris serait venu s'ajouter à cette liste. A Poissy et à Chennevières-sur-Marne, le MoDem a permis à la gauche de remporter l'élection au deuxième tour après avoir été devancé d'à peine une trentaine de voix par le candidat de gauche au premier tour. Dans ces deux villes, tout comme dans les quatorze autres où le MoDem participera à la majorité de gauche, il faudra observer attentivement comment les relations de travail s'installeront entre ces partenaires nouveaux.

 

Le troisième parti en France

Malgré ces résultats en demi-teinte, le MoDem est redevenu la troisième force politique en France, devant le Parti Communiste et les Verts. Sans parler du Nouveau Centre, brillant par son absence. En-dehors des quelques villes*** où les maires sortants de l'ancien UDF ont réussi à se maintenir sans opposition, aucune liste de ce parti croupion n'est parvenue à s'imposer au second tour.

 

Laminés depuis plus de dix ans par le RPR, puis l'UMP, vidés de leur contenu après le départ des élus les plus "droitiers" du mouvement, notamment les anciens de Démocratie Libérale (Madelin, de Robien…) et du Parti Républicain (Jean-Louis Borloo), les centristes ont du reconstruire une nouvelle base, plus cohérente avec les pratiques centristes historiques, rompant l'union traditionnelle avec la droite gaulliste. Il renoue ainsi avec les traditions humanistes et chrétiennes du MRP, le Mouvement Républicain Populaire, créé après guerre par les mouvements de résistance sociaux-chrétiens, autour de Georges Bidault et Maurice Schumann. Ni communistes, ni gaullistes, les centristes définissaient leur ligne en fonction de convictions plus larges, généreuses par tradition mais réalistes dans l'action et la gestion des affaires. Ils ont été au centre de l'échiquier politique français durant tout l'après-guerre, jusqu'au retour tonitruant des gaullistes en 1958. La Vème république ne favorisant pas la survie des petits partis, leur poids recula peu à peu, jusqu'à l'année dernière et une certaine élection présidentielle où François Bayrou obtint 18,6 % des suffrages.

 

Durant ces cinquante dernières années, un ensemble de petits partis se sont agglomérés au sein de l'UDF, en dépit de toute conviction politique, dans le seul but de survivre et d'exister. C'est ainsi que ce parti parvint à traverser ces décennies en mélangeant ultra-libéraux et sociaux-démocrates au sein de la même formation. Gonflés par les succès électoraux de Jean Lecanuet, puis de Giscard d'Estaing, les élus du centre droit mettaient de côté leur idéologie pour tenter d'obtenir un portefeuille ou maintenir leur position personnelle. A présent, avalés par le tout-puissant parti unique du Président de la République, il ne leur reste plus rien, pas même l'honneur. Le Nouveau Centre est, paraît-il, l'allié centriste du pouvoir, mais pour survivre, il accepte le financement obscur d'un parti polynésien et l'humiliation constante d'une faiblesse politique avérée. Le siège de François Sauvadet, président du Conseil Général de la Côte d'Or, ne tient qu'à une seule voix due à un conseiller général MoDem. Pendant ce temps, le MoDem a globalement maintenu le nombre de ses conseillers régionaux****.

 

Un nouveau "front du mécontentement"

A l'analyse du report des voix entre les deux tours, on constate qu'environ un tiers des électeurs MoDem du premier tour a reporté ses voix sur un candidat de droite en moyenne. L'apport des voix du centre a donc principalement bénéficié à la gauche.

Plus largement, on pourrait dire que la stratégie générale a consisté à "sortir les sortants". Les alliances de second tour ont souvent consisté à affaiblir le camp du maire en place, en dépit de toute considération idéologique. Une seule grande exception à cette règle : Aubagne. Le chef de liste MoDem y a soutenu le maire communiste sortant, Daniel Fontaine, pour faire barrage à la droite.

 

Il existe un risque majeur pour la majorité présidentielle, en-dehors de toute crise interne, c'est l'émergence d'un centre indépendant et libre jouant les arbitres à chaque échéance électorale. Tout comme le Front National durant les vingt dernières années, le MoDem peut devenir le refuge de tous les mécontentements et son leader représenter le principal opposant au pouvoir en place. Mais à l'inverse de ce parti extrême, les centristes sont une alternative politique crédible et républicaine, capable de lier des alliances à droite comme à gauche. Par le seul fait de son maintien au second tour des élections législatives ou municipales, il pourra faire tomber ou élire tel ou tel candidat. Si le nombre d'adhésion ne faiblit pas et si le travail de terrain réalisé à l'occasion de ces municipales se poursuit, il constituera une source importante de nuisance pour les deux camps.

 

Si Ségolène Royal a sans doute eu tort d'appeler à une union massive avec le MoDem, Bertrand Delanoë a peut-être mis en danger son avenir de présidentiable en rejetant aussi lamentablement une alliance avec les centristes. De plus, cette main tendue lui aurait permis de disposer d'un réel contrepouvoir vis à vis des Verts, sans risque de se retrouver pieds et poings liés comme ce fut le cas tout au long de la dernière mandature. Il est certain que François Bayrou et Marielle de Sarnez s'en souviendront lors des prochaines échéances.

 

L'avenir du MoDem

Tous les commentaires politiques se sont concentrés sur la défaite de François Bayrou à Pau. Une vision quelque peu étroite et qui ne signe certainement pas la mort politique du leader centriste. Au contraire, une défaite aussi étroite renforce l'idée, chez les militants MoDem, que cette élection a été "truquée" ou manipulée par le pouvoir UMP, venu jeter le trouble dans les esprits grâce à la candidature d'Urieta, un PS soutenu bruyamment par Nicolas Sarkozy. Si Bayrou avait été écrasé par un score terrible, comme ce fut le cas pour Jean-Marie Cavada à Paris, la donne aurait été différente. Mais avec seulement 342 voix d'écart, Bayrou fait mieux que résister. Pour rappel, lorsque François Bayrou s'était présenté contre Labarrère en 1989, il avait été battu avec un écart de près de 2.000 voix. Plus aucun candidat n'est parvenu à menacer le maire de Pau d'aussi près depuis lors.

 

Finalement, le parti centriste disposera d'un nombre d'élus locaux satisfaisant, grâce à la menace qu'il aura fait peser entre les deux tours et au refus d'une alliance politique nationale avec l'UMP. Au total, il compte désormais un peu plus de 1.000 conseillers municipaux élus, ainsi que 55 conseillers généraux. Une fois encore, ceux-ci pèseront sur les prochaines élections sénatoriales, en septembre 2008. Il est indubitable que cette élection marquera également un nouveau recul du MoDem, ne bénéficiant pas d'un grand nombre d'élus de terrain. De nouveaux départs ne font aucun doute, notamment une vingtaine de sénateurs qui rejoindront le Nouveau Centre ou l'UMP à l'occasion des élections sénatoriales, à moins que certains ne ressuscitent l'UDF originelle pour tenter de sauver leur siège. Jean Arthuis, refusant de s'inscrire dans un courant centriste s'alliant avec la gauche, est sur cette ligne prônant un retour du MoDem vers la droite.

 

Toutefois, un autre danger provient peut-être d'un rapprochement, souhaité par Sarkozy, entre le Parti Radical de Jean-Louis Borloo et le PRG de Jean-Michel Baylet. Ensemble, ils constitueraient un nouveau contrepoids au MoDem, les militants en moins. François Bayrou doit à présent définir une réelle ligne politique sur laquelle les militants pourront se fonder pour ces combats futurs.

 

L'élection présidentielle de 2002 a marqué le début de cette démarche originale de Bayrou. Abandonné par la quasi-totalité de ses anciens partenaires de l'UDF, le Béarnais remonte peu à peu la pente et attire de nouveaux adhérents. Les élections législatives, puis municipales, lui ont permis de tisser un nouveau maillage de militants et de structurer des fédérations partout en France. Ces nouveaux adhérents ont à présent goûté aux joies et aux difficultés de la politique de terrain. Certains s'en détourneront rapidement, d'autres s'accrocheront pour les combats suivants. On a vu, dans une ville comme Poissy, une équipe sortie de nulle part parvenir à plus de 25% des suffrages en un an à peine et à renverser un maire en place depuis 25 ans en s'alliant avec la gauche.

 

Le principal espoir de Bayrou réside dans l'implosion du Parti Socialiste. Il paraît peu probable que la gauche parvienne à se ressouder, même après un tel succès électoral. Le congrès, prévu en novembre, devra dessiner une ligne politique de rassemblement, ce qui n'est certainement pas acquis. Les ambitions personnelles et les luttes idéologiques sont telles que la motion de synthèse semble s'éloigner un peu plus chaque jour. Certains élus socialistes rêvent dune coalition arc-en-ciel, allant de Besancenot à Bayrou. Mais personne ne sait encore comment faire cohabiter Royalistes et Fabiusiens au sein d'une même direction. Les élections européennes, notamment, seront la source de nouveaux affrontements.

 

Bayrou peut attendre tranquillement les élections européennes, les seules lui permettant de rebondir avant la prochaine présidentielle. Au dernier scrutin européen, l'UDF avait obtenu 11,9 % des voix. Au vu des résultats obtenus lors des dernières législatives et municipales, il n'y a aucune raison pour croire que ce chiffre pourrait être beaucoup plus faible lors de ce prochain scrutin, la position pro-européenne de Bayrou ne faisant aucun doute et la présence de nombreux Verts au sein de ses équipes pouvant lui apporter quelques points supplémentaires. Tant à gauche qu'à droite, les camps sont divisés sur la question européenne. Les petits partis (MoDem, MPF, Front National, Verts…) tirent généralement mieux leur épingle du jeu lors de ces élections. La tension marquée avec l'extrême gauche sera certainement très nuisible aux socialistes. Tout ce scénario dépendra, bien entendu, du résultat du congrès du Parti Socialiste, ainsi que du bilan de Sarkozy à la tête de la présidence européenne, de juillet à décembre.

 

L'élection européenne sera donc cruciale pour François Bayrou, marquant le début probable de sa nouvelle longue marche vers l'Elysée. Entouré d'un nouvel encadrement, débarrassé des scories du passé, Bayrou sera peut-être le seul vainqueur de ces élections municipales. Vainqueur par défaut et contre toute attente, face à une droite désenchantée et une gauche ivre d'espoirs.

 

 

* Villes UDF conservées : Le Chambon-Feugerolles, Saint-André-lez-Lille, Montigny-le-Bretonneux, Epinay-sur-Seine, Faches-Thumesnil, Le Portel, Le Plessis-Trévise, Hérouville Saint-Clair, Arras, Redon, Massy, Fleury-les-Aubrais, Talence, Sanary-sur-Mer, Saint-Genis-Laval, Saint-Brieuc, Biarritz, Castanet-Tolosan, Andrézieux-Bouthéon. Villes UDF perdues : Anglet, Noisy-le-Sec, Orthez, Villers-Cotterêts.

** villes gagnées avec la gauche : Asnières-sur-Seine, Béthune (divers gauche contre le socialiste Jacques Mellick), Brive-la-Gaillarde, Chennevières-sur-Marne, Marseille 1er secteur, Maurepas, Poissy. Ville gagnée avec la droite : Mont-de-Marsan.

*** villes Nouveau Centre : Bernay, Douai, Drancy, Hem, Issy-les-Moulineaux, Meudon, Rosny-sous-Bois, Vanves. Ville perdue : Blois.  

**** 55 conseillers généraux (-4). 42 sont passés au Nouveau Centre.

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02 mars 2008

LE MODEM SURVIVRA-T'IL AUX MUNICIPALES ?

Pris dans la tourmente des défections de ses principaux lieutenants, le parti de François Bayrou, créé sur mesure à l'occasion des dernières élections, joue sa dernière carte lors des élections municipales à venir. Mais a-t-il encore un avenir politique, pris en tenaille entre l'ouverture sarkoziste et la recomposition de la gauche ? Seule une analyse approfondie des mille premières villes de France permet d'envisager une réponse à cette question.

Un scrutin défavorable

C'est sans doute le scrutin le moins favorable pour l'émergence d'un parti nouveau, tant les situations sur le terrain dépendent de barons locaux, de luttes anciennes, d'accords électoraux contre nature et surtout, d'une organisation nationale et fédérale parfaitement huilée. L'ancienne UDF bénéficiait de nombreux atouts dans ce domaine, ainsi que d'accords sur le plan national aussi bien que local avec son frère ennemi, le RPR.

A présent que l'UMP a avalé tous ses rivaux à droite, le MoDem se retrouve bien seul sur le terrain et ne doit sa survie qu'à ses militants et à ses deux leaders nationaux : François Bayrou et Marielle de Sarnez.

 

Rappelons quelques chiffres pour resituer les enjeux.

Lors des élections municipales de 2001, les résultats du premier tour dans les mille premières villes de France (équivalant à plus de la moitié de la population totale) donnaient le palmarès suivant :

- RPR :  17,3 %

- UDF :  10,6 %

- RPF (de Villiers) :  1,6 %

- DL :  4,0 %

- Divers droite :  12,9 %

- FN :  2,8 %

- MNR (Mégret) :  2,2 %

- TOTAL DROITE 51,4 % (46,4 % sans l'extrême droite)

 

- PS :  27,9 %

- PC :  6,9 %

- PRG :  1,0 %

- MDC (Chevènement) :  0,7 %

- Verts :  3,1 %

- Divers gauche :  4,3 %

- Extrême gauche :  2,8 %

- TOTAL GAUCHE 46,7 % (43,9 % sans l'extrême gauche)

 

On sait que sous les étiquettes "divers" se placent fréquemment les dissidents de tout poil issus des partis traditionnels majoritaires (voir Neuilly !). Mais ceci donne un instantané intéressant du paysage politique national, à comparer avec les élections législatives les plus proches, soit celles de 1997 et 2002. Entre ces deux élections, un événement majeur est venu modifier profondément la donne politique : la création de l'UMP !

 

Ainsi, en 1997, l'UDF obtenait encore 15% des voix, alors qu'elle ne recueillait plus que 5% en 2002 ! La tornade blanche est passée par là et a réduit le parti du centre à sa plus simple expression. Mais sur le terrain, 272 candidats UDF se sont présentés aux élections municipales précédentes, souvent en tant que représentants uniques de la droite locale. 67 d'entre eux ont d'ailleurs été élus au premier tour et 48 au second. Voilà bien la seule raison authentique du départ des anciens lieutenants de Bayrou. Elus le plus souvent au niveau local, ils ne devaient leur siège qu'à la présentation d'une liste d'union avec la droite gaulliste. Seuls quelques indépendants farouches ont osé braver l'omnipotence du RPR. Dans 72 villes de plus de 10.000 habitants, des "triangulaires" ont opposé des candidats de la gauche plurielle, du centre et de la droite gaulliste.

 

340 investitures centristes en France

En investissant plus de 340 listes autonomes dans la majeure partie des départements français, le MoDem augmente sensiblement le nombre de prétendants dans les villes de plus de 10.000 habitants. D'autre part, une centaine de chefs de file participeront à des listes d'union, soit à droite, soit à gauche. Dans la plupart des cas, il s'agit de la reconduite de listes de maires sortants, dans lesquelles des conseillers municipaux UDF étaient élus.

 

On peut noter qu'un tiers des maires élus sous l'étiquette UDF se représenteront sous la couleur orange (28 maires sur 95), alors qu'à peine six d'entre eux se présenteront sous la bannière Nouveau Centre, ce qui prouve encore le peu de poids électoral du concurrent centriste. La plupart des autres maires élus en 2001 en tant qu'UDF ont rejoint l'UMP ou se présenteront comme "divers droite".

 

Le plus intéressant est de noter dans quelles villes les nouveaux candidats MoDem se présentent massivement, sans grande chance de succès.

 

Paris en premier lieu. Vingt candidats, contre seulement quatre en 2001, dont Didier Bariani, qui avait été battu dans une triangulaire contre un RPF et Michel Charzat. L'implantation de l'UDF était faible en 2001. Le score cumulé de Lepage et Bayrou dépassait à peine les 10% lors du premier tour des Présidentielles en 2002. En 2007, Bayrou a réuni près de 21% des suffrages parisiens aux Présidentielles en 2007. Si cette tendance se confirmait, dans une fourchette entre 15 et 20% aux municipales, le MoDem pourrait certainement devenir le premier allié de Delanoë.

Plus intéressant encore est le nombre de candidats du MoDem dans les banlieues "rouges" de la capitale. Plus de 130 centristes se présenteront en Ile-de-France, dont plus de la moitié face à des maires sortants de gauche, notamment communistes en Seine-Saint-Denis. Rappelons ici également les très bons scores de Bayrou au premier tour de la Présidentielle (19% dans le 77, 22% dans le 78, 20% dans le 91, 21% dans le 92, 17% dans le 93, 20% dans le 94, 19% dans le 95). Dans de nombreuses villes de droite comme de gauche, il faudra compter sur des triangulaires difficiles au deuxième tour, sauf accords locaux de désistement. Une ville comme Poissy, par exemple, qui compte plus de 35.000 habitants, avait vu un jeune candidat MoDem bien résister face à Jacques Masdeu-Arus, maire depuis 1983, malgré la vague bleue des élections législatives de juin dernier. Il avait alors conservé près de 14% de voix au premier tour, contre 21% pour Bayrou dans la même ville aux Présidentielles.

Des villes seront particulièrement intéressantes à observer, où la droite traditionnelle a toujours bénéficié de l'appui des centristes et devra compter, désormais avec une liste concurrente.

 

Marseille est également significative. Alors que l'UDF n'y présentait aucun candidat en 2001, la liste menée par l'ex-vert, Jean-Luc Benhamias, risque de récolter les fruits de l'usure du pouvoir et de la discorde traditionnelle entre Gauche et Droite phocéennes. Malgré tout, les résultats de la Présidentielle, moins favorables au MoDem, ne laissent entrevoir qu'un résultat ne dépassant pas 15% sur l'ensemble de la ville, sauf miracle. Quelle sera l'attitude des électeurs des quartiers populaires face à une liste "multiculturelle" ? Aux dernières législatives, le résultat s'était situé dans une fourchette de 3 à 8% des suffrages. Les sondages du début février créditaient 5% d'intentions de vote à Benhamias. Trop peu pour peser sur un deuxième tour.

 

A Lyon, la situation est beaucoup plus complexe, après le ralliement du candidat investi par Bayrou à la liste de Dominique Perben. La nouvelle liste, menée tambour battant par le jeune Eric Lafond, aura beaucoup de difficultés à surnager dans ce panier de crabe. La défaite de Perben ne faisant aujourd'hui plus aucun doute, le MoDem se rapproche ostensiblement de Gérard Collomb. Les derniers sondages parus accordaient une large avance au socialiste, soutenu même par Anne-Marie Comparini, candidate malheureuse du MoDem aux législatives de 2007. Pourtant, dans une ville historiquement centriste, Bayrou avait obtenu 20% des votes aux Présidentielles. Le MoDem, selon toute logique, ne devrait pas faire moins de 10 à 15% des voix en se présentant dans l'ensemble des arrondissements. Il deviendrait ainsi un allié utile pour la gestion de la ville.

 

Des triangulaires en vue dans de nombreuses villes

D'autres villes seront particulièrement intéressantes à observer, comme Toulouse, ville traditionnellement UDF. Ici aussi, le rapport de force droite-gauche dépendra fondamentalement de l'apport des voix du MoDem. Le maire sortant, Jean-Luc Moudenc, UDF rallié à l'UMP, ne peut gagner la mairie sans l'appoint du centre. Les derniers sondages parus, donnent 41% d'intentions de vote pour sa liste, contre 37% pour les socialistes. Il existe cependant un réservoir de voix à gauche de 12%, répartis entre les alternatifs et l'extrême-gauche, ce qui inverse le rapport de force. Restent 8% d'intentions de vote pour le MoDem. Comment réagiront-ils et pour qui balanceront-ils au second tour ? La ville tombera certainement à gauche, avec ou sans eux.

 

A Nice, la création d'une liste "Arc-en-ciel" réunissant des candidats PRG et le MEI (Mouvement Ecologiste Indépendant d'Antoine Waechter) jouera certainement un rôle important dans la constitution d'une majorité au second tour. En effet, la droite est déchirée entre Christian Estrosi, représentant officiel de l'UMP, et Jacques Peyrat, maire sortant, ex-FN. La gauche l'est tout autant, entre deux candidats socialistes. De même que le Centre, puisque Rudy Salles, ancien soutien de Bayrou, viendra défendre les couleurs du Nouveau Centre ! Situation extrême où tous les camps se retrouvent divisés. Apparemment, Peyrat était donné battu par les premiers sondages, mais ceux-ci étaient parus avant la chute de Sarkozy dans l'opinion et les différentes controverses concernant le "droit du sol" et l'immigration. L'électorat niçois, traditionnellement de droite conservatrice n'élira certainement pas un MoDem à la mairie, mais toutes les voix compteront pour le second tour.

 

Reste la question de Pau et de la candidature de François Bayrou à la mairie de cette ville. Ici, ce sont les socialistes qui mènent la danse. Héritiers de la ville de Labarrère, ils se déchirent de manière très peu orthodoxe. L'un, Yves Urieta, le maire sortant, est allé chercher le soutien de Nicolas Sarkozy, l'autre, Martine Lignières-Cassou, joue la ligne dure de la gauche. Tout le monde a cherché à débaucher les membres des autres listes, provoquant même un déplacement exceptionnel du chef de l'état pour soutenir son candidat "d'ouverture". Selon un sondage paru le 15 février, Bayrou serait battu au deuxième tour en cas de triangulaire, d'une courte tête. Certains supposent même que son soutien à Juppé à Bordeaux ne servirait que de monnaie d'échange pour garantir un succès au second tour, grâce au retrait de la liste PS-UMP. Tout cela est très complexe et, vraisemblablement, peu probable. Quoi qu'il en soit, la victoire ne tiendrait qu'à un fil dans tous les cas de figure.

 

Victoire ou défaite ?

Bien d'autres villes feront l'objet de luttes acharnées, et seront l'enjeu de partages des voix de second tour. En ces temps de pseudo ouverture, de recomposition de la gauche, de revanches électorales, d'effondrement de la cote de confiance du Président, de trahisons neuilléennes, de revirements de bord divers et variés, le seul indicateur objectif pouvant signifier que le MoDem a réussi ou échoué est le nombre de voix reçues dans les mille premières villes de France. En 2001, l'UDF avait obtenu un million de voix dans ces villes de plus de 10.000 habitants, soit 10,6% des suffrages exprimés.

 

Ce résultat, rapporté au nombre de candidats présentés par le MoDem, nécessiterait que chaque liste réalise en moyenne 21% des suffrages exprimés pour atteindre un chiffre comparable. Un objectif qui paraît bien inatteignable, lorsqu'on le compare aux résultats des législatives (7,5% en moyenne par candidat). Un pronostic raisonnable situerait donc le nombre de suffrages entre 7 et 15 % en moyenne, soit entre 300 et 600.000 voix à l'échelle nationale. Nous sommes bien loin des résultats de la Présidentielle, et c'est la loi de ce type de scrutin.

 

Reste la capacité à gagner quelques municipalités, ici ou là. Les maires sortants restés fidèles pourront-ils conserver leur poste ? Rien n'est moins sûr pour Hervé Chevreau à Epinay-sur-Seine, Bruno Joncour à Saint-Brieuc, Vincent Delahaye à Massy, Nicole Rivoire à Noisy-le-Sec, Alain Cazabonne à Talence, Geneviève Darrieusecq à Mont-de-Marsan… qui ont tous cherché ou obtenu le soutien de l'UMP pour conserver des chances d'être élus. La situation est plus facile (peut-être ?) pour Jean-Marie Vanlerenberghe à Arras ou Didier Borotra à Biarritz… qui peuvent s'appuyer sur une image consensuelle et un bilan positif.

 

Les législatives avaient vu plus de 500 candidats MoDem affronter courageusement ce scrutin sans réel espoir de réussite. Parmi eux, un quart seulement avaient dépassé le seuil des 10%. Combien de ces valeureux soldats osent se représenter aux municipales pour une bataille perdue d'avance ? Quelques-uns ont choisi de tenter l'aventure des cantonales. Plusieurs, dont le plus célèbre est Jean-Marie Cavada, ont changé de camp. Enfin, une douzaine se présentent, comme Gilles Artigues à Saint-Etienne, avec l'espoir de rééditer ou de dépasser un score supérieur à 15%, ce qui leur permettrait de se maintenir au second tour.

 

Quel que soit le résultat final du MoDem en nombre de maires élus ou non, l'important pour Bayrou est d'obtenir autant de conseillers municipaux que possible afin de peser sur les prochaines sénatoriales, entre autres, et de prouver ainsi qu'il peut résister encore. Il faut tenir jusqu'aux prochaines élections, bien plus favorables : les Européennes en juin 2009.

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