anima persa

Les "âmes perdues" de notre époque errent dans nos villes, nos campagnes, à la recherche d'un but, d'une lueur, d'un espoir. Perdus dans la grisaille, ils aimeraient trouver une main secourable. C'est ce que je propose de faire.

16 juin 2007

TVA SOCIALE, FRANCHISE MEDICALE, VERS UNE PRIVATISATION DE LA SECURITE SOCIALE ?

Pour justifier ses projets de "TVA anti-délocalisation", le gouvernement certifie que la baisse des charges sociales entraînera une baisse automatique des prix. Avant cela, le candidat Sarkozy a promis de mettre en place une franchise médicale afin de financer le déficit de la sécurité sociale. Quelles sont les logiques budgétaires et la philosophie économique de ces plans ?

 

D'entrée, soyons clairs : notre système social ne peut plus être financé par le travail exclusivement. Vieillissement de la population, augmentation du coût des soins, diminution du nombre d'actifs… Tous ces éléments rendent la gestion de notre système de santé de plus en plus problématique. Les déficits s'accumulent, malgré les plans de financement successifs. Rappelons que le dernier en date, présenté par Xavier Bertrand en novembre 2005, était supposé ramener le déficit sous la barre des 10 milliards d'euros.

 

La franchise médicale

Lors de la "Convention Santé" de l'UMP, en juin dernier, Sarkozy se demandait : "Y a-t-il une seule assurance sans franchise ?", confondant Sécurité sociale et Assurance maladie. Fillon allait plus loin encore, ne comprenant pas que le paiement d'une franchise sur les soins de santé soit insupportable "alors qu'une charge de plusieurs centaines d'euros par an pour la téléphonie mobile ou l'abonnement Internet ne pose pas de questions". On rappellera au Premier Ministre que les salariés versent déjà plus de 15% de leurs revenus chaque mois (auxquels s'ajoutent les 23% cotisés par leurs employeurs), soit 191,81 € par mois pour un Smicard (et 280 € de plus pour l'employeur) ! Comment mettre en balance, par ailleurs, des dépenses utiles comme le téléphone portable ou Internet avec cette cotisation indispensable pour la préservation de la santé de chacun ?

 

Les premières propositions de Sarkozy, dans son livre "Libre" (janvier 2005), situaient ce déremboursement à 500 FF (75 €) par cotisant. Dans l'élaboration du projet présidentiel, des chiffres différents se sont succédés, allant de 100 € par an et par personne jusqu'à la proposition actuelle, réduite à 40 € par an et par foyer. On constate que ce projet n'est pas récent. Pour plus d'informations sur ce sujet, je vous renverrai vers "Les Fossoyeurs de la Santé", le livre du Docteur Christian Lehmann et l'article publié sur Agoravox en avril dernier (lien).

 

Tous les efforts du gouvernement, dans la suite des politiques mises en place par Mattéi, Douste-Blazy et Xavier Bertrand depuis 2002, vont vers une "responsabilisation des assurés". On remplace le rapport entre "soignant – malade" par une relation "marchand – client", les personnes consultant un médecin devenant de simples consommateurs de soins. On va ainsi, progressivement, vers une logique économique de marchandisation qui devrait aboutir logiquement à la privatisation du système de santé, sur un modèle américain. Pour rappel, le coût global de notre santé représente 10,5% de notre PIB, contre 15% aux USA.

 

La TVA "anti-délocalisations"

Glissant toujours dans le même sens, le gouvernement souhaite instaurer une TVA sociale, supposée financer une partie de la sécurité sociale, tout en allégeant les charges sociales des entreprises. On promet une réduction des prix (hors taxes) correspondant à la hausse de la TVA par effet mécanique.

 

Alors qu'on nous parle de lutte contre la délocalisation, notre main d'œuvre étant supposée trop chère et subissant des charges sociales insupportables, posons-nous un instant la question de calculer le poids de la main d'œuvre dans le prix d'une voiture par exemple. Selon vous : 50% ? 60 % ? Plus ou moins ? Surprise ! D'après le patron de Fiat, Sergio Marchionne, les coûts salariaux ne représentent qu'entre 4 et 7% du prix d'une voiture. C'est pourquoi la marque italienne a décidé de ne pas procéder à des licenciements lorsqu'elle a traversé de graves difficultés. Le groupe italien a préservé l'emploi en constatant que les travailleurs de Fiat et leurs familles étaient aussi leurs principaux clients et leurs meilleurs représentants.

 

Lorsque le gouvernement prévoit une réduction du prix d'une voiture équivalente à la hausse de la TVA (soit 5%), cela revient, en fait, à réduire la marge des constructeurs de 4,75%. Cette hausse de la TVA correspond, de fait, à un transfert de la charge de la sécurité sociale du travail vers la fiscalité.

 

Le financement des déficits

Revenons enfin sur la question essentielle : comment financer le déficit de la sécurité sociale ? Tout d'abord, replaçons les chiffres dans leur contexte. Le déficit s'élève à 10,26 milliards d'euros, somme considérable en soi, mais qui ne représente que 3,4% du budget du système de santé. Rappelons également que l'Etat doit 5,1 milliards à ce système. Ainsi que le souligne le rapport de la commission des comptes de la sécurité sociale (CCSS) de septembre 2006, "l'apurement de ses dettes par l'Etat à la fin du premier semestre 2006 apparaît très modeste : il a en effet été payé 254 millions d'euros sur les 5 271 millions d'euros dus qui ressortent de la situation nette au 31 décembre 2005, ce qui représente un peu moins de 5 %".

 

A ce stade, pourquoi ne pas aller directement vers une solution plus radicale ? On pourrait supprimer totalement les charges sociales, libérant ainsi 45% du PIB, en compensant cet allégement généralisé par le rétablissement des impôts directs sur l'ensemble de la population. Alors que tous les leaders politiques français n'ont pas de mots assez élogieux pour vanter les modèles danois ou suédois, on rappellera utilement que la fiscalité directe dans ces pays se situe à des niveaux astronomiques par rapport aux nôtres (au minimum 37% d'impôts directs, pour tout contribuable !). La participation des utilisateurs dans les soins de santé est, par ailleurs, nettement inférieure dans ces pays scandinaves (moins de 15% en Suède et en Norvège, 17% au Danemark, contre 24% en France).

 

Dès lors, si l'on convient que la fiscalité doit remplacer, à terme, le système actuel de sécurité sociale, il faut rechercher les moyens les plus justes pour effectuer ce transfert. C'est un Premier Ministre socialiste qui nous a doté de ce moyen. Michel Rocard, en instaurant la CSG (complétée par la CRDS sous Juppé) en 1990, a inventé un système de financement qui représente aujourd'hui plus de 55,15 milliards d'euros par an, soit un tiers de la branche maladie de la Sécurité Sociale. La TVA sociale, ou quel que soit son nom, serait un nouveau moyen d'accroître les ressources du système, de façon "indolore". Est-elle pour autant plus ou moins "égale" pour tout le monde ? La consommation des ménages est la base même de toute reprise économique, en France comme ailleurs. Réduire le pouvoir d'achat par une augmentation de la fiscalité indirecte entraînera automatiquement un ralentissement économique et une augmentation du chômage. On aurait pu imaginer une réduction des charges sociales (certainement nécessaire pour les petites entreprises de service), compensée par un transfert de ces charges vers la CSG. Ces ressources nouvelles s'appliqueraient à tous les revenus (y compris ceux des capitaux), sans pénaliser la consommation.

 

Quant au modèle de soins de santé que le Président de la République veut appliquer en France, il faudra qu'il se décide enfin. Il a déclaré à plusieurs reprises que le modèle français ne saurait être remis en cause. "Les Français n'y sont pas prêts", aurait-il expliqué à ses conseillers. En attendant que nous soyons enfin prêts pour ce grand changement, le gouvernement tente, maladroitement, de nous convaincre que nous devons accepter l'inéluctable pour nous offrir des soins dignes de ce nom, alors que les Etats-Unis eux-mêmes se tournent vers nous pour comprendre comment nous faisons pour assurer une couverture sociale équitable et universelle.

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10 mars 2007

Les Français préfèrent la cohabitation

Le débat porte, ces jours-ci, sur la capacité de François Bayrou à former un nouveau gouvernement. La gauche, comme la droite, proclame à l'envi que les Français ne veulent pas d'une nouvelle cohabitation entre un président "de droite" et un gouvernement de gauche. Sarkozy, pour tenter de récupérer une partie des voix captées par Bayrou, déclare pouvoir intégrer "des ministres de gauche" dans son gouvernement. Mais quelle est réellement l'opinion des Français ? Voici ce que nous nous proposons d'analyser. 

Nous avons analysé les sondages d'opinion concernant l'action du gouvernement durant les trente dernières années*. Au début de cette période, Raymond Barre est le Premier Ministre de Valéry Giscard d'Estaing. La cohabitation est un concept lointain et incertain. La société française est encore marquée par une bipolarisation évidente. D'un côté, la droite est franchement libérale, elle favorise le capitalisme et maintient l'ordre. De l'autre, l'union de la gauche est constituée, le Parti Communiste représente encore 20% des électeurs et le désir de revanche est "chevillé au corps" de tous les ouvriers après vingt années de pouvoir absolu de la droite. Le Front National et Jean-Marie Le Pen rassemblent moins d'un pourent des intentions de vote.

Trente ans plus tard, nous avons toujours un gouvernement de droite, avec un Président de droite et un gouvernement de la même couleur. Pourtant, plus rien n'est à la même place. Les crises sont passées par là. Le bloc communiste s'est effondré. La droite s'est fondue dans les structures de l'UMP, phagocytées par le RPR. Le capitalisme est devenu incontrôlable. La gauche et l'extrême-gauche n'en finissent plus de divorcer. La droite ne parvient pas à rassembler une majorité sans l'apport des voix du Front National, qui représente près de quinze pourcents de l'électorat.

Durant ces 341 mois de référence, trois périodes de cohabitation sont venues perturber le jeu politique. Le premier gouvernement est celui d'une double revanche. Jacques Chirac revient à Matignon dix ans après son premier passage. Il se venge de Giscard, qu'il a contribué à faire perdre en 1981. Il veut battre les socialistes après deux législatives difficiles. Il a gagné en rassemblant toute la droite derrière lui. Mais la popularité de son gouvernement devient négative neuf mois après son arrivée au pouvoir. A la Présidentielle suivante, Mitterrand réunit une partie du centre sous la bannière de la "Majorité Présidentielle" et remporte les élections haut la main.
Revenant à une pratique fréquente avant l'unification du parti socialiste à Epinay, en 1971, la troisième voie a remontré le bout de son nez. Retour du balancier vers la gauche.

Les gouvernements suivants vont voir leur popularité s'effriter progressivement. La déception est grande et s'accumule depuis 1981. Quand Mauroy avait atteint des sommets de popularité éphémères (au-dessus de 70% durant les quatre premiers mois), les cotes de Rocard descendent jusqu'à 48%, celles de Cresson s'effondrent jusqu'à 22%, Beregovoy remonte difficilement au-dessus des 50% d'opinion favorable durant six mois à peine. La deuxième cohabitation semble inévitable.

Deuxième Premier Ministre de cohabitation : Edouard Balladur. A la tête d'une coalition RPR-UDF forte, Jacques Chirac a préféré laisser son "ami de trente ans" diriger le gouvernement pour éviter la confrontation douloureuse avec Mitterrand. Jamais l'opinion n'est restée aussi satisfaite de cette cohabitation. Durant deux années, la courbe ne s'infléchit que lentement. Les scores obtenus dans les sondages rejoignent ceux du premier gouvernement Mauroy : 73% d'opinions favorables. Balladur est le favori des sondages pour la Présidentielle. Chirac mange des pommes. Delors renonce à se présenter. Bayrou et Sarkozy soutiennent le Premier Ministre au nom du rassemblement. Et, finalement, Chirac remporte la mise ! Fin de la cohabitation et début d'une nouvelle période "bleu horizon". Un petit problème cependant, perce sous la cuirasse du vainqueur. Il a gagné grâce à son discours concernant la "fracture sociale". Dans son équipe, les tenants d'une droite républicaine égalitaire, défendue par Séguin, s'oppose à l'ultralibéralisme préconisé par Madelin. Chirac finit par choisir le "meilleur d'entre [eux]". Juppé Premier Ministre, c'est la descente d'un inspecteur des impôts dans une foire à la farfouille. De maladresses en provocations, l'opinion se retourne rapidement contre le gouvernement. Après quatre mois seulement, la courbe devient négative. Elle descend jusqu'au score historique d'Edith Cresson d'impopularité : 23% d'opinions favorables seulement. Chirac, avec son conseiller, Dominique de Villepin, a soudain une illumination : la dissolution. Résultat : Jospin devient le troisième Premier Ministre de cohabitation de la 5ème République.

Troisième tour, avec cinq années devant lui pour appliquer son programme. A nouveau, la cote de popularité du gouvernement s'envole. Durant  57 mois consécutifs, elle restera positive, rejoignant presque (71%) celle de Balladur et Mauroy avant lui. Tout aurait du l'amener au fauteuil présidentiel. Tout, sauf le 21 avril 2002. La suite est bien connue de chacun et présente à nos mémoires. Chirac réélu avec 80% des voix nomme des gouvernements résolument libéraux. Raffarin, puis Villepin, s'enfoncent dans les sondages pour atteindre le niveau le plus bas historique de 17% d'opinions favorables, record obtenu en juillet 2006.

En fin de compte, on constate que les gouvernements successifs n'ont été populaires que durant les périodes de cohabitation. Celles-ci ont représenté un peu moins d'un tiers de ces trente dernières années. Au cours de ces 111 mois de gouvernements opposés au chef de l'état, leur cote de confiance n'est jamais descendue en-dessous de 40%, se maintenant largement au-dessus de la barre des 50% durant 89 mois. Sur les périodes Balladur et Jospin, le taux de satisfaction est encore plus étonnant. Leurs cotes de popularité sont restées favorables durant plus de 80 mois sur une période cumulée de 86 mois, c'est-à-dire à peine six mois en plus de sept ans !

La proposition de Bayrou de constituer un gouvernement "d'union nationale", réunissant droite et gauche ressemble beaucoup à une forme de cohabitation subtile. Un Président de la République de "centre-droit" nommant un Premier Ministre de "centre-gauche" n'est plus un scénario de science-fiction. UMP et PS craignent ce résultat où ils perdraient définitivement leur omnipotence. N'oublions pas que la Présidentielle se joue en quatre tours : les deux tours de l'élection proprement dite, puis les deux suivants des législatives. La dynamique d'une élection entraîne mécaniquement le ralliement des "petits". Les ex-UDF partis à l'UMP reviendraient bien vite au bercail en cas de victoire. Une partie de l'UMP, dont on peut rappeler qu'il ne s'agit que d'un agrégat des anciennes formations de droite (Démocratie Libérale, RPR...), chercherait à obtenir un label "présidentiel" pour remporter des duels fratricides, ou éviter des triangulaires en face du Front National. De même au Parti Socialiste, où l'explosion provoquée par le référendum sur le traité pour une constitution européenne a laissé des blessures profondes. Récemment, Dominique Strauss-Kahn a annoncé qu'il n'accepterait pas un poste de Premier Ministre dans un gouvernement centriste, mais, dans le même temps, il a appelé François Bayrou à rejoindre Ségolène Royal pour un gouvernement d'union nationale sous la férule socialiste ! Ce faisant, il n'a fait qu'approuver la position du candidat UDF et valider le fait qu'un gouvernement "mixte" était souhaitable pour battre Nicolas Sarkozy.

A six semaines des Présidentielles, le choix des Français n'est pas encore définitif. Mais s'ils choisissent François Bayrou, il est certain qu'ils retrouveront un mode de gouvernance qu'ils ont plébiscité par le passé : la cohabitation.

*source : TNS SOFRES. Sondages d'opinion mensuels d'avril 1978 à mars 2007.

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28 février 2007

Présidentielle : entre chaos et anarchie ?

Tous les candidats à l'élection promettent la rupture, le changement, la réforme, selon des termes variés et souvent opposés. Mais quelle est la société que nous promettent réellement les quatre candidats "présidentiables" ? Quel type de gouvernement pourraient-ils ou voudront-ils mettre en place dès leur élection ? Comment leur personnalité risque de peser sur les premiers mois de gouvernement ? Une petite analyse prospective, sans parti pris ni exclusive.

Le chaos

Dimanche 6 mai, 20 heures et 01 seconde. Le portrait s'affiche lentement à l'écran. Jean-Marie Le Pen est Président de la République. Contre toute attente, après cinquante années de combat politique, le vieux leader d'extrême droite (je sais, ils ne veulent plus qu'on les appelle comme ça) est enfin parvenu au pouvoir. Il semble lui-même ne pas croire aux chiffres. A la Bastille, des milliers de partisans se réunissent pour célébrer leur victoire. D'autres groupes de jeunes gens descendent dans la rue. Pendant toute la nuit, de violents affrontements opposent gauchistes et partisans lepénistes. Les jours suivants, l'ordre est rétabli progressivement, malgré de violentes émeutes en banlieue. Les médias du monde entier retransmettent les images terribles de bus brûlés, de voitures de police attaquées à coups de cocktails molotov. Des milices d'extrême droite lancent des ratonnades dans les squats d'immigrés clandestins. Chirac refuse de serrer la main de Le Pen lors de la passation du pouvoir, le Parlement est vide, dans l'attente des prochaines législatives. C'est le chaos total…

Cessons ici la politique fiction pour revenir aux données réelles. En cas de victoire, Le Pen devrait rapidement constituer une majorité pour gouverner. Lors des législatives, les listes d'extrême droite bénéficieraient naturellement de l'élan de la victoire présidentielle. Malgré tout, il est peu probable, sans un maillage de sections fortement implantées dans les régions, que le Front National parvienne à dépasser les 30% des voix. Une majorité parlementaire ne pourrait se constituer sans l'apport des voix de différents partis de droite souverainistes. En cas de majorité, même étroite, avec l'apport de la frange la plus droitière de l'UMP et du Mouvement pour la France, Le Pen obtiendrait les moyens de modifier les règles du jeu et de dissoudre l'Assemblée pour provoquer des élections à la proportionnelle. Prendrait-il le risque de remettre en jeu son pouvoir, si fraîchement acquis, ou bien profiterait-il, à l'instar de François Mitterrand, des avantages que fournit le scrutin majoritaire à deux tours pour le parti parvenu en tête des élections ? Tout dépend de la marge de manœuvre dont il disposerait.

Il est certain que le FN, en tout cas, ne disposerait pas d'un nombre de "ministrables" suffisant pour constituer un gouvernement crédible. Quel premier ministre ? Gollnisch en rêve. Bruno Mégret aurait pu l'espérer, s'il avait apporté plus de sept signatures à Le Pen ! De Villiers le refuserait pour préserver son avenir. Marine se réserverait pour la Présidentielle suivante. Resterait des "exfiltrés" de l'UMP dont la formation ou le passé autoriseraient de les nommer sans risque d'être taxés d'amateurisme. La liste de candidats serait longue, malgré les apparences. Le goût du pouvoir, la manœuvre politique peuvent amener bien des élus à choisir la proie au lieu de l'ombre. Pourquoi pas un Dupont-Aignan, ou une Christine Boutin, par exemple ? (Tout réfléchi, cet exemple est peut-être un peu extrême).

Reste encore à définir les marges de manœuvre réelles d'un gouvernement d'extrême droite face aux engagements de la France en Europe. Sortir de l'Euroland ? Revoir tous les traités ? De nombreux engagements de campagne seraient inapplicables parce qu'ils exigeraient une refonte complète des institutions. Le Sénat ne changera pas de majorité entre-temps et toute modification de la Constitution nécessite la réunion du Parlement en Congrès.

Finalement, une élection de Le Pen à la présidence s'achèverait, selon toute vraisemblance, par une politique finalement assez proche de celle d'un gouvernement de droite classique, avec une "touche" de lutte contre l'immigration toute particulière. Les électeurs déçus retourneraient alors vers les partis traditionnels et l'aventure frontiste s'achèverait dans la désillusion. Les expériences autrichiennes ou italiennes l'ont prouvé. Un gouvernement purement néo-fasciste, ou même seulement souverainiste, dès qu'il obtient le pouvoir, abandonne une bonne partie de son programme parce que celui-ci est tout simplement inapplicable. La seule solution serait de franchir le Rubicon et d'abolir le parlementarisme pour instaurer la dictature, mais là, on entre dans un autre scénario.  

La cohabitation permanente

Deuxième scénario : Bayrou président. La montée régulière du candidat UDF dans les sondages commence à inquiéter les candidats des deux partis majoritaires traditionnels. Leur argument principal pour s'en défendre : il ne pourra pas constituer de majorité et, par conséquent, il ne pourra pas réellement gouverner la France. François Hollande et Nicolas Sarkozy invoquent les "mauvais souvenirs" de la cohabitation. Pourtant, lorsqu'on observe les chiffres de popularité des gouvernements depuis 1981, on constate que la cohabitation a été plébiscitée à trois reprises au moins. Les gouvernements Chirac entre 86 et 88, Balladur de 93 à 95 et Jospin de 97 à 2002, ont été bien plus populaires que ceux d'Edith Cresson, d'Alain Juppé ou de Jean-Pierre Raffarin durant la même période. De fait, la population "politisée" ne représente qu'un petit tiers des électeurs. La moitié des inscrits sur les listes électorales s'abstiennent, votent blanc, nul ou pour un parti d'opposition non représenté à l'Assemblée Nationale. Le reste varie, d'une élection à l'autre, sur des critères purement subjectifs comme : "elle est bien en blanc" ou "il est sympathique", avant tout critère politique. La thèse d'un Président de la République de centre-droit comme François Bayrou désignant un Premier Ministre de centre-gauche, comme Dominique Strauss-Kahn ou Jean-Louis Borloo, a toute les chances de plaire énormément aux Français.

Reste le problème politique sur la méthode pour y parvenir. Ici encore, une mécanique électorale amènerait inévitablement un parti de "majorité présidentielle" à l'Assemblée Nationale, même avec une différence de sièges très faible. L'intérêt de François Bayrou serait de préparer une refonte du code électoral pour y introduire une forte dose de proportionnelle. Pour garantir la continuité de son mandat, le président centriste devra jouer perpétuellement entre les différentes tendances du Parlement. Cette VIème République serait sans doute très différente de la IVème, de triste mémoire. En préservant une élection du Président de la République au suffrage universel, on conserverait les avantages de la Vème République tout en favorisant un parlementarisme plus actif.

En cas de changement de régime, les deux grands partis imploseraient vraisemblablement pour se subdiviser en autant de tendances que possible. Pour rappel (pour ceux qui l'ignoreraient), l'Assemblée Nationale ne comporte pas six ou sept partis, comme on le croit généralement, mais plus de soixante ! Au total, 186 formations politiques ont reçu une approbation de leurs comptes de campagne en 2002. Combien de groupes l'Assemblée Nationale comporterait-elle en cas de réintroduction de la proportionnelle ? Personne ne le sait. Sans doute beaucoup, peut-être trop.

Enfin, quelles sont les chances de réussite de Bayrou sur le moyen terme ? C'est aux électeurs d'en décider. Tout le monde tente de récupérer une partie de sa démarche. Sarkozy explique qu'il pourrait nommer des ministres socialistes dans son gouvernement. Daniel Cohn-Bendit admet un grand mouvement d'union "Socialiste-Verts-UDF", mais autour d'une Présidente socialiste. Et finalement, si c'était lui ?  

L'anarchie au quotidien

Ségolène Royal remonte dans les sondages, paraît-il. Après avoir tambouriné que sa méthode participative serait l'alpha et l'oméga de la politique, nouvelle et plus juste, elle en a été réduite à rappeler les éléphants pour sauver sa candidature. Ceux-ci la soutiennent à présent du bout des lèvres, sans trop vouloir mouiller leur chemise et la candidate le leur rend bien. Il suffisait de voir le discours du Grand-Quevilly pour constater le gouffre qui les sépare encore. Que se passera-t-il si elle est élue ?

De toute évidence, il lui faudra le soutien de François Bayrou, qui a récupéré un grand nombre de déçus de la candidate socialiste. Si ce soutien se déroule correctement, il fera obligatoirement l'objet de tractations nouvelles pour les législatives. Paradoxalement, le parti socialiste risque donc d'être le grand perdant politique d'une victoire présidentielle. Pour parvenir à rallier les voix de l'extrême gauche, du Parti Communiste, des Verts (en recul), en plus des concessions accordées au Parti Radical de Gauche et au Mouvement des Citoyens au moment du ralliement de Christine Taubira et de Jean-Pierre Chevènement, il faudra encore laisser un peu d'espace aux fidèles du candidat centriste pour constituer une majorité.

Ceci se traduira également par la nomination de ministres sur un large éventail de l'échiquier politique, de l'extrême gauche au centre droit. Faute de constituer un gouvernement élargi, Ségolène Royal prendrait le risque d'imiter Jacques Chirac en nommant des ministres uniquement parmi ses fidèles. Il est certain qu'elle se retrouverait alors en perpétuelle opposition interne avec sa propre majorité.

Au vu de sa méthode d'analyse, on peut craindre que la Présidente Royale se résume au rôle de la girouette. Elle ne réagit qu'aux sondages et enquêtes d'opinion. Si cette méthode peut fonctionner en période électorale, il est très douteux qu'elle soit applicable ensuite. La réalité économique, après une éventuelle période d'euphorie de quelques mois, ramènerait inévitablement le gouvernement à une politique d'austérité pour redresser les finances publiques. Rien dans la situation économique actuelle ne peut permettre d'appliquer les ambitieuses propositions socialistes. Trop ambitieuses ? 

D'un autre côté, les tensions internes grandissent jour après au sein du parti socialiste. La candidate a été affaiblie par ses erreurs internationales, ainsi que par sa maladresse dans la gestion de ses rapports avec le bureau politique du parti. L'embellie actuelle ne doit pas faire oublier que l'ensemble des intentions de vote au premier tour est le plus faible, historiquement, depuis 1981. Ceci repose la question, soulevée lors de la désignation de Ségolène Royal par un parti largement influencé par les médias, de la capacité à rassembler la gauche autour de cette candidature.

La Présidence de la République flatterait sans doute l'égo démesuré de la candidate, dont les chevilles ont déjà la fâcheuse tendance à gonfler. On n'ose imaginer la "maîtresse d'école" réprimander à tout bout de champ ses interlocuteurs comme elle le fait depuis le début de la campagne, et même auparavant. On se souvient de son voyage au Chili et de la morgue avec laquelle elle avait répondu à Sebastián Piñera, candidat libéral à l'élection.

Toute la gauche tente de se rassurer au vu des sondages, mais il semble qu'elle n'a jamais été aussi près du gouffre et du risque d'implosion.  

La dictature du parti unique

L'UMP marche comme un seul homme derrière son candidat. Du moins, apparemment. Tout le monde a peur de perdre cette élection, et il est vrai que le bilan des années Chirac risque toujours de peser lourd dans la balance. Les Français risquent encore de se souvenir, au dernier moment, que ce petit Bonaparte de Neuilly a été Ministre de l'Intérieur, certes, mais aussi Ministre de l'Economie, et surtout Ministre d'Etat depuis cinq ans. Son bilan personnel est peu brillant. Ses propositions démagogiques. Le risque d'échec est réel.

Soudain, avec la remontée de Ségolène Royal dans les sondages, les partisans du candidat de droite s'en sont souvenus. Les discours "généreux" tentant d'aller chercher les électeurs de gauche sur leurs terres sont revus et corrigés à droite. Il est important de réconforter l'électorat gaulliste de base. Sarkozy va devoir affronter les banlieues sur leur terrain, après que l'association "AC le feu" a refusé de lui rendre visite au ministère. Pour lui aussi, le chiffrage des promesses est calamiteux. Aucun économiste sérieux ne peut croire qu'il parviendra à réaliser son programme. Pour lui, en cas de victoire, le problème ne sera pas de constituer une majorité. Il est évident que la plupart des sortants seraient réélus presque automatiquement après une victoire UMP à la Présidentielle. Au cours des années soixante, de nombreux Français ont eu l'impression de vivre dans un monde totalement contrôlé par le Général De Gaulle et son parti. Cette tendance à centraliser et contrôler tous les pouvoirs était inhérente à la personnalité du fondateur de la Vème République. Nos institutions en ont conservé la marque. Giscard, Mitterrand, puis Chirac ont exercé le pouvoir en déléguant davantage pour préserver la "grandeur" de la fonction présidentielle et pour se protéger en cas de difficultés. On ne peut oublier les coups que les Premiers Ministres successifs, de Raymond Barre à Dominique de Villepin, ont pu prendre au cours de leur passage à Matignon, en lieu et place de leur Président.

Le vrai problème de Sarkozy, c'est Sarkozy lui-même. Il veut modifier le rapport du pouvoir entre Président de la République et Premier Ministre. Sa volonté débordante cherche à tout contrôler, à se mettre en avant en permanence. Il veut prouver au Monde "qu'il en a" et qu'il est capable. Sans doute pour prouver que les petits en sont aussi bien pourvus que les grands. Sarkozy a fait de grands efforts pour tempérer sa nervosité et a proclamé qu'il avait changé. Peut-on vraiment le croire ? Encore une fois, il s'agit d'une intime conviction que chacun doit se forger. En tout cas, il prendrait le risque, en supprimant le "fusible" que constitue le poste de Premier Ministre, de se retrouver constamment mis en cause, en première ligne. A n'en pas douter, cette tension constante ne pourrait se résoudre que dans une discipline de fer imposée aux élus de la majorité, sommés de se faire bloc contre l'ennemi. L'Elysée deviendrait alors rapidement un bunker dont l'occupant sombrerait dans la névrose. Il faut rappeler que Nicolas Sarkozy n'a pas toujours été ce brillant stratège dirigeant le parti le plus important. Sa popularité a brusquement augmenté le jour où il est entré place Beauvau. Elle risque de s'effondrer au moment de son départ.

Sans remettre en cause la sincérité de l'homme, ni ses capacités intellectuelles, ce boulot est bien trop important pour pouvoir être assumé par un homme seul entouré de courtisans. Bonaparte, devenu Napoléon, a bien essayé. Où se trouverait la Sainte-Hélène de Sarkozy ?

 
Conclusion

Aucun candidat à la Présidence de la République, malgré les déclarations fracassantes diffusées par les médias, ne dispose de solution miraculeuse pour résoudre les difficultés de la France. Nous nous sommes enfoncés, depuis près de trente ans, dans une crise économique profonde, structurelle, creusant le fossé entre riches et pauvres tout en tentant de maintenir un tissu social, progressivement réduit à une peau de chagrin. La désindustrialisation, les crises du pétrole, la hausse du chômage, la précarisation des travailleurs pauvres sont autant de phénomènes économiques et sociaux intangibles et inévitables. L'urgence exige que nos dirigeants s'attaquent enfin aux difficultés au lieu de promettre sans cesse de nouvelles fuites en avant. Quel est celui (ou celle) qui sera désigné(e) par les électeurs pour mener à bien cette tâche ? A vous de choisir en connaissance de cause.

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10 février 2007

DIS-MOI QUI ECRIT POUR TOI…

… et je te dirai quel candidat tu es. Selon le Canard Enchaîné, la "plume" de Ségolène Royal, Sophie Bouchet-Petersen, a rangé ses stylos, à bout de souffle après plus d'une année de "Désirs d'Avenir". Ceci repose la question du discours politique. Est-ce la pensée du candidat qui s'exprime ou celle de son speech-writer ? Petit tour d'horizon des "nègres" de la campagne.

A tout seigneur, tout honneur. Jean-Louis Bianco a fait appel à Erik Orsenna, son ancien compagnon à l'Elysée dans l'équipe Mitterrand des grandes années. Orsenna a rejoint l'équipe à la mi-janvier pour découvrir qu'il n'existait aucune ébauche du discours essentiel du 11 février ! Quelles seront les idées exprimées ce jour-là ? Celles d'Orsenna, de Vincent Peillon, de Benjamin Stora ou de Ségolène Royal ? Jusque là, on croyait que ce serait les idées des citoyens, recueillies précieusement lors des "débats citoyens" et synthétisées par la candidate socialiste. Quelles que soient les qualités littéraires et l'intelligence de l'écrivain-académicien-voyageur, ce choix de dernière minute indique un net affolement de la part du camp de la candidate socialiste.

Comme un signe, la fidèle Sophie, conseillère de Ségolène Royal depuis le Ministère de l'Enseignement Scolaire, devenue la première conseillère des débuts de campagne, en décembre 2005, se retrouve mise à l'écart, vidée par une campagne trop longue. Celle dont les médias nous vantaient l'engagement féministe et les rares qualités intellectuelles a échoué. L'Histoire nous dira-t-elle un jour qui, de Ségolène Royal ou sa conseillère, a imaginé le concept des "débats participatifs" ?

Et voici qu'arrive l'échéance du 11 février, attendue comme l'apparition de la Vierge à Bernadette Soubirous (le 11 février 1858!), et la synthèse des débats. Erik Orsenna a-t-il au moins assisté à l'une de ces réunions citoyennes ? Ou, du moins, a-t-il participé à l'écriture du programme du Parti Socialiste ? C'est moins que probable. L'année dernière, il faisait la promotion de son dernier ouvrage : "Voyage aux Pays du Coton", petit précis de mondialisation. Il est même possible qu'il ait été opposé à ce concept, ses précédentes déclarations ayant laissé transpirer un certain agacement à l'égard de la candidate choisie par le Parti Socialiste. Cependant, ce sont des "mercenaires" de la plume qui sont à présent chargés de donner corps à ces fameuses propositions.

Le trou d'air ayant jeté un vent de panique dans les rangs socialistes, on décide enfin d'appliquer les vieilles recettes de tonton Mitterrand : rassembler son camp au premier tour, incarner un espoir pour la gauche. Retour aux vieilles recettes éprouvées. Virage à gauche toute. Fabius et Mélenchon doivent s'arracher leurs derniers cheveux. C'est précisément dans ce sens qu'ils œuvraient depuis deux ans.

Du côté de Sarkozy, on a assisté également à un important virage sémantique depuis l'arrivée d'Henri Guaino dans l'équipe du candidat UMP. Cet ancien chargé de mission auprès de Philippe Séguin, souverainiste, a finalement rejoint la maison-mère du Gaullisme après un détour par le RPF. Celui-ci ayant perdu toute chance de parvenir à ses fins politiques, Guaino s'est laissé récupérer par Sarkozy. Il apporte un souffle bonapartiste aux discours du candidat de droite, jusque là plus proche de Ronald Reagan et Margaret Thatcher que de Charles De Gaulle ou André Malraux.

L'équipe des "plumitifs" de Sarkozy s'est constituée autour d'Emmanuelle Mignon, diplômée de l'ESSEC et énarque, avec les publicitaires Jean-Michel Goudard (le "G" d'Euro RSCG) et François de la Brosse, publicitaire amené par Cécilia. Ceci signifierait-il qu'il est plus facile de vendre Sarkozy comme un produit politique, par des hommes de communication, que par des "politiques" ? L'arrivée de Guaino a apporté un souffle républicain, plus politique, qui habille le candidat d'un costume présidentiel plus présentable. Seul, répétant à voix basse le discours de son champion lors du discours de la Porte de Versailles, il a compris qu'on ne gagnait pas une élection présidentielle sans incarner une certaine idée de la France. La population refusant massivement le libéralisme économique cher au cœur de Sarkozy, il ne reste que la Nation, le patriotisme et la protection des plus faibles pour réunir les électeurs autour du candidat. Une chose est certaine : les mots que prononcent actuellement Nicolas Sarkozy ne lui viennent pas du cœur, mais plutôt du prompteur. En cas de victoire, Guaino relativise son rôle par avance. Il sait que seul le résultat compte, au-delà de ses idées.

Reste François Bayrou. On l'a vu récemment s'exprimer devant les cadres de son parti. Son discours, griffonné à la main sur une feuille colorée était posé sur son pupitre. Il improvisait visiblement la plus grande partie de son intervention, ne prenant que des repères sur ses notes. Il est vrai que Bayrou est le seul "littéraire" des candidats. Agrégé en lettres classiques, il a même été la "plume" de Jean Lecanuet, ancien candidat à la Présidentielle en 1965, à l'époque où Laurent Fabius écrivait pour Mitterrand et Alain Juppé pour Chirac. On ne trouve pas trace d'écrivains appelés en renfort pour aider le candidat centriste. La seule figure notable de son entourage liée aux médias est Jean-Marie Cavada, l'ancien présentateur et président de Radio-France. Rien n'indique que celui-ci rédige la moindre ligne pour son candidat. Ce n'est certainement pas Nicolas Perruchot, maire de Blois, ni Charles de Courson, député de la Marne, qui pourraient  remplir ce rôle, même s'ils participent activement à la campagne du candidat centriste.

Bayrou a créé des cercles de réflexion, avec Hervé Morin et Marielle de Sarnez, notamment, pour réfléchir au contenu de ses propositions, mais c'est lui qui tranche, décide et s'exprime. C'est donc le seul des trois premiers candidats (selon les sondages) dont on est sûr, en l'écoutant, qu'il exprime des idées personnelles. Ceci peut-il faire la différence ? Sans doute pas, mais saluons le talent du candidat, toujours différent des autres.

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07 février 2007

Bon anniversaire, Monsieur le Président !

C'est une époque lointaine, qui paraîtrait irréelle aux moins de... quarante ans ? La France n'était plus cette grande puissance, lumière du monde libre, vigie de la libre pensée, de la laïcité et de la République. Depuis mai 1968, la crise pétrolière, les difficultés économiques grandissantes, le pays semblait entrer dans une phase de déclin. Mais pourtant, homme hors du temps, héritier étrange d'un Flaubert qui aurait choisi l'ENA plutôt que la littérature, Giscard croyait en son destin. Comment se percevait-il ? Quel était le fonds de sa pensée ?

Ce jeune technocrate de 48 ans était entré en politique en 1956, en même temps qu'un certain Jean-Marie Le Pen, à qui il disputait le titre du plus jeune député de France. Il a toujours été le plus jeune, partout. Double bac à 15 ans, la Croix de Guerre à 18 ans, l'école Polytechnique à 22 ans, l'ENA à 25 ans, l'inspection des Finances à 26 ans… Dans cette IVème République moribonde, qui ignorait encore que le général De Gaulle allait venir la secouer une dernière fois, la carrière politique semblait bien grise et empesée. Mais Giscard avait confiance en son destin. Avait-il ressenti le changement en cours, qui allait propulser John Kennedy, Nikita Khroutchev, Fidel Castro et bien d'autres sur les devants de la scène. C'est le moment de l'irruption de la télévision, la conquête spatiale, les télécommunications, la société de consommation, le rock and roll, l'insurrection hongroise…

La France était encore une puissance coloniale, mais pour bien peu de temps.

Que faisait-il alors, en plein tournant historique ? Jouait-il de l'accordéon, le soir au coin du feu, pour endormir ses jeunes enfants ? Travaillait-il à un projet de roman ? Il semble être resté étranger aux tendances du moment. Fils de bonne famille, traditionaliste, il s'est fait élire dans la circonscription où son arrière-grand-père fut conseiller général, puis sénateur, pendant 28 ans, à la fin du XIXème siècle. A l'Assemblée Nationale, il a remplacé son grand-père, élu sénateur depuis 1938 et député depuis 1945. Autant dire qu'il n'apportait pas un souffle révolutionnaire dans son camp. Il faisait partie de cette bonne société bourgeoise, privilégiée et loin des préoccupations modernes.

De même, sa carrière ministérielle a été marquée par un conformisme sans faille. Fidèle élève d'Antoine Pinay, il a manié la planche à billet en tant que ministre des Finances à plusieurs reprises, totalisant neuf années à ce poste. Et c'est ainsi qu'il s'est retrouvé candidat à la Présidentielle à la suite de la mort de Georges Pompidou, en avril 1974.

Soudain, cet homme gris, déjà très dégarni, a voulu incarner la modernité et le changement. Il a créé le poste de Secrétariat d'état à la condition féminine, confié à Françoise Giroud, il a fait éclater l'ORTF, divisée en TF1, Antenne 2 et France 3 pour la télévision, Simone Veil a fait voter la loi sur l'interruption volontaire de grossesse, il a accéléré le programme nucléaire, il a organisé la Sécurité Sociale, étendue à l'ensemble des travailleurs, il a reçu les éboueurs à l'Elysée, s'est invité à dîner chez des Français ordinaires…

Que reste-t-il de tout cela, 25 ans après son départ de l'Elysée ?

Des images vieillies du "Petit Rapporteur", le règne de Guy Lux et des Carpentier, l'arrivée des Mac Donald en France, le son du groupe Téléphone, le TGV, le "mariage" de Coluche et Thierry Le Luron, la coiffure de Mireille Mathieu, qui n'a toujours pas changé…  

La carrière politique de Giscard est restée marquée par cet échec. Malgré le livre récent de Raymond Barre, qui retrace cette époque vue de l'intérieur, il ne reste aucune trace tangible de son passage. Bien qu'il ait tenté de créer un nouveau centre, en proclamant notamment qu'il fallait répondre aux questions et aux besoins de "deux Français sur trois", il n'est jamais revenu sur le devant de la scène. Le dernier échec de cet Européen convaincu aura été le refus du projet de Traité Constitutionnel Européen, l'an dernier.

Son dernier héritier, François Bayrou, parviendra-t-il enfin au pouvoir pour réconcilier droite et gauche, engager une politique de refondation républicaine ? Les sondages lui font crédit d'une certaine hausse de popularité, toujours très loin derrière Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. S'il réussissait, ce serait sans doute le plus beau cadeau d'anniversaire pour le seul ex-Président actuel.

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16 janvier 2007

AVEC LA FRANCE POUR TOIT…

L'action récente menée par les "Enfants de Don Quichotte" a provoqué une brutale mise en lumière du problème du logement en France, largement ignoré par les candidats à la Présidentielle jusque là. Mais, au-delà de l'effet médiatique et des mesures annoncées par le Gouvernement, une question fondamentale reste irrésolue : faut-il que l'Etat prenne en charge le logement des citoyens, au même titre que le travail, l'éducation, la santé, la sécurité…  ?

L'ETAT PROVIDENCE
L'état providence ne date pas d'hier, ni des dernières promesses électorales. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la France a inclus dans sa Constitution des notions de protection sociale étendues.
Rappelons-en quelques-unes :
- droit d'asile et protection des réfugiés politiques

- droit d'obtenir un emploi

- protection sociale de la santé

- droit à la retraite et au chômage

- protection contre les calamités nationales

Un seul de ces articles exige une contrepartie de la part des citoyens vis-à-vis de l'état. Le droit d'obtenir un emploi est lié au devoir de chacun de travailler.
L'état, par ailleurs, s'engage à garantir la sécurité matérielle, le repos et les loisirs de chacun. Il entend également nationaliser toute entreprise de service public ou monopole de fait.
Dans la société issue de la guerre, la communauté internationale veut établir une société juste et émet de grands textes, comme la "Déclaration Universelle des Droits de l'Homme" adoptée par les Nations Unies en 1948.

"Afin de lutter contre l'exclusion sociale et la pauvreté, l'Union reconnaît et respecte le droit à une aide sociale et à une aide au logement destinées à assurer une existence digne à tous ceux qui ne disposent pas de ressources suffisantes."

Quarante ans plus tard, l'Europe confirme encore le droit à une aide sociale et une aide au logement pour tous ceux qui ne disposent pas de ressources suffisantes ("Charte des Droits Fondamentaux"). 

Tous ces droits inscrits dans nos textes sont loin d'être respectés intégralement.
Ils posent malgré tout un principe fondamental : les citoyens attendent que l'Etat trouve une solution pour chacun de leurs problèmes.
Cette attitude est assez récente dans l'Histoire. Jusqu'à la Révolution Française, les Constitutions reposaient sur le droit coutumier. La première Constitution française (1791) pose les bases des droits fondamentaux. Elle proclame même que "le but de la société est le bonheur commun". Mais le texte insiste davantage sur les "libertés" que sur les "droits" des citoyens, ce qui dénote un état d'esprit bien différent du nôtre. Les textes législatifs fondamentaux du 19ème siècle s'éloignent de ces principes généraux et se limitent à définir la façon dont les états sont organisés, précisent les modalités des élections, entérinent la séparation des pouvoirs.

UNE SOCIETE MALADE DE SA CONSOMMATION
Les deux guerres mondiales, la crise de 1929, l'arrivée au pouvoir des Soviets, le Front Populaire et bien d'autres événements ont conduit à la société sociale-démocrate dans laquelle nous vivons. Jamais, peut-être, la société ne sera devenue aussi égalitaire qu'à notre époque. La différence de revenus entre riches et pauvres est le plus faible jamais constaté dans les pays occidentaux, hormis quelques très rares exceptions de la Jetset internationale. Il suffit de se pencher sur l'économie du 19ème siècle pour constater cette réduction des différences. Au contraire, le peuple a l'impression grandissante que les écarts se creusent. La société de consommation est passée par là. Un salaire normal ne suffit plus pour se procurer tout ce que la société offre.  

Avant guerre, il était tout à fait inimaginable qu'un ouvrier puisse un jour s'offrir une voiture, par exemple. Lorsque l'épargne et la distribution de modèles plus abordables ont permis aux moins riches d'acquérir leur véhicule, cet investissement était consenti pour quinze ou vingt ans au moins. Aujourd'hui, il n'est pas rare de voir des gens aux revenus modestes s'offrir de grosses cylindrées, renouvelées tous les trois ou quatre ans.
En créant sans cesse de nouveaux besoins, on a jeté les classes populaires dans une course effrénée à la dépense et au crédit à la consommation. Il suffit d'examiner les statistiques de consommation des ménages pour constater qu'une part importante des revenus passe dans des dépenses de confort qui ne seraient jamais venues à l'esprit des populations avant 1950. Malgré tout, plus de la moitié (56%) des foyers possèdent leur logement, le nombre de logements insalubres a été divisé par six en vingt ans, ne représentant que 2,5% du parc immobilier, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a été divisé par deux en trente ans. Mais le sentiment de précarité est de plus en plus répandu.

Les raisons de ce malaise sont multiples. D'une part, le chômage n'a pas cessé d'augmenter durant la même période, passant de 2 à 10% de la population. D'autre part, la redistribution sociale se concentre sur les retraités, de plus en plus nombreux, au détriment des autres groupes sociaux. On compte aujourd'hui 1,5 actif par retraité, contre trois actifs pour un il y a trente ans. Enfin, la crise du logement est réelle. Le coût d'acquisition d'un logement ancien a été multiplié par cinq en vingt ans !
Si on examine l'évolution des revenus depuis cinquante ans en France, on constate qu'ils ont totalement cessé de progresser. La croissance moyenne, de 1950 à 1975, était de 4,4% par an. Elle s'établit à 0,5% pour la période allant de 1975 à aujourd'hui. Ayant perdu tout espoir d'améliorer leur existence au cours de leur carrière, tenaillés par la crainte de perdre leur emploi, inquiets, voire méfiants, quant au paiement de leurs retraites futures, les Français sont tétanisés et manifestent leur mécontentement par leur vote ou leur abstention.  

LA REPONSE DES POLITIQUES
Le mirage politique entretient des illusions tenaces. La "rupture tranquille" de l'un, le "désir d'avenir" de l'autre tentent de contourner cet obstacle intangible. Les candidats à la Présidentielle promettent une France plus juste, ou plus riche, mais ne proposent aucune solution réelle. La proposition de Ségolène Royal concernant le logement ? 120.000 mises en chantier, soit une amélioration de 25% à peine par rapport aux plans mis en place par le gouvernement Villepin et, plus spécifiquement, par Jean-Louis Borloo dans son plan de cohésion sociale. Et il est vrai que le nombre de constructions de logements n'a pas augmenté depuis 1980. Plus préoccupant encore, la ville de Paris, pourtant passée à gauche depuis cinq ans, n'a augmenté que de 500 logements sociaux par an son programme de création de nouveaux logements, passant de 3.500 à 4.000. Comment expliquer ce chiffre si faible, alors que le budget de la ville est de près de six milliards d'euros par an, dont 210 millions consacrés au logement social ?
Dans le même temps, la Mairie dépensait 254 millions d'euros pour sa voirie, notamment son tramway. Si cet investissement avait été consacré au logement, c'est au moins 1.700 logements de 50 mètres carrés qui auraient pu être achetés ou construits (à 3.000 € le m² !). On estime à 59.000 le déficit en logements sociaux à Paris uniquement, pour atteindre 20% du parc immobilier, ainsi que la loi "Solidarité et Renouvellement Urbain" en fait l'obligation. C'est la ténacité des Verts qui a permis de passer de 135 à 210 millions d'euros de budget pour 2007.

La fondation de l'Abbé Pierre estime à 500.000 le nombre de logements manquants en France. Ségolène Royal en blâme la droite, cependant, la réalité objective est que ni droite ni gauche n'ont réellement entrepris de plan de large envergure pour réduire les inégalités au cours des vingt-cinq dernières années. Toutes les mesures sociales successives tiennent du replâtrage ou du gadget expérimental. Un réel plan de réhabilitation de l'habitat engendrerait certainement une chute du marché immobilier. D'autre part, il faut se méfier du type d'habitation construit pour éviter de se retrouver avec de nouvelles cités à problèmes ou un urbanisme délirant.  

On fait porter la responsabilité de nos problèmes et de notre stagnation tantôt à l'Europe, tantôt à la monnaie unique. Mais quel rapport y a-t-il entre la construction de logements sociaux et la politique européenne. Faudrait-il que Bruxelles s'empare de ce problème pour enfin voir émerger une politique du logement rationnelle ? N'a-t-elle pas réussi à équilibrer la politique agricole commune durant la même période ?

DES AIDES POUR SURVIVRE OU DE L'AIDE POUR VIVRE ?
Notre société est malade de sa croissance. Les "mal-logés" réclament des logements, les chômeurs veulent du travail, les pauvres veulent plus d'argent, les riches veulent moins d'impôts… Chacun considère l'état comme une sorte d'assurance sur la vie. Aux collectivités de prendre en charge notre existence, de la maternité jusqu'à la maison de retraite, dans tous les domaines possibles. Treize millions de pensionnés, six millions d'allocataires d'aide au logement, trois millions d'allocataires de minima sociaux (insertion, veuvage, invalidité, parent isolé, allocation solidarité spécifique, équivalent retraite) dont plus d'un million de RMIstes, 4,4 millions de chômeurs dont 2,2 millions de chômeurs indemnisés, autant de personnes qui vivent dans la précarité, suspendus au paiement de ces aides par l'Etat. Ensemble, ils représentent aujourd'hui plus du tiers de la population. Par ailleurs, l'état distribue également entre 8 et 9 milliards de subventions et d'aides aux entreprises chaque année. Combien de temps peut-on encore tenir à ce rythme ? Ne faut-il pas revoir fondamentalement l'organisation de notre société ? 

Le modèle communiste (type soviétique) a fait long feu. L'ultralibéralisme développé dans un certain nombre de pays engendre des inégalités insoutenables. Notre système social-démocrate est totalement à bout de souffle et à bout de ressources. Comment inventer de nouvelles solutions dans un monde interdépendant ?

De nombreuses expériences de financement des micro-entreprises dans le tiers-monde ont prouvé qu'il était possible de sortir des communautés entières de leur misère en les aidant à devenir autonomes. C'est l'inverse de ce que nous pratiquons dans nos pays depuis cinquante ans. Une solution radicale consisterait à remettre le modèle à plat, en supprimant toutes les aides et en les remplaçant par un réel système financier d'aide à la création d'activité. Les allocations d'aide pourraient devenir des prêts remboursables, ou des investissements, sans que cela remette en cause le principe de la solidarité. Quelques économistes cherchent des solutions dans ce sens. On est bien loin de mesures aussi radicales mais, au moins, prenons le temps de réfléchir au type de société que nous construisons, et comment il pourra perdurer dans un environnement vieillissant.

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24 décembre 2006

PETIT PAPA LE PEN, QUAND TU REMONTERAS AU CIEL… (air connu)

La bataille fait rage actuellement pour savoir si Le Pen obtiendra, ou non, ses parrainages pour pouvoir participer à l'élection présidentielle de 2007. Au-delà de cette question, revenons sur le parcours de Le Pen et l'impact de ses idées sur l'opinion. La France est-elle en train de devenir le premier pays où les idées d'un homme parviennent au pouvoir sans qu'il ait été élu ?

 

2 janvier 1956.

Elections législatives en France. Le jeune Jean-Marie Le Pen, 27 ans, fait son entrée à l'Assemblée Nationale, comme député du mouvement poujadiste, "Union et Fraternité Française". Il est alors le plus jeune élu de la députation, battant de peu Valéry Giscard d'Estaing, de deux ans son aîné. Il perdra ce siège de député le 25 novembre 1962, après avoir été réélu sous l'étiquette du CNI ("Centre National des Indépendants et Paysans"), sous la houlette d'Antoine Pinay et toujours aux côtés de Giscard.

Depuis ces débuts fracassants, Jean-Marie Le Pen a peu varié de discours. L'UFF était déjà un parti "populiste". Avec comme but principal de "sortir les sortants", ce parti est opposé à l'Europe naissante (le traité de Rome n'a été signé qu'en mars 1957), ainsi qu'à la fiscalité grandissante de l'état (jugé de "vampire") et anti-communiste. En pleine "crise" algérienne, il veut également maintenir l'Algérie au sein de la République.

Le Pen sera toujours vigoureusement partisan de l'Algérie Française. Associant le geste à la parole, il a d'ailleurs repris du service comme parachutiste. Ce choix l'ayant apparemment amené à pratiquer la torture, il est naturellement classé parmi les anti-arabes, proches de l'OAS et des colons français. Pour contrer cette image raciste, Le Pen cite volontiers son engagement auprès d' Ahmed Djebbour. Partisan de l'unité de la République et de l'Algérie Française, cet Algérien a été élu en 1957 avec son aide. Lorsque Djebbour sera victime d'un attentat du FLN, Le Pen l'accueillera même chez lui, à la Trinité-sur-Mer. De fait, la xénophobie de Le Pen semble toujours avoir été dirigée davantage contre les Juifs que les Arabes. Il est ennemi de l'immigration principalement pour des raisons économiques, et justifie ce principe pour protéger les "faibles" et favoriser la "préférence nationale" dans le cadre de la globalisation. Tout comme De Gaulle ou Mitterrand avant lui, il est resté partisan de l'Empire Français, colonialiste et rayonnant. Il n'est pas étonnant, donc, qu'il cherche à intégrer dans son mouvement autant de militants arabes que possible.

 

Le souverainisme

Le Pen et le Front National ont été parmi les premiers à lutter contre l'union européenne. Ce positionnement est l'une des causes de la rupture au sein du CNI avec Giscard. Ce parti est devenu une passerelle entre la droite parlementaire et le Front National. Violemment nationaliste, les militants d'extrême-droite se sont rapidement scindés en deux groupes antagonistes. Le "Parti des Forces Nouvelles", émanant d'Occident tout comme la plupart des fondateurs du Front National, prônait une Europe unie, du Portugal à la Russie, sous forme de confédération. Evidemment, il s'agissait, dans l'esprit de leurs promoteurs d'une forme rénovée du fascisme ou du national-socialisme, ayant provoqué la résurgence du parti mussolinien en Italie, par exemple. Contrairement à cette ligne, Le Pen défend une ligne purement nationale et, à ce titre, plus proche des valeurs traditionnelles de la droite française, monarchiste et anti-parlementaire. Il récupère également une partie des nostalgiques du maréchal Pétain, maurrassiens, ultra-nationalistes. Les débats concernant Schengen, Maastricht et, plus récemment, le projet de constitution européenne, ont renforcé cette ligne politique. La plupart des partis de droite adhèrent, publiquement ou non, à ces thèses. Seuls les militants historiques pro-européens ("Républicains Indépendants" autour de Giscard, UDF…) continuent à militer pour l'union. A gauche, le démarquage de Chevènement a lancé le mouvement qui a abouti au rejet du projet de traité pour une constitution européenne par une large fraction de l'électorat socialiste et communiste, pour des raisons diamétralement opposées de celles des souverainistes de droite.

Quelle serait la position de Ségolène Royal à cet égard, si elle était élue, au vu des récents sondages "eurosceptiques" ? Une majorité s'étant prononcée nettement contre ce traité, on peut raisonnablement penser que nous entrons dans une période où les idées défendues par Le Pen à propos de l'Europe gagneront encore du terrain, avec ou sans lui.

 

La préférence nationale

Lorsque la France comptait à peine un ou deux pourcents de chômeurs, l'immigration ne semblait poser aucun problème. Le Pen a rapidement compris que ce thème deviendrait crucial dans les années 70. Le retour des Français d'Algérie s'est souvent produit dans des conditions difficiles. Proche de ces milieux, le président du Front National a su capter leurs voix. Alors que la France continuait à faire appel à une immigration économique importante tout au long des années 60, notamment pour répondre à une demande croissante, l'évolution du chômage, dès 1967, a favorisé les positions de Le Pen sur ce thème. Progressivement, on a entendu des dirigeants, mêmes socialistes, admettre que "la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde" (Rocard), même si celui-ci ajoutait : "mais chaque pays doit en prendre sa part". Chirac, en parlant de l'insupportable "bruit", mais surtout "l'odeur" que répandraient les familles d'immigrés n'a rien fait d'autre que de tenter de récupérer ce thème. Idem pour Sarkozy, qui désire "choisir" son immigration. Même Ségolène Royal déclare aujourd'hui qu'il faut éviter une régularisation massive des sans-papiers, "risquant de créer un appel d'air". Elle dit préfèrer une démarche "au cas par cas", "dans un flux continu", pour "régulariser de façon progressive ceux qui sont sur notre sol et dont notre économie a besoin". Elle veut également expulser "systématiquement" à leur sortie de prison les "délinquants dangereux", même si ceci ne concernerait que "les auteurs de crimes ou de délits arrivés depuis peu" en France1. De fait, en agissant de la sorte, elle rétablirait la double peine. Inutile d'insister sur Philippe de Villiers, qui agite le thème de l'immigration comme un chiffon rouge.

Il est certain que les attentats du 11 septembre et la montée en puissance de l'islamisme international sont venus apporter plus d'eau encore au moulin du FN. Cela veut-il dire que Le Pen, président de la République, adopterait des lois privant un certain nombre de "Français issus de l'immigration" de leur nationalité ? Il faudrait alors remonter aux lois raciales allemandes de 1933 à 39 pour trouver une mesure équivalente, ou aux lois concernant "l'ivoirité" introduites par Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié. Mais, de fait, l'administration freine le renouvellement des titres de séjour des immigrés ou de leurs enfants par diverses tracasseries. Alors que plus de la moitié de la population se trouve au-dessous d'un niveau de vie acceptable, sous la menace permanente de la perte de son emploi, le fait de vouloir protéger le tissu social et industriel du pays peut passer pour une politique raisonnable, voire indispensable.

 

L'anti-parlementarisme

Le nombre d'affaires scandaleuses impliquant des hommes politiques de premier plan n'a pas cessé d'augmenter depuis les années '70, accréditant le fameux "tous pourris" et le slogan "Tête haute, mains propres", que Le Pen a si bien su utiliser au cours des dernières années. Sans doute, dans les faits, la corruption n'a-t-elle pas réellement beaucoup augmenté, surtout concernant l'enrichissement personnel. Chacun admet pour soi comme une évidence, presque un droit, de pouvoir frauder le fisc, de dissimuler des revenus, de travailler au noir… Mais la corruption des élites apparaît comme le sommet de l'indécence. Les jeunes loups de la politique, comme Arnaud Montebourg à gauche, ou feu Thierry Jean-Pierre à droite, ont fait de ce sujet le centre de leur action politique. Nicolas Sarkozy, en dénonçant le scandale Clearstream à son seul profit, ne fait que prendre position pour protéger son image de "chevalier blanc" de la politique. Quelles sont les réelles casseroles qui suivront, s'il est élu président ? Et reprochera-t-on un jour à Ségolène Royal d'avoir utilisé un jet privé pour rentrer à Paris au lendemain d'un meeting à Toulouse3 ?

 

La haine des élites et de "l'establishment"

Le Pen sort du jeu des partis traditionnels à partir de la scission du CNI, en 1962. Son frère ennemi, Giscard, est devenu l'étoile montante de la droite de l'époque. Celui-ci est alors ministre des Finances du gouvernement Debré. Alors que Le Pen s'était placé dans le sillage d'Antoine Pinay durant la mandature précédente, en siégeant notamment à la commission des finances pour les dépenses militaires.

En 1965, son attachement à Tixier-Vignancour, candidat de l'extrême-droite à l'élection présidentielle, le place à l'extérieur du nouveau système politique. L'adoption du scrutin majoritaire à deux tours par la 5ème République l'exclut définitivement du jeu parlementaire. Au niveau local, il ne dispose pas des soutiens paysans sur lesquels le parti poujadiste avait connu son plus grand succès. Pour une bonne partie, cet ancrage local se déplace vers le futur UDF, autour de Giscard.

Aux présidentielles de 1974, Le Pen remporte moins d'un pourcent des voix. En dix ans, il va passer à 14%, devenant un acteur incontournable du paysage politique français.

L'opinion juge que Mitterrand a sciemment créé les conditions d'un renforcement politique du Front National, en lui permettant d'accéder à l'Assemblée Nationale. Pourtant, cette entrée n'a été rendue possible que par deux faits précis. D'une part, le changement de mode de scrutin faisait partie du programme socialiste et des 110 propositions du candidat en 19812. D'autre part, la "dissidence électorale", consistant au vote pour des listes "non-gouvernementales", pour les partis extrémistes, ou par le vote blanc, est un phénomène qui a constamment progressé depuis 1978. Aux dernières élections législatives, le total de ces votes protestataires, rappelant le slogan "sortir les sortants" originel, représente 50,7 % des inscrits.

En exigeant un nombre plus important de signatures pour la candidature Présidentielle, Giscard a mis à l'écart Le Pen de l'élection présidentielle en 1981. Cette mesure était sensée diminuer le nombre de candidatures et ne visait pas uniquement le Front National, ne représentant aucun danger électoral à l'époque.

Mis au ban, le Front National n'a plus qu'une seule stratégie possible : une critique constante et virulente de la classe politique en place. Etrangement, ce positionnement est aujourd'hui réclamé par la plupart des candidats à la Présidentielle. Sarkozy veut une rupture tranquille. Dans son équipe, toute une génération de quadras attend son tour. Mais il s'agit encore de cadres formés par l'ENA, comme Emmanuelle Mignon, major de sa promotion, Valérie Pécresse, Jean-François Copé, Renaud Dutreil, Hervé Gaymard… De même, François Bayrou déclare vouloir une "Révolution Centriste", alors qu'il fait lui-même partie du jeu politique depuis plus de vingt ans en tant que député, nommé ministre dès 1993. A gauche, sans parler des traditionnels contestataires communistes (PC, LCR, LO…), Ségolène aussi veut donner l'image d'une "gazelle" luttant contre les "éléphants". Elle-même est pourtant sortie de l'ENA, a tracé toute sa carrière comme apparatchik du Parti Socialiste, conseillère auprès de François Mitterrand, députée parachutée dans les Deux-Sèvres, ministre depuis 1992… Ces trois candidats prétendent faire de la politique "différemment", rejoignant ainsi un des thèmes favoris du leader de l'extrême-droite française.

 

Une économie de boutiquier

Conformément à son passé poujadiste, Le Pen défend les petits commerçants contre les trusts et les multinationales. Il se place dans une tradition pétainiste, vantant le corporatisme contre le syndicalisme, l'artisanat contre l'industrie. Plus largement, l'argent étant une valeur "sale" du point de vue chrétien, il le rejette comme une valeur "judaïque". La globalisation et la finance internationale sont associés, dans l'esprit de beaucoup de Français, à ce que les milieux antisémites appellent la "juiverie" internationale. On entretient, en filigrane, l'idée que la franc-maçonnerie et les lobbies pro-israéliens, les défenseurs des droits de l'homme et les membres de la LICRA, constituent une forme de complot pour diriger tous les leviers de la société française, au détriment des pauvres ouvriers ou employés, dépourvus de toute arme pour se défendre. C'est ce qui rassemble Le Pen et Dieudonné, ce qui permet de pardonner le crime de Fofana, ce qui autorise quelques musulmans à rejoindre le Front National. C'est un antisémitisme fondamental. Sur ce point, aucun autre candidat à la présidentielle n'oserait prendre ouvertement parti. L'échec de Fabius et de Strauss-Kahn à la primaire du parti socialiste n'est-il pas une conséquence inconsciente de cette propagande ? On préfère visiblement une femme solidement implantée dans son terroir, plutôt que deux cosmopolites aux origines "troubles".

 

Et si Le Pen n'obtient pas ses 500 signatures ?

Un grand nombre de personnes se sont inscrites sur les listes électorales récemment, apparemment pour faire barrage à Sarkozy à la Présidentielle. C'est peut-être l'effet "Karcher" souhaité par les personnalités issues des banlieues. C'est sans doute, aussi, le résultat d'une plus grande politisation d'une génération de gauche, désirant effacer le souvenir du premier tour de 2002. Reste à savoir comment tous ces nouveaux électeurs voteront au premier tour de la Présidentielle si Jean-Marie Le Pen en est exclu, de fait, par manque de soutiens. Et surtout, quelle sera l'attitude des électeurs d'extrême-droite aux législatives qui suivront si leur favori est, pour la deuxième fois de sa carrière, exclu du débat ? Si la proportionnelle était réintroduite, ainsi que le réclame une bonne part des partis contestataires, les députés UMP seraient presque deux fois moins nombreux, largement au profit du Front National, qui disposerait de 60 députés au moins. Aucun gouvernement ne serait possible à droite sans l'apport des voix du Front National4.

Rappelons-nous que le Front National a connu sa plus forte progression après les Présidentielles de 1981, dont Le Pen était absent. Pour son dernier tour de piste, le vieux renard de La Trinité-sur-Mer risque de nous laisser de drôles de souvenirs au pied du sapin.

 

 

Notes :

1 Source : www.segoleneroyal2007.net – tout le programme de Ségolène Royal.

2 Proposition n°47 : La représentation proportionnelle sera instituée pour les élections à l'Assemblée nationale, aux assemblées régionales et aux conseils municipaux pour les communes de 9 000 habitants et plus. Chaque liste comportera au moins 30 % de femmes.

3 Rapporté par le journal "Libération" à la suite du meeting des primaires socialistes à Toulouse. A titre indicatif, un vol coûte en moyenne 8.000 €.

4 Voici la simulation d'une assemblée élue à la proportionnelle intégrale, sur base du premier tour des législatives en 2002 : UMP – 192 sièges (-159), PS – 139 sièges (-3), Front National – 65 sièges, UDF – 28 sièges (+2), PC – 28 sièges (+6), Verts – 26 sièges (+23), divers droite – 21 sièges (+12), Chasse Pêche Nature et Traditions – 10 sièges, Parti Radical de Gauche – 9 sièges (+1), Ligue Communiste Révolutionnaire – 7 sièges, Lutte Ouvrière – 7 sièges, Pôle Républicain (Chevènement) – 7 sièges, divers écologistes – 7 sièges, divers gauche – 6 sièges, MNR (Mégret) – 6 sièges, Mouvement pour la France (Villiers) – 5 sièges, Démocratie Libérale – 3 sièges, Rassemblement pour la France (Pasqua) – 2 sièges (-1), divers extrême-gauche – 2 sièges, Régionalistes – 2 sièges (+1).

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17 décembre 2006

ISRAËL-PALESTINE – LE DERNIER RÊVE D'ABRAHAM

Dans un petit village au sud de Jérusalem, sous une tente, le patriarche de la tribu se meurt.
Abraham est entouré de ses deux fils, nés de ses épouses, Sarah et Hajar. L'une était juive et l'autre égyptienne. Abraham, dans un dernier souffle, veut qu'ils se réconcilient. Depuis des années, une vieille rancœur les divise. Ismaël est l'aîné, et ,à ce titre, prétend devoir hériter prioritairement de son père. Il a quatorze ans de plus que son demi-frère. Isaac est le fils de la première épouse, juive. En tant que tel, il estime être le seul à pouvoir diriger la tribu.
Abraham leur lègue deux pays. Israël, la terre promise par Dieu, sera celui d'Isaac. Ismaël règnera sur tous les autres territoires, à l'est d'Israël, pour y faire paître ses troupeaux. Les frères réconciliés enterrent donc leur père auprès de sa femme Sarah, dans le caveau qu'il avait acquis en Palestine, dans le petit village d'Hébron. Ensuite, chacun repart vers son destin. Ils donnent naissance à deux peuples frères. Les Juifs et les Arabes sont nés. 3 830 ans plus tard, la dispute continue.

 

Tout le monde n'est pas obligé de croire en Dieu. Trois peuples ont réinterprété à leur façon cette histoire commune. Les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans se sont disputés pendant des siècles pour déterminer lequel d'entre eux détenait "La Vérité". Ces combats ont fait des millions de morts, depuis le martyr des premiers chrétiens jusqu'à la Shoah, en passant par les Croisades. Aujourd'hui encore, le conflit israélo-palestinien entraîne d'interminables tueries. Intifada, attentats-suicides, représailles, assassinats… Les morts succèdent aux morts, sans fin. Certains prennent ce prétexte pour mener des guerres saintes, d'autres refusent d'admettre la présence de différents peuples sur une même terre. Mais quand tout cela finira-t-il ? Afin de tenter de trouver des solutions, reposons d'abord quelques bases historiques.

L'opposition "raciale" entre Juifs et Arabes
Tous deux sont des peuples sémitiques. Leurs langues sont toutes deux issues d'une même racine. Celle-ci a donné naissance à diverses branches, dont les langues mésopotamiennes (Irak actuel) à l'est, et les langues phéniciennes à l'ouest (araméen, arabe, hébreu, syriaque, maltais…).
Il faut concevoir que toute cette région a été envahie, dominée, dépecée, découpée durant des millénaires par les différents empires régionaux. Au fil de cette histoire perturbée, les villes sont devenues des états. Chaque état a développé son propre système et sa langue s'est distinguée des autres, au même titre que le latin a donné l'italien, l'espagnol, le français ou le roumain. Il est donc totalement absurde de vouloir opposer une "race juive" à une "race arabe". Cette région, de la Syrie à l'Arabie, en passant par Israël, la Palestine et la Jordanie, est le berceau de l'humanité dans ce qu'elle a de plus noble. L'invention des sciences, de l'écriture et des lois. Loi divine pour les uns, droit séculier pour les autres, ces textes constituent les bases de l'ensemble de nos civilisations.

La présence juive en Palestine
Deux thèses s'opposent, qui ont des sources relativement récentes. La Palestine est, dans la Bible, le pays des Philistins. Celui-ci recouvrait approximativement l'actuelle bande de Gaza. Ce sont les Romains qui ont étendu ce terme à l'ensemble des territoires situés entre la Méditerranée et le Jourdain. Elle incluait également la Syrie. Chez les Grecs, on l'appelait la "Syrie juive", avant de l'appeler "Syrie Palestine".
Les Juifs se sont révoltés contre l'occupant romain durant un siècle, afin de préserver leur religion. Ce mouvement aboutit à leur dispersion en 135 après J.C.
L'exode est devenu le ferment de l'identité juive à travers le temps. Mais un foyer juif a persisté en Palestine, jusqu'à nos jours. La christianisation byzantine a transformé la Palestine en Terre Sainte dès le 4ème siècle. Ce sont des moines chrétiens qui ont converti les peuples bédouins de la péninsule durant les deux siècles suivants.
Ce mouvement s'est converti en islamisation au 7ème siècle, finissant de convertir la majorité de la population. A la fin des Croisades, et sous l'empire ottoman, la région devient définitivement multi-culturelle. Juifs, Chrétiens et Arabes cohabitent pacifiquement pendant des siècles dans tous les territoires sous contrôle turc, d'Istanbul au Caire, sous domination musulmane.
Au 19ème siècle, le territoire de la Palestine est peu occupé (environ 50 habitants au km²), par une population très majoritairement arabe (chrétienne et musulmane). Environ 25.000 Juifs y vivent encore. Les grands pogroms russes, en 1880, provoquent les premières immigrations juives vers la Palestine. Grâce à l'appui financier des grandes fortunes juives internationales, les premiers colons peuvent acheter des terres cultivables. Ils fondent Tel-Aviv, qui était un kibboutz, puis un ensemble de villages sur les côtes.
La Palestine est toujours sous l'autorité de l'empire ottoman, qui voit l'immigration juive comme une aubaine du point de vue financier et technique. Les Juifs apportent des compétences utiles, permettant la modernisation rapide du pays.
Après la guerre de 14-18, les souverains hachémites, chérif de la Mecque et descendants directs du prophète (et donc d'Ismaël), créent le royaume de Jordanie, sous contrôle anglais. Ils sont favorables à l'arrivée massive d'immigrants juifs. Ils accordent un territoire correspondant à l'actuel état d'Israël, incluant la Cisjordanie. En contrepartie, Fayçal de Jordanie doit devenir roi de d'Arabie (le Hedjaz), de Syrie et d'Irak. Malheureusement, les Hachémites sont chassés d'Arabie par les Saoudiens en 1932 et d'Irak par un coup d'état en 1958.

La population juive en Palestine a continuellement augmenté, de 1918 à 1948.
Cette venue régulière, pendant trente ans, d'immigrants juifs, s'est faite généralement dans l'indifférence. Quelques crises ont éclaté sporadiquement au cours des années '20, cherchant à limiter la vente de terres aux colons juifs. Celles-ci ont amené les Juifs à créer une milice clandestine, la Haganah, qui leur a fourni une organisation de défense solide.
De 1935 à 1939, une Jihad est lancée par le cheikh
Izz al-Din al-Qassam, qui désire créer un état islamiste en Palestine. Le début de révolte est mené par un très petit groupe d'hommes (environ 800) et s'achève par la mort du prédicateur. Celle-ci est suivie par une grève générale, durant six mois. Les Palestiniens revendiquent le droit de créer une assemblée législative, ce que les Anglais leur refusent.
La Haganah ayant collaboré avec les Britanniques pour lutter contre l'insurrection palestinienne, les Juifs obtiennent un traitement plus favorable. Ceci n'empêche pas les Anglais de réprimer durement les mouvements indépendantistes juifs, comme l'Irgoun et le groupe Stern.
En 1937, un premier plan de partition est négocié entre Juifs et Arabes, qui aurait accordé 85% du territoire au souverain jordanien, laissant 15% pour la création d'Israël. Celui-ci échoue finalement, ne contentant personne.
A l'issue de la guerre, le nombre de Juifs atteint environ 560 000 habitants, soit un tiers de la population totale de la région. La densité de population est passée à 90 habitants au km², principalement sur de nouvelles terres "colonisées" et mises en valeur grâce aux kibboutzim. Ils occupent entre vingt et trente pourcents du territoire.

L'immigration est nettement plus importante après la deuxième guerre mondiale et, surtout, après la proclamation d'indépendance suite à la partition de la Palestine, en 1948.
Ce plan de partition est massivement rejeté par les Arabes, qui lancent une guerre totale contre les Israéliens. Le sort des armes leur est, une nouvelle fois, défavorable, notamment grâce à l'action de la Haganah, devenue l'Irgoun.
Contrairement à une opinion généralement répandue dans les milieux favorables aux nationalistes arabes, Israël n'a pas remporté cette victoire grâce à l'aide occidentale. Isolés et subissant un blocus militaire strict, ils ont réussi en ne comptant que sur leurs propres forces et grâce à une organisation implacable.
La conclusion de la guerre est dramatique pour les Palestiniens. La plus grande partie quitte le pays, volontairement ou non. Le maintien de la Cisjordanie et de la bande de Gaza hors de l'état d'Israël permet de maintenir la majorité de la population arabe dans un territoire circonscrit. Israël peut désormais se renforcer dans un état "homogène".

Toutes les guerres suivantes, jusqu'à la guerre du Liban, en 1981, ont été successivement remportées par Israël et ont amené son renforcement territorial.
La colonisation a amené 2,8 millions de personnes supplémentaires entre 1948 et nos jours, portant la population juive à 5,3 millions aujourd'hui.
Les Arabes palestiniens vivent majoritairement dans les territoires occupés (ou autonomes), soit 3,7 millions d'habitants. Un grand nombre de Palestiniens vivent également en Jordanie (2,6 millions) et en Israël (1,2 millions). Le reste de la population palestinienne est exilée dans les pays de la région, du golf persique ou du continent américain (environ 800.000 habitants). Le problème de la répartition de la population sur ce territoire reste le problème majeur dans ce conflit.

Le droit à la défense d'Israël
Le cycle de violences a été entamé en 1935 et il n'a guère connu de répit depuis. Les peuples environnants ont soutenu, hébergé et parfois combattu, la résistance palestinienne. D'autres opérations militaires d'envergure ont été entreprises contre Israël par les pays arabes de la région, qui ont toutes échoué.
Apparemment, seuls les Israéliens sont capables de se battre eux-mêmes. L'invasion du Liban en 1982, au cours de l'opération "Paix en Galilée", a marqué le premier faux pas d'Israël, alors que la paix avec l'Egypte était le seul pas tangible vers une pacification de la région. La guerre des Six Jours (1966) et la guerre du Kippour (1973) étaient des conflits de protection contre une agression concertée des pays arabes. Le Liban a représenté, par deux fois, une erreur stratégique et une faute politique de la part d'Israël. En-dehors de l'aspect militaire, ces actions offensives ont surtout été des erreurs politiques majeures. La prédominance des militaires au sein des gouvernements israéliens – quatre premiers ministres de 1948 à nos jours (Ygal Allon, Yitzhak Rabin, Ehud Barak, Ariel Sharon) – a abouti à un constat d'échec.
L'armée ne peut pas résoudre tous les problèmes de la société israélienne. De même que la force ne représente pas la seule solution à cette situation. Les accords d'Oslo ont prouvé qu'une solution diplomatique était possible. L'échec des négociations de Taba, entre Ehoud Barak et Yasser Arafat a malheureusement marqué la fin de ce timide espoir.
Le nombre de victimes palestiniennes, entre octobre 2000 et novembre 2006, s'élève à 29.956 personnes, dont 4.388 morts (source Croix Rouge Palestinienne).
Le nombre de victimes israéliennes durant la même période s'élève à 8.717 personnes, dont 1.084 tuées. Ce nombre a été considérablement réduit grâce à l'efficacité de la prévention des attentats. Une attaque sur quatre seulement parvenant à atteindre son but. Si rien n'avait été fait, 35.000 Israéliens auraient été victimes de ces actions, dont 4.500 auraient trouvé la mort.
Dans cette guerre fratricide, cette lutte "œil pour œil, dent pour dent" arrive à un échec immense des deux côtés de la "ligne verte".
Plus de 8.000 maisons palestiniennes ont été détruites pour des raisons diverses (construction sans permis, punition contre la participation à des attentats, objectifs militaires…) et 2.000 Palestiniens sont détenus par Israël.
Les médias occidentaux s'émeuvent majoritairement de la situation du point de vue palestinien. Ils n'imaginent que très rarement le danger dans lequel vit la population israélienne.
La première Intifada s'est achevée par les accords d'Oslo, après que 1.491 Palestiniens et 522 Israéliens sont morts entre 1987 et 2000, en presque huit années de lutte.
Voilà six ans que dure cette seconde Intifada, et le nombre de victimes est déjà trois fois plus élevé. Combien faut-il encore de morts avant que les protagonistes de cette guerre se mettent autour d'une table ? Faut-il que cette lutte dure Cent Ans, elle aussi ?

Depuis 70 ans, les Palestiniens ont choisi la voie du terrorisme comme seule solution. Avaient-ils d'autres options ? Malgré tout, on peut critiquer une certaine partie de cette action, ayant entraîné une violence aveugle contre des innocents. Les prises d'otage, les massacres perpétrés durant vingt années par l'OLP, le FPLP et toutes les autres organisations palestiniennes, ont affaibli ces mouvements de libération. Finalement, c'est l'Intifada, menée à l'intérieur du pays, qui est parvenue à la création de l'Autorité Palestinienne. La deuxième Intifada risque de faire éclater celle-ci. La récupération idéologique de ces insurrections populaires par le Hamas a entraîné une nouvelle radicalisation et ces tensions aboutissent même à une guerre civile larvée entre forces palestiniennes.

Médiation
Deux logiques s'affrontent ici. Israël a le droit de protéger sa population. La Palestine a le droit d'exister au sein de frontières sûres et reconnues.
Les choses sont ce qu'elles sont devenues. L'Histoire a ramené sur cette terre un nombre important de Juifs qui vivaient autrefois en Europe, en Afrique ou en Orient. Les pogroms, la Shoah, les émeutes raciales et les persécutions dont ils furent l'objet dans les pays arabes après 1947 les ont amenés, en grande partie, à immigrer en Israël. Rappelons que la présence de communautés juives était attestée au Proche-Orient et en Afrique du Nord durant toute l'Antiquité et le Moyen-Âge, jusqu'au 20ème siècle. Ce mouvement est irréversible et les nationalistes arabo-palestiniens mènent une lutte vouée à l'échec en niant cette réalité.
Cette situation est la conséquence logique de l'éveil des nationalismes au 19ème siècle et des colonisations successives. Lorsque les empires ont disparu, aussi bien en Europe qu'au Proche-Orient, après la première guerre mondiale, toutes les revendications nationales ont éclaté. Ce mouvement historique de morcellement des états est parvenu jusqu'au régionalisme contemporain, niant même l'existence de nations anciennes comme l'Espagne, la France ou l'Italie. La Palestine a-t-elle jamais existé en tant qu'état ? Existe-t-elle en tant que nation ? L'ensemble des peuples de cette région, du nord de la Syrie jusqu'à la mer Rouge, constituait une forme de nation, partageant énormément de points communs, même s'ils conservaient des particularités propres. Ces différences se sont maintenues tout au long de l'Histoire, assurant la continuité de la présence des communautés de Druzes, de Palestiniens, d'Hébreux, d'Alaouites, de Nabatéens, et même des tribus arabes nomades, dans toute la région.
A bien y regarder, ces peuples ont plus de points de ressemblance que de divergence. Et, en premier lieu, la foi en un Dieu unique. Quelles solutions, à présent, pour un avenir pacifique ?

La coexistence pacifique.
Imaginons qu'une nouvelle conférence de la paix, ou des accords secrets entre Palestiniens et Israéliens, permette une paix durable et la création de deux états souverains, aux frontières reconnues et stables. Un seul inconvénient à cette solution : la partition de la Palestine en deux entités sans continuité territoriale. On en reviendra invariablement aux sources du conflit de 1948. Solution de court terme uniquement.

2. Une zone sous contrôle international.
La communauté internationale, sous la pression de la crise pétrolière et pour lutter contre le terrorisme islamiste, pourrait être amenée à vouloir occuper la région et mettre ces territoires sous tutelle pour maintenir la paix. Cette solution, forcément impopulaire et instable, est improbable, ainsi que peu souhaitable.

L'union économique.
On entend régulièrement cette proposition émerger dans le camp des "modérés" des deux bords. Une union douanière et économique, similaire à l'Union Européenne, permettrait d'assurer la survie économique de cet ensemble de pays. Pour parvenir à ce but, il faudrait d'abord que les différents partenaires potentiels parviennent à un minimum de stabilité politique et économique. Si Israël est prêt, selon les standards occidentaux, à participer à un projet de ce genre, comment la Syrie, le Liban, la Palestine et la Jordanie pourraient-ils y parvenir sans avoir atteint un niveau minimum de démocratie en interne ? Un ensemble viable devrait réunir, à terme, tous les pays de la sous-région, de la Syrie jusqu'au Yémen. La route est encore longue avant d'y parvenir.

Le chaos généralisé.
Les tensions actuelles pourraient amener une guerre plus large, régionale ou mondiale. Le démantèlement de l'Irak, la lutte des Chiites pour atteindre le pouvoir dans la plupart des pays de la région, les enjeux pétroliers, la faiblesse des royautés et des émirats arabes, la puissance montante de l'Iran, sont autant de phénomènes inquiétants, chacun étant facteur de risques. Il n'est pas impossible que le conflit actuel entre Sunnites et Chiites en Irak dégénère et s'étendent à toute la région. L'avenir serait alors décidé par les armes.

L'effondrement des régimes en place.
Un des principaux obstacles à la paix est le financement constant des mouvements terroristes par les puissances financières de la région. Les régimes saoudiens et iraniens, profitant de la manne pétrolière, entretiennent l'instabilité financière pour des questions idéologiques dangereuses. Le but de quelques dirigeants occidentaux (américains et pro-américains) est de décapiter ces régimes, ou de les affaiblir durablement, pour couper les sources de financement de l'islamisme. Certains théoriciens "faucons" de Washington misent sur un retour des Jordaniens au pouvoir dans leurs anciennes possessions grâce à la théorie des dominos. La chute de Saddam Hussein entraînant une démocratisation des différents régimes, on aurait dû chasser les souverains arabes de leur trône pour les remplacer par le pouvoir jordanien, beaucoup plus pro-occidental.
C'est une hypothèse improbable, tant que les régimes arabes et syriens se maintiennent. Le Roi de Jordanie est peut-être, malgré tout, la clé de voûte de toute solution diplomatique.

3.800 ans après la disparition d'Abraham, ses fils continuent à se disputer cette terre. Aucun conflit armé ne parviendra à les départager. Aucune victoire militaire définitive n'est possible, sans entraîner un conflit généralisé. La seule solution réside dans l'arrêt de la violence, la négociation et la diplomatie. Le rôle de nos médias est également de donner une image juste et équilibrée du conflit. Nous devons dénoncer les actes injustes commis par Israël, mais aussi les meurtres sanglants des Palestiniens.

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10 décembre 2006

MARXISME ET CAPITALISME SONT DANS UN BATEAU, L'UN DES DEUX TOMBE A L'EAU…

L'extrême-gauche, en France comme ailleurs, cherche à refaire son unité pour peser dans le paysage politique. Mais le communisme a-t-il encore sa place dans un monde unipolaire et 100% libéral ? Les alter-mondialistes ont-ils une chance de renverser le pouvoir ? José Bové rasera-t-il un jour sa moustache ?... Sur toutes ces questions, il est bien difficile de prédire l'avenir.

Les partis d'extrême-gauche qui cherchent à faire leur unité pour se présenter aux élections présidentielles font tous référence au marxisme, comme base idéologique. Quelques-uns, allant encore plus loin, s'inspirent des mouvements libertaires ou anarchistes. Mais, avant de savoir en quoi consiste leur programme, il est important de rappeler que les sources du marxisme plongent au coeur de la révolution française et des penseurs du siècle des lumières.

Marx s'est inspiré notamment des travaux de John Locke,qui a théorisé la séparation des pouvoirs, repris par Montesquieu dans "L'Esprit des Lois" (1748). La notion de classea été inventée par Adam Smith, qui a défini les différents moyens de produire de la richesse (travail, capital et marché dans "La Richesse des Nations", 1776). La "Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen", promulguée le 26 août 1789, abolit l'Ancien Régime et les pouvoirs absolus, mais elle entérine les principes fondamentaux du libéralisme économique ("La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé."). Ce principe est encore confirmé dans la Déclaration de 1793 ("Le droit de propriété est celui qui appartient à tout citoyen de jouir et de disposer à son gré de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie"), alors que celle-ci institue un pouvoir absolu exercé par le peuple, inspiré des principes du "Contrat social" de Rousseau. La dictature du prolétariat avant l'heure.

Lorsque Marx analyse les travaux de ses prédécesseurs, ainsi que les luttes révolutionnaires du 18ème siècle, il en conclut que la lutte des classes est le moteur même du changement, par le combat des exploités contre les exploiteurs. Il écrit dans "Le Manifeste du Parti Communiste" qu'il faut "arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie". Les moyens que celui-ci propose sont déjà tout l'arsenal du pouvoir soviétique : expropriation, impôt sur la fortune, abolition de l'héritage, nationalisation des banques, des transports, des moyens de production, collectivisation de l'agriculture, travail obligatoire. Même si Marx et Engels ont ensuite tenté d'atténuer la portée de ces propos, surtout dans leur introduction au "Manifeste" de 1872. Ils y déclarent notamment que l'expérience révolutionnaire de "la Commune" a démontré que "la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre telle quelle la machine de l'Etat et de la faire fonctionner pour son propre compte". Ils avouent également qu'il ne faut pas "attribuer trop d'importance aux mesures révolutionnaires énumérées à la fin du chapitre II".

La mise en œuvre des principes marxistes par les bolchéviques en 1917 a donné naissance à un régime totalitaire, alors que celui-ci prétendait donner tout le pouvoir au peuple sur le peuple ("Tout le pouvoir aux Soviets "). Le petit groupe révolutionnaire dirigé par Lénine accapare pendant 74 ans l'ensemble des pouvoirs en Russie, à la suite d'un coup d'état annulant les résultats des premières élections libres après la révolution de mai. Le même scénario s'est répété en Chine et s'y perpétue de manière différente. Les révolutions à Cuba et au Cambodge, les mouvements de libération nationale au Nicaragua et au Vietnam, le coup d'état militaire en Birmanie, ont mis au pouvoir des dictatures au nom du communisme, qui n'ont jamais rendu leur liberté aux peuples qu'ils prétendaient délivrer.

Depuis la fin des années 60, et la dernière conférence internationale communiste, sous la houlette russe, en 1969, les différents partis d'obédience communiste dans les démocraties occidentales ont pris leurs distances avec ces pays, proclamant qu'ils n'étaient pas "authentiquement marxistes". Pourtant, on a vu plus haut que ces régimes n'ont fait qu'appliquer les principes émis dans le Manifeste de 1848 et répété à l'envi depuis.  Se définir aujourd'hui en tant que communiste revient à accepter ces principes révolutionnaires faisant partie des textes fondateurs de tous les partis de gauche.  

L'anarchisme, né dans le même mouvement social, au 19ème siècle, s'inspire également de la révolution française et de la pensée de Rousseau. Bakounine, leader anarchiste contemporain de Marx, va encore plus loin dans le refus de toute autorité et de toute forme d'état. Son application politique, au moment de la révolution russe, a donné lieu à de nouvelles propositions comme l'abolition de la propriété (plus exactement : le fait de posséder des biens dans le but de faire du profit, et non la propriété individuelle).
Les situationnistes, regroupés formellement en "Internationale Situationniste" en 1957, ont rejeté l'application bureaucratique et totalitaire des principes marxistes par les pouvoirs soviétique et maoïste. Les mouvements libertaires de Mai 68 dépassent le marxisme en proposant l'abolition des états et du capitalisme par la suppression des rapports marchands, l'instauration de l'autogestion généralisée et de la démocratie directe. De nombreux mouvements alter-mondialistes s'inspirent de cette philosophie libertaire et anarchiste, de même que les écologistes les plus radicaux, qui proposent la suppression de la société de consommation et de l'économie de marché.

L'extrême-gauche s'inspire donc de l'ensemble de ces textes et de ces principes pour construire un nouveau projet de société. Malgré tout, les divisions anciennes, entre communistes, socialistes et anarchistes perdurent et empêchent la naissance d'un mouvement unitaire. Ce mouvement s'inspire notamment de l'unité formée en Allemagne par les dissidents des partis socialiste et communiste autour d'Oskar Lafontaine, ainsi secrétaire général du Parti Socialiste allemand.

Les divergences actuelles au sein de la gauche française reflètent les anciennes luttes entre maoïstes, trotskystes, socialistes et communistes "pro-soviétiques". Malgré la création d'un "Collectif national d'initiative pour un rassemblement anti-libéral de gauche et des candidatures communes" (ouf !), réunissant des partisans du "Non" au projet de constitution européenne, les leaders des différents mouvements constitués, comme la LCR, LO et le PCF, se sont déclarés individuellement comme candidats à l'élection présidentielle. Arlette Laguillier déclare, justement, que "le fait d'avoir été d'accord ensemble contre un texte ne crée pas, nécessairement, un projet politique commun". Il est peut-être encore possible de créer un nouvel élan autour d'une candidature alternative, comme celle de José Bové ou de Clémentine Autain. Cet autre choix est appelé de leurs vœux par des élus du Parti Communiste Français comme Patrick Braouzec, élu de Seine-Saint-Denis.

Le programme de ce collectif, de même que les statuts du PCF, évite désormais le terme de "révolution", même si celui-ci est encore revendiqué par Olivier Besancenot ou Arlette Laguillier. Ceux-ci proposent une révolution démocratique, par opposition, sans doute aux révolutions précédentes, de 1789 à Cuba. Les 125 mesures proposées actuellement par le mouvement "Alternative à gauche 2007" sont volontairement très réalistes et pragmatiques. Ce rassemblement à gauche de la gauche veut prouver sa capacité à gouverner. Mais, ce faisant, il évite toutes les mesures qui permettraient, théoriquement, de changer de société en profondeur. Peut-on, par exemple, vraiment réorganiser l'économie d'une société sans toucher à la bourse, au cœur de son système financier ? D'autres principes fondamentaux demeurent dans leur programme, comme l'augmentation du SMIC ou la généralisation des 35 heures. Ceci suppose qu'ils admettent définitivement l'économie de marché et le marché du travail tels qu'ils existent aujourd'hui. En quoi ces partis sont-ils encore marxistes dès lors qu'ils renoncent à l'avènement d'une société égalitaire, prônant un réel partage des richesses ? L'extrême-gauche, si elle gagnait les élections, appliquerait-elle son programme révolutionnaire, ou bien serait-elle obligée de se plier aux lois du marché international ? On voit bien avec Lula au Brésil ou Chavez au Venezuela, que l'application du programme politique des candidats d'extrême gauche est confrontée à un contexte unanimement libéral.

Les électeurs qui s'apprêtent à accorder leur voix à la gauche française croient-ils en sa victoire ? Besancenot a déclaré, lors d'une émission télévisée, que son but n'était pas de parvenir au pouvoir. Aveu d'impuissance ou programme électoral ? Le but de la gauche contestataire est peut-être, précisément, de ne jamais parvenir au pouvoir, pour ne pas avoir à mettre en œuvre un programme difficilement réalisable.

Si jamais, par un mouvement inédit et surprenant, la gauche unitaire devait remporter les élections, il est à peu près certain qu'elle entraînerait de nouvelles désillusions dramatiques. Gouverner, en démocratie, c'est avant tout faire des compromis, choisir entre deux mesures celle qui paraît la plus juste. La faute de Chirac, depuis 2002, a précisément été d'ignorer les voix de gauche qui lui ont permis d'être réélu contre Le Pen. Sa politique aurait dû se situer au centre, un gouvernement d'union nationale aurait été possible. Au lieu de quoi il a choisi une politique radicale, très libérale, avec Raffarin comme héraut. En agissant de la sorte, il a provoqué le "non" au projet de constitution européenne, alors que celui-ci était approuvé par l'ensemble des gauches européennes, ainsi que par tous les syndicats. Il a permis l'émergence d'un nouvel espoir à l'extrême gauche, provoqué la radicalisation de la plus grande partie de la population.
N'oublions pas que 71% de la population active gagne moins de 1.500 € par mois. Et qui peut vivre décemment avec une telle somme, vu les prix actuels de l'immobilier dans les grandes villes ? 

Les principes émis dans notre première "Déclaration des droits de l'homme" devraient être rappelés constamment à nos politiques. Faute de quoi, certains seront tentés de s'en exonérer, comme cette "Déclaration islamique universelle des droits de l'homme", adoptée à Paris le 19 septembre 1981, qui en est l’antithèse, en suppose que les droits de l’homme sont issus de la Loi de Dieu exclusivement.

Quant à la moustache de José Bové, les pronostics restent ouverts.

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07 décembre 2006

Les Verts sont dans le fruit

2006 restera peut-être comme une date essentielle pour la présence des écologistes dans la vie politique, en France comme ailleurs. Al Gore et Nicolas Hulot ont ouvert une nouvelle voie, mais une candidature verte aux élections présidentielles est-elle réellement crédible ?

L'écologie a fait son entrée en politique il y a plus de trente ans déjà. La génération contestataire, née de 1968, a transposé sur le terrain de la protection de la nature son combat contre la société en place. Lutte contre la société de consommation, contre le capitalisme, contre l'exploitation du Tiers-Monde, à peine émancipé et déjà soumis à une nouvelle forme de tyrannie : le marché des matières premières.
René Dumont est le premier écologiste à s'être présenté aux élections présidentielles, en 1974. C'était un scientifique réputé, expert auprès des organisations internationales, et très largement marqué à l'extrême-gauche, déjà. Même si son résultat est resté plus que modeste (1,32% des voix au premier tour), il a marqué le lancement de l'écologie politique en France. Dès ses débuts, les partis écologistes se sont déchirés pour décider s'il fallait se positionner, à droite ou à gauche, ou bien refuser toute alliance pour créer une "troisième voie" indépendante.
Antoine Waechter, leader du parti Vert, a choisi la politique du "ni-gauche, ni-droite", avec un certain succès. Le meilleur résultat électoral jamais atteint a été obtenu en 1993, lorsque trois formations écologistes se sont présentées simultanément aux élections législatives. Le cumul des voix, tous mouvements confondus, avait atteint 11,63%. Cet axe a été abandonné ensuite, Waechter marginalisé, ainsi que Brice Lalonde, et les résultats sont devenus plus qu'irréguliers. Il faut attendre la campagne de Daniel Cohn-Bendit, aux élections européennes de 1999 pour retrouver des niveaux similaires. Mais la candidature de Mamère en 2002 n'a recueilli que 5% des suffrages, et Dominique Voynet plafonne à 1 ou 2% des intentions de vote actuellement.

Plus largement encore, deux tendances contradictoires s'affrontent. Les premiers prônent une rupture totale avec la société actuelle, pour en finir avec le monde industriel. Les seconds pensent que la science peut remplacer les techniques actuelles par de nouvelles solutions propres et renouvelables. Pour caricaturer, c'est le grand écart entre Greenpeace d'un côté et Al Gore de l'autre. Le débat ne fait que commencer et risque de se prolonger durant quelques dizaines d'années encore.

A-t-on réellement évalué ce que signifierait une "gouvernance écologiste" ? Si l'écologie était au centre de nos décisions, elle ne pourrait se contenter des mesures actuelles, comme l'utilisation d'énergies renouvelables, la gestion des déchets et le recyclage. Les "gestes citoyens" proposés actuellement dans le cadre du "Défi pour la Terre" semblent bien insuffisants à inverser la tendance. De même, les promesses de Kyoto sont déjà obsolètes. Bien d'autres domaines de nos sociétés seraient affectés. L'organisation de l'état devrait répondre aux contraintes nouvelles en limitant le déplacement des fonctionnaires, en favorisant le télé-travail et en réduisant de façon drastique l'utilisation de carburants par ses forces armées. Les entreprises devraient supprimer la climatisation, renoncer aux grands immeubles vitrés, dévoreurs d'énergie. Des pans entiers de l'économie s'effondreraient progressivement ou brutalement. Le tourisme de masse sera-t-il encore possible dans un monde sans pétrole ? La pétrochimie, la plasturgie, les industries automobile et aéronautique auront-elles un avenir ?... Que dire encore de l'attitude des pays émergents, comme la Chine et l'Inde, désirant adopter notre mode de vie à une échelle quatre fois plus grande.

Il semble que, malgré les dangers imminents pesant sur notre environnement, les électeurs n'aient qu'une confiance limitée dans les capacités des partis écologistes à peser sur les décisions politiques. Les nominations des ministres de l'environnement successifs, de Robert Poujade (à ne pas confondre avec Pierre, son homonyme) nommé dans le deuxième gouvernement de Jacques Chaban-Delmas, en 1971, jusqu'à Nelly Olin, n'ont certainement pas contribué à améliorer leur image auprès des électeurs. On se souvient des bourdes médiatiques les plus récentes, de Roselyne Bachelot ou de Dominique Voynet. La participation des écologistes à la gestion de la Ville de Paris, aux côtés de Bertrand Delanoë, fournit d'autres raisons de se méfier de leurs positions.
Les Verts ont très nettement choisi la gauche, et souvent, l'extrême-gauche, quitte à radicaliser leurs positions. La droite a cherché, sans succès jusqu'à présent, à contrebalancer ces positions par des écologistes plus proches de leurs tendances.

L'arrivée de Nicolas Hulot dans le jeu politique bousculera peut-être les choses. Mais une fois de plus, cette candidature potentielle pose la question du positionnement de la question écologique sur le plan politique. S'agit-il, une nouvelle fois, de tenter d'influencer les décisions des partis majoritaires en participant à leurs gouvernements, ou bien faut-il que l'écologie devienne, au contraire, le courant unitaire rassemblant des membres de bords politiques différents dans son sillage ?

La réponse que semble proposer Al Gore dans son discours récent, est de recentrer l'ensemble des décisions politiques en les analysant sous l'angle environnemental. Il suppose préalablement que nous n'avons plus le choix ni le temps d'attendre, en raison de l'urgence devant laquelle nous nous trouvons. Certains hommes politiques en campagne ont rebondi sur cette base en proposant de créer un poste de "super-ministre-bis" du gouvernement. Peut-on réellement croire que nos élites dirigeantes subordonneront désormais leurs décisions, économiques, sociales, politiques, au dictat d'un ministère supérieur hiérarchiquement ? En France, les postes essentiels du gouvernement, en-dehors du ministère de l'Intérieur dont les pouvoirs sont très étendus, sont réservés à l'économie et aux finances. Les ministres en charge à ces postes disposent d'un pouvoir immense sur leurs collègues, en parfaite adhésion avec les décisions prises par le Premier Ministre. On a bien vu, lorsque Jean-François Borloo a lancé ses généreux plans pour lutter contre la précarité, que les lignes budgétaires nécessaires ne suivaient pas, rendant toute décision inopérante. Malgré les discours actuels, on peut craindre que l'écologie subisse le même destin, une fois l'élection remportée, à droite comme à gauche. Pour peser effectivement, les écologistes devraient disposer d'un parti fortement structuré et implanté localement, au même titre que l'UDF, par exemple. A défaut, il faudrait qu'il obtienne des succès électoraux majeurs, pour entraîner une dynamique en sa faveur, lors des élections législatives. Ce ne sera apparemment pas le cas, cette fois-ci encore.

La possibilité d'une candidature de Nicolas Hulot rejoint, sur le plan de la communication, celles de ses concurrents, Sarkozy et Ségolène. Surmédiatisés, ils occupent tout le champ et ne laissent la place à aucun autre candidat. L'élection présidentielle se livre aujourd'hui uniquement à coups de sondages et d'effets de manche. Contrairement aux campagnes électorales précédentes, liées aux actions militantes – collage d'affiches, distribution de tracts sur les marchés, réunions publiques… – les choses semblent se dérouler uniquement sur Internet et à la télévision. Quel sera l'effet d'une élection obtenue sur de telles bases ? N'accentuera-t-elle pas, davantage encore, le fossé entre les élites et le peuple ? Ségolène progresse dans les sondages et les intentions de vote parce qu'elle a réussi à faire croire "aux gens de la rue" qu'elle était proche d'eux. Sarkozy tente de combler son retard dans ce domaine en proclamant, à toute heure, que "les Français savent" qu'il a raison. Pendant ce temps, les questions fondamentales concernant l'avenir de notre planète, la santé de notre population et le développement de nos économies, restent sans réponse. Au moment où tout le monde se rend compte que les changements climatiques deviennent tangibles et nous affectent directement, les hommes politiques écologistes semblent subitement aphones. Sans doute trop occupés à s'entredéchirer ou à tenter de survivre, eux aussi, dans la jungle politique. Les verts sont entrés dans le fruit de la politique, mais, pour l'instant, ils n'ont pas encore prouvé qu'ils étaient capables de répondre aux grands enjeux qui se présentent à nous.

Posté par anima persa à 06:43 - Opinion - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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