16 janvier 2007

AVEC LA FRANCE POUR TOIT…

L'action récente menée par les "Enfants de Don Quichotte" a provoqué une brutale mise en lumière du problème du logement en France, largement ignoré par les candidats à la Présidentielle jusque là. Mais, au-delà de l'effet médiatique et des mesures annoncées par le Gouvernement, une question fondamentale reste irrésolue : faut-il que l'Etat prenne en charge le logement des citoyens, au même titre que le travail, l'éducation, la santé, la sécurité…  ?

L'ETAT PROVIDENCE
L'état providence ne date pas d'hier, ni des dernières promesses électorales. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la France a inclus dans sa Constitution des notions de protection sociale étendues.
Rappelons-en quelques-unes :
- droit d'asile et protection des réfugiés politiques

- droit d'obtenir un emploi

- protection sociale de la santé

- droit à la retraite et au chômage

- protection contre les calamités nationales

Un seul de ces articles exige une contrepartie de la part des citoyens vis-à-vis de l'état. Le droit d'obtenir un emploi est lié au devoir de chacun de travailler.
L'état, par ailleurs, s'engage à garantir la sécurité matérielle, le repos et les loisirs de chacun. Il entend également nationaliser toute entreprise de service public ou monopole de fait.
Dans la société issue de la guerre, la communauté internationale veut établir une société juste et émet de grands textes, comme la "Déclaration Universelle des Droits de l'Homme" adoptée par les Nations Unies en 1948.

"Afin de lutter contre l'exclusion sociale et la pauvreté, l'Union reconnaît et respecte le droit à une aide sociale et à une aide au logement destinées à assurer une existence digne à tous ceux qui ne disposent pas de ressources suffisantes."

Quarante ans plus tard, l'Europe confirme encore le droit à une aide sociale et une aide au logement pour tous ceux qui ne disposent pas de ressources suffisantes ("Charte des Droits Fondamentaux"). 

Tous ces droits inscrits dans nos textes sont loin d'être respectés intégralement.
Ils posent malgré tout un principe fondamental : les citoyens attendent que l'Etat trouve une solution pour chacun de leurs problèmes.
Cette attitude est assez récente dans l'Histoire. Jusqu'à la Révolution Française, les Constitutions reposaient sur le droit coutumier. La première Constitution française (1791) pose les bases des droits fondamentaux. Elle proclame même que "le but de la société est le bonheur commun". Mais le texte insiste davantage sur les "libertés" que sur les "droits" des citoyens, ce qui dénote un état d'esprit bien différent du nôtre. Les textes législatifs fondamentaux du 19ème siècle s'éloignent de ces principes généraux et se limitent à définir la façon dont les états sont organisés, précisent les modalités des élections, entérinent la séparation des pouvoirs.

UNE SOCIETE MALADE DE SA CONSOMMATION
Les deux guerres mondiales, la crise de 1929, l'arrivée au pouvoir des Soviets, le Front Populaire et bien d'autres événements ont conduit à la société sociale-démocrate dans laquelle nous vivons. Jamais, peut-être, la société ne sera devenue aussi égalitaire qu'à notre époque. La différence de revenus entre riches et pauvres est le plus faible jamais constaté dans les pays occidentaux, hormis quelques très rares exceptions de la Jetset internationale. Il suffit de se pencher sur l'économie du 19ème siècle pour constater cette réduction des différences. Au contraire, le peuple a l'impression grandissante que les écarts se creusent. La société de consommation est passée par là. Un salaire normal ne suffit plus pour se procurer tout ce que la société offre.  

Avant guerre, il était tout à fait inimaginable qu'un ouvrier puisse un jour s'offrir une voiture, par exemple. Lorsque l'épargne et la distribution de modèles plus abordables ont permis aux moins riches d'acquérir leur véhicule, cet investissement était consenti pour quinze ou vingt ans au moins. Aujourd'hui, il n'est pas rare de voir des gens aux revenus modestes s'offrir de grosses cylindrées, renouvelées tous les trois ou quatre ans.
En créant sans cesse de nouveaux besoins, on a jeté les classes populaires dans une course effrénée à la dépense et au crédit à la consommation. Il suffit d'examiner les statistiques de consommation des ménages pour constater qu'une part importante des revenus passe dans des dépenses de confort qui ne seraient jamais venues à l'esprit des populations avant 1950. Malgré tout, plus de la moitié (56%) des foyers possèdent leur logement, le nombre de logements insalubres a été divisé par six en vingt ans, ne représentant que 2,5% du parc immobilier, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a été divisé par deux en trente ans. Mais le sentiment de précarité est de plus en plus répandu.

Les raisons de ce malaise sont multiples. D'une part, le chômage n'a pas cessé d'augmenter durant la même période, passant de 2 à 10% de la population. D'autre part, la redistribution sociale se concentre sur les retraités, de plus en plus nombreux, au détriment des autres groupes sociaux. On compte aujourd'hui 1,5 actif par retraité, contre trois actifs pour un il y a trente ans. Enfin, la crise du logement est réelle. Le coût d'acquisition d'un logement ancien a été multiplié par cinq en vingt ans !
Si on examine l'évolution des revenus depuis cinquante ans en France, on constate qu'ils ont totalement cessé de progresser. La croissance moyenne, de 1950 à 1975, était de 4,4% par an. Elle s'établit à 0,5% pour la période allant de 1975 à aujourd'hui. Ayant perdu tout espoir d'améliorer leur existence au cours de leur carrière, tenaillés par la crainte de perdre leur emploi, inquiets, voire méfiants, quant au paiement de leurs retraites futures, les Français sont tétanisés et manifestent leur mécontentement par leur vote ou leur abstention.  

LA REPONSE DES POLITIQUES
Le mirage politique entretient des illusions tenaces. La "rupture tranquille" de l'un, le "désir d'avenir" de l'autre tentent de contourner cet obstacle intangible. Les candidats à la Présidentielle promettent une France plus juste, ou plus riche, mais ne proposent aucune solution réelle. La proposition de Ségolène Royal concernant le logement ? 120.000 mises en chantier, soit une amélioration de 25% à peine par rapport aux plans mis en place par le gouvernement Villepin et, plus spécifiquement, par Jean-Louis Borloo dans son plan de cohésion sociale. Et il est vrai que le nombre de constructions de logements n'a pas augmenté depuis 1980. Plus préoccupant encore, la ville de Paris, pourtant passée à gauche depuis cinq ans, n'a augmenté que de 500 logements sociaux par an son programme de création de nouveaux logements, passant de 3.500 à 4.000. Comment expliquer ce chiffre si faible, alors que le budget de la ville est de près de six milliards d'euros par an, dont 210 millions consacrés au logement social ?
Dans le même temps, la Mairie dépensait 254 millions d'euros pour sa voirie, notamment son tramway. Si cet investissement avait été consacré au logement, c'est au moins 1.700 logements de 50 mètres carrés qui auraient pu être achetés ou construits (à 3.000 € le m² !). On estime à 59.000 le déficit en logements sociaux à Paris uniquement, pour atteindre 20% du parc immobilier, ainsi que la loi "Solidarité et Renouvellement Urbain" en fait l'obligation. C'est la ténacité des Verts qui a permis de passer de 135 à 210 millions d'euros de budget pour 2007.

La fondation de l'Abbé Pierre estime à 500.000 le nombre de logements manquants en France. Ségolène Royal en blâme la droite, cependant, la réalité objective est que ni droite ni gauche n'ont réellement entrepris de plan de large envergure pour réduire les inégalités au cours des vingt-cinq dernières années. Toutes les mesures sociales successives tiennent du replâtrage ou du gadget expérimental. Un réel plan de réhabilitation de l'habitat engendrerait certainement une chute du marché immobilier. D'autre part, il faut se méfier du type d'habitation construit pour éviter de se retrouver avec de nouvelles cités à problèmes ou un urbanisme délirant.  

On fait porter la responsabilité de nos problèmes et de notre stagnation tantôt à l'Europe, tantôt à la monnaie unique. Mais quel rapport y a-t-il entre la construction de logements sociaux et la politique européenne. Faudrait-il que Bruxelles s'empare de ce problème pour enfin voir émerger une politique du logement rationnelle ? N'a-t-elle pas réussi à équilibrer la politique agricole commune durant la même période ?

DES AIDES POUR SURVIVRE OU DE L'AIDE POUR VIVRE ?
Notre société est malade de sa croissance. Les "mal-logés" réclament des logements, les chômeurs veulent du travail, les pauvres veulent plus d'argent, les riches veulent moins d'impôts… Chacun considère l'état comme une sorte d'assurance sur la vie. Aux collectivités de prendre en charge notre existence, de la maternité jusqu'à la maison de retraite, dans tous les domaines possibles. Treize millions de pensionnés, six millions d'allocataires d'aide au logement, trois millions d'allocataires de minima sociaux (insertion, veuvage, invalidité, parent isolé, allocation solidarité spécifique, équivalent retraite) dont plus d'un million de RMIstes, 4,4 millions de chômeurs dont 2,2 millions de chômeurs indemnisés, autant de personnes qui vivent dans la précarité, suspendus au paiement de ces aides par l'Etat. Ensemble, ils représentent aujourd'hui plus du tiers de la population. Par ailleurs, l'état distribue également entre 8 et 9 milliards de subventions et d'aides aux entreprises chaque année. Combien de temps peut-on encore tenir à ce rythme ? Ne faut-il pas revoir fondamentalement l'organisation de notre société ? 

Le modèle communiste (type soviétique) a fait long feu. L'ultralibéralisme développé dans un certain nombre de pays engendre des inégalités insoutenables. Notre système social-démocrate est totalement à bout de souffle et à bout de ressources. Comment inventer de nouvelles solutions dans un monde interdépendant ?

De nombreuses expériences de financement des micro-entreprises dans le tiers-monde ont prouvé qu'il était possible de sortir des communautés entières de leur misère en les aidant à devenir autonomes. C'est l'inverse de ce que nous pratiquons dans nos pays depuis cinquante ans. Une solution radicale consisterait à remettre le modèle à plat, en supprimant toutes les aides et en les remplaçant par un réel système financier d'aide à la création d'activité. Les allocations d'aide pourraient devenir des prêts remboursables, ou des investissements, sans que cela remette en cause le principe de la solidarité. Quelques économistes cherchent des solutions dans ce sens. On est bien loin de mesures aussi radicales mais, au moins, prenons le temps de réfléchir au type de société que nous construisons, et comment il pourra perdurer dans un environnement vieillissant.

Posté par anima persa à 05:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

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